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Musique

Mis en ligne le 22/05/2006

Vu et entendu pour vous par Jean-Marie Roberti

L'étincelante distribution du "Cosi fan tutte" de Mozart à l'Opéra Royal de Wallonie

Deux nouveaux venus sur la scène du Théâtre Royal de Liège, la soprano française Virginie Pochon, irrésistible Despina, et le ténor belge Yves Saelens, remarquable Ferrando, ont complété admirablement l’excellente distribution de la reprise par l’Opéra Royal de Wallonie (dans une co-production avec Nantes) de « Cosi fan tutte » (« Ainsi font-elles toutes… »), ce chef d’oeuvre – bien plus subtil que simplement comique - de Wolfgang Amadeus Mozart, dont on commémore, cette année, le 250ème anniversaire de la naissance.
Les très séduisantes artistes néerlandaise et française, Barbara Haveman et Patricia Fernandez, en inconstantes Fiordiligi et Dorabella, ainsi que, dans les rôles masculins, les barytons français et belge, Olivier Lallouette et Lionel Lhote (le premier dans l’autre double rôle d’officier européen et de séducteur oriental, celui de Guglielmo, le second dans la peau du cynique et désabusé Don Alfonso) ont permis à l’ensemble de la distribution de ce spectacle, programmé à Liège jusqu’au samedi 27 mai (et le 31 à Charleroi où Guylaine Girard suppléera Barbara Haveman), de s’affirmer d’une qualité dont le niveau et la cohérence se sont avérés exceptionnels. En effet, ces trois chanteuses et ces trois chanteurs ont , chacune et chacun, admirablement servi un musicien au sommet de son art.
Le jeune chef d’orchestre italien Antonino Fogliani, bien secondé par le konzetmeister Jean-Gabriel Raelet et par le claveciniste Hilary Caine (qui a assumé la responsabilité des études musicales avec Véronique Tollet) a conduit avec intelligence un orchestre digne des solistes invités (les Chœurs dirigés par Edouard Rasquin remplissant bien le rôle modeste que Mozart et son libretiste Lorenzo Da Ponte leur ont assigné dans cette composition).
Nous avons assez positivement apprécié la mise en scène et en lumières de Philippe Sireuil, assisté cette fois de Christophe Gayral, dans des décors de Didier Payen et des costumes signés par le chilien Jorge Jara (qui, par son nom, nous rappelle la « peña » des Para dont le célèbre chanteur Victor fut assassiné par les sbires de Pinochet en 1973, dans le stade de Santiago où, parce qu’il jouait de la guitare pour ses co-détenus, il fut, à la hache, amputé de ses mains….).
Je reste certes réticent à l’égard des anachronismes inutiles du genre « cabines de plage » et je ne suis pas persuadé que le jeu (néanmoins irréprochable) des acteurs soit facilité par l’inclinaison excessive de la scène mais je reconnais volontiers que le rythme imprimé à l’œuvre convient fort bien à un opéra qui doit paraître à première vue « buffa » alors qu’il est ambigu et troublant.
Courrez écouter la philosophie de Mozart selon qui chacun doit chercher la sérénité dans sa vie, en se laissant, à travers les épreuves, guider par la raison. Vous ne le regretterez pas : non seulement parce que la perfection des meilleures compositions du génie de Salzbourg possède le privilège rare de rendre heureux mais, en outre, parce qu’il n’est assurément pas courant de rencontrer une distribution d’une qualité aussi bonne et homogène que celle qui nous est proposée cette fois par l'O.R.W

Une éblouissante Quatrième Symphonie de Gustav Mahler à l’Orchestre Philharmonique de Liège

Jeudi dernier 18 mai, j’ai eu le plaisir d’accompagner au « Conservatoire » - ainsi que les Liégeois, indécrottables, continue(ro)nt à appeler la Salle philharmonique du Boulevard Piercot, en dépit du fait que sa gestion en incombe désormais à Jean-Pierre Rousseau et à son équipe-, un adjoint au Maire des Sables d’Olonne, M. Yves Roucher, et le magistrat qui a fondé, en 1999, dans cette municipalité balnéaire vendéenne et y anime chaque année un très populaire et convivial Festival Simenon, M. Didier Gallot.
C’est en de telles circonstances qu’on apprécie pleinement le rôle d’Ambassadeur de Liège que remplit parfaitement notre Orchestre. Sous l’intelligente baguette d’un directeur musical qu’il invite annuellement (Armin Jordan - que l’âge contraint, certes, à diriger assis mais dont, ce mois-ci encore, le prestigieux « Monde de la Musique » écrivait justement que, « toujours modeste, la Suisse n’est pas assez consciente qu’elle tient avec Armin Jordan l’un des meilleurs chefs du monde »), notre ensemble philharmonique a en effet donné la pleine mesure de ses merveilleuses qualités qui en font un des orchestres les plus remarquables du nord-ouest de l’Europe avec sa double sensibilité française et germanique.
En première partie de ce concert, nous avons entendu les cordes de l’O.P.L. interpréter dix courtes mélodies (dont le cycle est intitulé « les illuminations ») composées en 1939 par le musicien britannique Benjamin Britten au départ de textes souvent énigmatiques du poète français Arthur Rimbaud. Cette œuvre a surtout permis de démontrer toute la parfaite maîtrise vocale d’une jeune soprano de l’est de notre province Sophie Karthäuser qui, forte d’une technique remarquable, confirme toute la maturité de ses talents de cantatrice et d’interprète nuancée et expressive.
En seconde partie, nous avons savouré la quatrième symphonie de Gustav Mahler. Ce chef d’orchestre qui dirigea l’Opéra de Vienne à la fin du XIXème et au début du XXème siècle excelle dans l’art d’utiliser au mieux les potentialités des divers pupitres de cette puissante machine que constitue un orchestre philharmonique. Si, à son époque, ses compositions firent l’objet de vives polémiques, elles sont un siècle plus tard appréciées à leur juste valeur. La difficile partition de cette quatrième symphonie qui passe des grincements sarcastiques à la pureté céleste, du classicisme aux dissonances, permet à Armin Jordan de conduire notre ensemble philharmonique vers les sommets de son art fait d’attaques précises et d’une constante volonté d’exprimer avec exactitude toutes nuances de la très riche palette polyphonique de Mahler..
L’accueil du public, à l’instar de celui des invités français de l’orchestre, fut justement enthousiaste. Quarante huit heures plus tard, l’O.P.L. récidivait en présentant le même programme au Palais des Beaux-Arts de Bruxelles où nous ne doutons pas qu’il a une fois de plus servi à merveille la renommée musicale méritée de notre Cité.





Jean-Marie Roberti