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Musique

Mis en ligne le 25/04/2006

Vu à l’O.R.W. : le « Faust » de Gounod mis en camaïeu par Paul-Emile Fourny


Après sa création controversée à Paris en 1859, « Faust », l’opéra le plus célèbre de Gounod, recueillit d’emblée un vif succès à Liège. Sa reprise, dans une coproduction des opéras d’Avignon, de Saint-Etienne et de Nice, dix ans après sa précédente mise à l’affiche de l’Opéra Royal de Wallonie, nous a surtout frappé par le parti pris d’une mise en scène claire obscure, adopté par le directeur général de l’Opéra de Nice, notre concitoyen Paul-Emile Fourny (assisté par Ruxandra Hagiu).
Décors (de Poppi Ranchetti), costumes (de Véronique Bellone) et lumières (de Jacques Chatelet réalisées par Jean-Philippe Corrigou) créent un véritable camaîeu de gris (sauf dans la première scène du cinquième et dernier acte, celle de « la nuit de Walpurgis » où la luxure rougeoie).
Ce choix qui donne à l’œuvre un caractère sombre, contraignant à un effort constant d’acuité visuelle, ne nous paraît pas s’imposer de manière évidente, pas davantage que l’option prise en ce qui concerne les costumes des choristes qui rappellent les uniformes militaires du début du XXème siècle.
Par contre, les prestations des musiciens et des choristes de l’O.R.W. sous les directions respectives de Jean-Pierre Haeck et d’Edouard Rasquin, ont répondu à l’attente des amateurs de ce chef d’œuvre romantique à l’orchestration délicate et aux fraiches mélodies célébrissimes. Nous avons entendu les sept solistes de la première des deux distributions.
La méridionale Michelle Canniccioni qui vient de chanter à Liège sa première Veuve Joyeuse incarne avec justesse le rôle central de la composition de Gounod : Marguerite. Notre concitoyenne Mady Urbain qui était déjà la « Dame Marthe » de ce Faust en avril 1996 au Théâtre Royal affiche toujours la même assurance vocale. Quant à la souriante Caroline Fèvre qui fut l’élève notamment de José Van Dam et que l’O.R.W. a déjà accueillie dans « La Périchole » et « Il Trovatore », elle confirme sa maîtrise du rôle de Siebel qu’elle avait déjà interprété à Avignon, Vichy et Reims. Habitué de l’O.R.W. où il s’est produit dans « Manon », dans « L’elisir d’amore » et dans « Lucia di Lamermoor », le cubano-américain Reinaldo Macias incarne un Docteur Faust en demi teinte, un peu gris comme la mise en scène.

Par contre, le québécois Jean-François Lapointe (la photo) fournit une version flamboyante du rôle de Valentin, le frère de Marguerite. Déjà connu à Liège pour ses interprétations du rôle titre du Candide de Léonard Bernstein et plus récemment de Danilo, il a recueilli le succès le plus vif pour cette reprise d’un personnage qu’il avait déjà incarné à Madrid (dans le très beau « Teartro Real » que nous avions découvert l’an dernier) ainsi qu’à Turin et à Monte-Carlo. Le Lyonnais Alain Vernhes qui avait déjà joué à Liège dans « Faust », dans « Lakmé » et dans « Mireille » reprend avec une grande sûreté le rôle de Méphistophélès dans lequel il avait fait ses débuts à Montpellier lors de la saison 1993-94. Enfin, le soliste-maison Léonard Graus se contente du modeste rôle de Wagner (pas le musicien, mais un personnage secondaire de cet opéra de Gounod). Bref (si l’on peut dire pour un spectacle qui dure, y compris l’unique entracte, plus de trois heures et demi) la troisième des neuf représentations par l’orchestre et les chœurs de l’O.R.W., de ce « Faust », incontournable « classique des classiques » de l’art lyrique, nous est apparue conforme aux attentes raisonnables d’un public d’habitués nombreux mais âgés.
Le mois prochain (les 19, 23, 25 et 27 mai à 20 heures, le 21 à 15 heures et le 31 à Charleroi à 20 heures) « Così fan tutte » de Mozart et en juin (les 16, 20, 22 et 24 à 20 heures et le 18 à 15 heures) « LA Gioconda3 d’Amilcare Ponchielli clôtureront une saison qui restera marquée par les deux intégrales de la tétralogie de Richard Wagner, mise en scène par Jean-Louis Grinda et dirigée musicalement par Friedrich Pleyer, « Der Ring des Nibelungen »





Jean-Marie ROBERTI