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Musique

Mis en ligne le 07/05/2006

L’année Mozart se poursuit à l’O.R.W. par la reprise de « Cosi fan tutte »

Après le brillant Festival Mozart de l’Orchestre Philharmonique en janvier dernier, l’Opéra Royal de Wallonie participe à son tour à l’année commémorative du 250ème anniversaire de la naissance du plus célèbre des compositeurs du XVIIIème siècle, en reprenant du 19 au 27 Mai au Théâtre Royal de Liège, un de ses chefs d’œuvre : « Cosi fan tutte… ».
Troisième fruit de la collaboration exemplaire entre le librettiste Lorenzo Da Ponte et Mozart, « Così fan tutte » (« Ainsi font-elles toutes… ») n'est pas basé sur une source littéraire. Le livret, original, s'inscrit dans la lignée des « comédies érotiques » en vogue au XVIIIe siècle : la tension entre la sagesse et l'assouvissement du désir en est le sujet.

Ce marivaudage est moins misogyne que ne l’indique un titre soulignant une inconstance féminine (du type « souvent femme varie, bien fol est qui s’y fie ») qui, dans cette farce burlesque, s’étend à l’ensemble du genre humain car nous sommes tous faits de la même pâte, et pas seulement les femmes. L’histoire qui nous est contée n’est pas particulièrement originale mais son ton est alerte et vif. Un vieux roué défie deux jeunes officiers de garder l’amour et la fidélité de leurs belles. Pour relever ce défi, les deux militaires feignent de partir pour la guerre mais reviennent déguisés, chacun pour séduire la fiancée de l’autre. Ils y parviennent par des ruses qui montrent qu’ils ne valent pas mieux que celles qui s’y laissent prendre.
Merveille d'équilibre et de raffinement, cet opéra , véritable anthologie du chant mozartien, semble bâti selon une ordonnance toute classique, mais ce n'est qu'apparence : la subtilité de l'oeuvre réside dans le détournement de toutes les règles de symétrie.
Le coup de sonde dans la perversité de l'âme humaine est profond. Opéra décrié au XIXème siècle, « Così fan tutte » a dû attendre le XXème pour retrouver enfin sa juste place. La richesse des discours musicaux et théâtraux imbriqués l'un dans l'autre rendent en effet son interprétation inépuisable.
Celle qu'en a faite à l’O.R.W. en 2002 le metteur en scène bruxellois Philippe Sireuil, après « Don Giovanni » en 1995 et « Le Nozze di Figaro » en 1996 , affirme respecter et valoriser les nombreuses ambiguïtés de l'oeuvre. Elle tend à donner à la comédie une couleur en demi-teintes qui hésite entre le rire et les larmes.
Sireuil (secondé par ses habituels complices Didier Payen pour les décors et Jorge Jara pour les costumes) nous a parfois semblé préférer, plutôt que servir des chefs d’oeuvre , s’en servir pour souligner l’originalité de ses conceptions de mise en scène. Quand il introduit des vélos dans un opéra de Mozart, il étonne sans nous convaincre de la pertinence de tels choix. Nous verrons cette fois si ses cabines de bain s’harmonisent aussi bien avec une des merveilleuses créations du génie de Salzbourg qu’avec un vaudeville de Labiche. Mais nous espérons que nos craintes d’agacement s’estomperont grâce à la splendeur orchestrale des couleurs, des rythmes et des harmonies, à la tendresse mélancolique des effusions lyriques et à l’expression spontanée des sentiments qu’exprime si bien Mozart.
Cette coproduction de l’O.R.W. et de l’Opéra de Rennes verra le jeune chef d’orchestre italien Antonino Fogliani (né en 1976 et qui, après avoir déjà dirigé « Rigoletto » en 2004 à l’O.R.W., y reviendra la saison prochaine lors des représentations de « Lucia di Lammermoor ») succéder dans « Cosi… » à Friedrich Pleyer à la tête de l’Orchestre de l’Opéra Royal de Wallonie dont les choeurs seront , comme d’habitude, dirigés par Edouard Rasquin.
Des six solistes de 2002, deux nous reviennent : Barbara Haveman (Fiordiligi) et Olivier Lallouette (Guglielmo), deux se produisent pour la première fois à l’O.R.W. : la soprano française Virginie Pochon (Despina) et le ténor Yves Saelens (Ferrando) tandis que Patricia Fernandez interprétera Dorabella et le baryton Lionel Lhote, Don Alfonso.

- Aux représentations liégeoises des vendredi 19, mardi 23, jeudi 25 et samedi 27 mai à 20 heures (avec tarifs jeunes les 23 et 25) ainsi que du dimanche 21 mai à 15 heures s’ajoutera le mercredi 31 mai à 20 heures une décentralisation au Palais des Beaux-Arts de Charleroi (où Barbara Haveman sera remplacée par Guylaine Girard). Réservations au 04 221 47 22 du lundi au samedi de 11 à 18 heures et pour Charleroi au 071 31 12 12.






Jean-Marie Roberti