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Musique

Mis en ligne le 16/09/2005

Musiques classiques & lyrique : à l'O.R.W. deux intégrales du "Ring" les 12, 15, 19 et 22 Octobre

Liège à la conquête de "l'Himalaya de l'art lyrique"

Puisant dans les mythologies scandinave et germanique, Richard Wagner conçut, au début du dernier tiers du 19ème siècle, la musique puissante d’un des monuments majeurs de l’opéra : « Der Ring des Nibelungen » (voir traductions et synthèse ci-dessous).
Il nous conte de manière symbolique le passage du monde des divinités à celui de l’humanité sans dieux, fécondée par l’émergence d’un héros libre. Ce chef d’œuvre, en un prologue et trois journées qui totalisent plus de quinze heures de musique, n’est accessible qu’aux plus grandes maisons d’opéra. Quand le sympathique concepteur d’une version française de « Chantons sous la pluie » (création qui reçut à Paris le Molière du meilleur spectacle musical en 2001) a annoncé qu’il allait mettre en scène cet « Himalaya », d’aucuns l’ont jugé présomptueux.
Le Directeur Général de l’Opéra Royal de Wallonie savait-il au printemps 2002 qu’il quitterait Liège l’été 2007 (au moment où le « Théâtre Royal » fermera provisoirement ses portes pour rénovation) afin de diriger comme le fit son père Guy Grinda (décédé inopinément chez nous le printemps dernier) l’Opéra de Monaco et pour avoir davantage la liberté de choisir ses mises en scène dans divers lieux de productions lyriques ?
Nous l’ignorons. Mais pendant trois saisons (2002-2003, 2003-2004 et 2004-2005) Jean-Louis Grinda (la photo) présenta d’abord « Das Rheingold » et « Die Walküre », puis « Siegfried » et enfin « Götterdämmerüng », faisant progressivement taire les dénigreurs, tant la qualité était au rendez-vous.
En ouverture de cette saison 2005-2006, Liège va donc connaître, pour la toute première fois de son histoire culturelle, une double présentation de l’intégralité de cette fameuse tétralogie. Notre Opéra Royal va réussir son pari le plus audacieux, point culminant d’une grande entreprise humaine et artistique.
Pour les quatre représentations des prochains samedis successifs, 17 et 25 septembre, 1er et 8 octobre, le Théâtre Royal est presque complet. Plus de 500 nuitées ont été réservées dans deux hôtels liégeois associés à la programmation de ces deux cycles du « Ring » ce qui représente 800 à 1.000 spectateurs, pour la plupart étrangers.
Nous reviendrons sur ce grand événement avant ses quatre ultimes représentations les 12, 15, 19 et 22 octobre prochain.
La R.T.B.F. enregistrera la quinzaine d’heures de représentation et un D.V.D. sera diffusé.
Jean-Louis Grinda déclare à Nicolas Blanmont dans « La Libre Belgique » que, malgré les difficultés, si c’était à refaire, il signerait sans hésiter car « toute la maison est fière de l’avoir fait et sera encore plus fière dans un mois. Le projet a donné à chacun une grande confiance en soi. Le regard des autres sur nous a également changé : même ceux qui ne sont pas venus voir les spectacles savent que nous l’avons fait et, qui plus est, au milieu de saisons normales. »
Le Pays de Liège, les Liégeoises et les Liégeois, sont en effet de plus en plus fiers de l’Opéra Royal de Wallonie et peuvent assurément remercier, outre les artistes invités, les 258 personnes qui y travaillent et, en particulier, Jean-Louis Grinda et le directeur musical Friedrich Pleyer (ci-contre) ancien « Petit chanteur de Vienne » qui arrivera en fin d’année à l’âge de la retraite et dont la grande culture musicale a fait considérablement progresser la qualité de l’Orchestre de l’O.R.W. ces dernières années.

Quelques traductions parfois utiles

Der Ring des Nibelungen : L’Anneau du Nibelung, peuple de nains qui, dans la mythologie germanique (transcrite vers 1200 dans leur chanson), sont des possesseurs de grandes richesses. Titre d’un opéra de Richard Wagner comprenant un prologue et trois journées et constituant une tétralogie (ensemble de quatre œuvres d’art liées par une même inspiration).
Das Rheingold : L’Or du Rhin, prologue en quatre scènes avec Die Götter, les Dieux, Die Riesen, les Géants, Die Niebelungen, voir ci-dessus, Die Göttinnen, les Déesses et Die Rheintöchter, les Filles du Rhin
Die Walküre, la Walkyrie, drame musical en trois actes, constituant la première des trois journées de la tétralogie wagnérienne. Les Walkyries sont des vierges guerrières, divinités féminines chargées de conduire les guerriers morts en héros dans le séjour paradisiaque qui leur est réservé : le Walhalla.
Siegfried drame musical en trois actes, deuxième des trois journées de la tétralogie wagnérienne. Siegfried est le fils incestueux de Siegmund et Sieglinde, deux des enfants du Roi des Dieux, Wotan (qui est aussi le père des neuf Walkyries). Siegfried est par ailleurs l’époux de l’ainée des Walkyries Brünnhilde puis, par trahison, de Gutrune.
Götterdämmerung , le Crépuscule des Dieux, drame musical composé d’un prologue et de trois actes, dernière des trois journées de la tétralogie wagnérienne. Le bûcher final, où Brünnhilde s’immole avec le cadavre de Siegfried, embrase aussi le Walhalla des dieux sclérosés, dégageant, sans doute, une idée de rédemption.

Tentative de brève synthèse de la tétralogie

Ayant maudit l’amour, le gnome Alberich, roi des Niebelungs, dérobe aux ondines, qui en avaient la garde, l’Or du Rhin pour s’en forger un anneau le rendant tout puissant. Mais par ruse, le roi des dieux, Wotan, s’approprie les trésors du peuple des nains et dérobe l’anneau à Alberich qui, par vengeance, attache à cet objet précieux une malédiction vouant à la mort ses détenteurs. Contraint de céder l’anneau aux Géants qui ont construit pour les dieux leur séjour paradisiaque, le Walhalla, Wotan ne peut le récupérer sans parjurer sa propre loi. Pour s’en emparer, il sucitera un héros Siegfried, enfant incestueux de ses propres fils et filles illégitimes Siegmund et Sieglinde. Élevé dans la forêt par le nain Mime, qui s’efforce en vain de ressouder les tronçons du glaive avec lequel Siegmund combattit, Siegfried, après avoir appris le secret de sa naissance, reforge l’épée et la plonge dans le cœur du géant Fafner qui, sous l’aspect d’un dragon, garde le trésor. Devenu propriétaire de l’anneau, il s’unit à, la fille de Wotan, Brünnnhilde, après l’avoir délivrée en traversant les flammes qui la protégeaient des mortels. Par la magie d’un philtre d’oubli, Hagen, fils d’Alberich, obtient de Siegfried qu’il conquière pour le roi Gunther Brünnhilde . Celle-ci se croyant trahie accepte que Siegfried meure mais lorsque Hagen après l’avoir tué réclame l’anneau, elle comprend son erreur. Restituant aux filles du Rhin leur trésor, elle allume un bûcher funéraire dans lequel elle s’élance pour rejoindre le corps de Siegfried, tout en embrasant le Walhalla et en anéantissant, avec lui, tous les dieux.





Jean-Marie Roberti