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Il y a déja

Mis en ligne le 20/09/2005

Expo Universelle de 1905: Comme si "Proxi-Liège" y était allé. Série de Pierre André N° 22

« La bonne ville de Liége, en train de devenir cosmopolite, grâce à son Exposition, reprend en ce beau jour son aspect de cité belge, pavoisée et réjouie, recevant dans ses murs moult sociétés, aux drapeaux multicolores, aux musiques retentissantes ». Ces lignes extraites du livre « Le Jubilé national de 1905 » sont à la fois fondées et inexactes. Il est vrai qu’en ce beau dimanche du 17 septembre 1905, s’il y toujours foule à l’Expo, nombre de personnalités et de badauds ont préféré assister à l’inauguration du monument élevé en l’honneur de Charles Rogier, ce grand Liégeois – né à Saint-Quentin, mort à Saint-Josse - qui a joué un rôle fondamental pour permettre à notre pays d’accéder à l’indépendance.

Le monument de Charles Rogier

« A l’angle de l’ancien quai d’Avroy, antique promenade du vieux Liége, et de l’avenue Blonden, le boulevard de la ville neuve, est érigée la statue Rogier. L’emplacement est heureusement choisi : la statue, ainsi placée, évoque un rapprochement entre le passé et le présent ». En outre, la ville de Liège a inscrit l’histoire dans le sol en donnant les noms de Jean-Joseph Raikem, Paul Devaux, Joseph Lebeau, Joseph Forgeur aux rues accédant à l’avenue Charles Rogier.
Le bourgmestre Gustave Kleyer rappelle que Charles Rogier a été l’un des premiers, à prendre parti « contre le régime arbitraire que nos provinces se voyaient imposer. Avec son frère Firmin et ses amis Devaux, Lebeau et Van Hulst, il publia, en 1824, le journal le Mathieu Laensbergh, dans lequel il soutint courageusement les griefs des Belges contre le gouvernement hollandais. » Précurseur, visionnaire, Charles Rogier a été un grand homme d’Etat. Déjà, en 1824, dans son journal, il préconise la création de « chemin à ornières » comme on appelle en ce moment le chemin de fer.

L’œuvre de Charles Rogier

En 1834, il fait adopter la loi portant création sur le Continent, des premières lignes de chemin de fer en dépit des oppositions et des quolibets « …Vous voulez, sans doute », interrompit Dumortier, qu’on dise la voie Rogiérienne comme on disait la voie Appienne… Que la voie soit Dumortérienne ou antiDumortérienne, riposta Rogier, elle est nationale ! Il ne suffit pas à la révolution belge d’avoir donné au pays la Constitution la plus libérale ; elle doit compléter son œuvre par un fait matériel de la plus haute portée. Cette entreprise sera aux intérêts matériels du pays ce qu’est notre Constitution à ses intérêts moraux ».
Dès avant cette loi, une des plus importantes dans l’histoire du pays, il a mis sur pied la première exposition des Beaux-Arts (15 août 1833), organisé la révision de la loi sur la garde civique, procédé à l’amélioration de Conservatoire de Bruxelles, créé les archives publiques, élevé au grade de capitaine d’artillerie, mis en retraite, Charlier Jambe-de-Bois. Trois hommes, messieurs Dubois, Pierseaux, Rayé, compagnons de Rogier et Charlier en septembre 1830, en tenue de combattant, âgés à eux trois de 284 ans, sont présents à l’inauguration du monument Rogier. Ils écoutent le vice-président de la « Société des enfants des Combattants de 1830 », M.Gonne déclarer « combien ils sont heureux et fiers des honneurs rendus à l’illustre patriote Charles Rogier, compagnon d’armes de leur pères. En déposant cette palme sur ce superbe monument commémoratif de l’Indépendance belge, ils font par ma voix, la solennelle promesse de continuer à inculquer dans l’esprit de leurs descendants, le culte de la Patrie et de se lever tous comme un seul homme si un jour notre cher Pays devait encore, comme en 1830, faire appel à ses enfants ». Moins de dix ans plus tard, en 1914, ils tiendront leurs promesses. Ironie de l’histoire, la « Grosse Bertha » – un obusier de 420 mm capable de tirer des obus de 900 kgs - qui a pilonné le fort de Loncin a été installé juste à coté du monument Rogier. Le 15 août 1914, vers 17h20, le 25ème tir d’obus, atteint la voûte de la poudrière droite, contenant 12.000 kgs de poudre, et provoque l’explosion du fort. 350 hommes y trouvent la mort.

La carrière politique de Charles Rogier

Durant vingt-deux ans, Charles Rogier a été ministre. Durant plus de cinquante ans, il a été député. Sa carrière parlementaire a néanmoins été interrompue aux élections de juin 1854 où il s’est présenté à Anvers dont un temps, il a été gouverneur de la province. La cause principale de cet échec ? « La propagande inouïe faite auprès des électeurs campagnards auxquels leur ancien gouverneur fut dépeint comme « un socialiste partageux ».
Un grief quelque peu cocasse lorsque l’on se souvient que peu de temps après la publication, à Londres, en six langues dont le flamand, du « Manifeste du parti communiste », le 3 mars 1848, Karl Marx, « le fils d'un avocat fort estimé de Trèves », et sa femme, « sœur du gouverneur de la Poméranie », ont été exclus, sans le moindre ménagement, de Bruxelles. Interpellé, le 11 mars, par le député Bricoux, le libéral de gauche Charles Rogier, ministre de l’Intérieur assume : « au lieu de blâmer les agents et d'énerver leur énergie, il faudrait plutôt les encourager dans l'accomplissement de devoirs difficiles ».

Aléa et certitude de Charles Rogier

La plus grande déception de Charles Rogier est de n’avoir pas eu l’occasion de récupérer au profit de la Belgique, le Grand-Duché de Luxembourg dont le Traité Quintuple, du 19 avril 1839, a consacré l’abandon. Pourtant, en 1867, il y a espoir de réunir ces deux pays. Charles Rogier, ministre des Affaires étrangères, s’emploie à le concrétiser. Hélas, ses efforts sont vains. « Pour moi comme pour tous les hommes, je le suppose, de notre révolution d’avoir vu, irrévocablement peut-être, s’échapper une occasion de reconquérir des citoyens que nous avons été forcés d’abandonner en 1839… On aura beau m’objecter les inconvénients, ou même, va-t-on jusqu’à dire, les dangers que pourrait faire naître cette rentrée du Luxembourg dans la famille belge, l’objection disparaît à mes yeux devant la grandeur du but à attendre ».

Une des joies simples de Charles Rogier est d’avoir reçu, le 1er mai 1861, en suite d’une souscription publique, la propriété de la maison qu’il occupe 12 rue Galilée, à Saint-Josse. Sa « glorieuse pauvreté », fruit de son désintéressement, l’a, jusqu’à ce jour, empêché de l’acquérir. A présent, au dessus de la porte, on lit : « Maison offerte à M. Charles Rogier – ministre de l’intérieur – promoteur du chemin de fer 1834 – témoignage de la reconnaissance nationale – 1861 ». Il y est mort le 27 mai 1885. Dans « La Biographie nationale », Ernest Discailles note « Les funérailles, qui eurent lieu aux frais du Trésor, furent dignes de celui envers lequel la patrie avait contracté une dette sacrée. Rogier repose dans le cimetière communal de Saint-Josse-ten-Noode, où une souscription publique a permis de lui ériger un mausolée remarquable ». Dans ses conclusions, l’ouvrage « Le Jubilé national de 1905 » constate : « Le monument que la Belgique reconnaissante vient d’ériger, en ce lieu, à la mémoire de Charles Rogier rappellera aux générations futures celui qui était un grand citoyen. La figure de Rogier est l’une des plus nobles et des plus pures de notre histoire ».
L’inauguration du monument de Charles Rogier s’est terminée à 17 heures. Une belle heure pour rejoindre l’Expo…( à suivre)





Pierre André