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En Ville

Mis en ligne le 29/03/2006

Restaurée après 7 ans, la collégiale est enfin accessible


C’était la fête, mardi matin, à l’ancienne collégiale Saint-Barthélemy où l’on, a procédé à l’inauguration d’une restauration tant attendue et qui a fait la grande joie du curé de la paroisse, Achille Fortemps, connu aussi pour ses claques dans le dos mémorables qui retrouvait ainsi son église.
Pendant près de deux heures, ministre (Michel Daerden), bourgmestre (Willy Demeyer) député permanent (André Gilles), Mgr Aloys Jousten (évêque de Liège) et bien d’autres ont prononcé les allocutions d’usage devant une foule innombrable ;
Dans la soirée, un spectacle son et lumière « Les imaginaires de Saint-Barthélemy » signé Luc Petit sur un scénario de Michel Teheux, clôturait les manifestations célébrant cette restauration superbe d’un fleurons du cœur historique de la Cité ardente.

Un peu d’histoire avant la restauration

Fondé en 1010 par le grand prévôt de Saint-Lambert, Godescalc de Morialmé, l’édifice est consacré en 1015 par le successeur de Notger, le prince évêque Baldéric II. L’édifice actuel n’est plus l’église fondée en 1010 mais une complète reconstruction postérieure.
Depuis sa fondation au XIème siècle, la collégiale n’a cessé d’être en travaux. Trois campagnes ont marqué l’histoire du bâtiment conservé et créé son image.
Sa première reconstruction aura lieu à partir du milieu du XIème siècle jusqu’à la fin du XIIème. Elle présente alors l’image d’une église romane de type rhéno-mosan. Construit en grès houiller, le monument est probablement enduit mais il se délabrera rapidement.
La deuxième époque de travaux commence en 1706. Elle correspondra à la modernisation intérieure dans le goût baroque ainsi qu’à l’adjonction de deux bas-côtés supplémentaires. Elle se terminera par la suppression des entrées latérales et le percement d’une entrée axiale au travers d’un grand portail néoclassique. Cette modernisation s’accompagne intérieurement du voûtement du chœur, du transept et des nefs, et l’apport de stucs entraînant la destruction de certains décors romans.

La troisième période de travaux commencera au milieu du XIXème. Elle a été précédée de la Révolution, au cours de laquelle les fonts baptismaux (la photo) sont arrivés à Saint-Barthélemy en provenance de Notre-Dame-aux-Fonts (dépendance de la cathédrale Saint-Lambert), et le carillon du Val Saint-Lambert.
L’auteur et la date de création des fonts baptismaux font toujours l’objet d’une vive controverse : Renier, orfèvre de Huy, au début du XIIème siècle ou une équipe formée à Byzance dans l’entourage impérial et mise au service de l’empereur d’Occident, Otton III, à Rome. En tous cas il est certain qu’il s’agit là d’un des grands chefs d’œuvre de l’art médiéval.
En 1847, la Fabrique commandera à la firme Merklin & Schütze un orgue de 42 jeux en remplacement d’un orgue du XVIème.
En 1875, l’architecte Dejardin est chargé de la restauration des tours sur lesquelles il applique un parement en grès jaune. En 1967, la voûte de l’avant-corps s’effondre.
En 1976, la volumétrie intérieure est définitivement modifiée par la suppression du vestibule axial et le démontage de l’orgue afin de mettre en valeur la spatialité romane de l’avant –corps.
En 1988, l’architecte Henri Debras est désigné pour réaménager l’avant-corps vidé de son décor baroque. On lui doit notamment la présentation contemporaine des fonts sur leur socle en pierre.

Historique de la restaurationci

En 1996, l’ancienne collégiale Saint-Barthélemy est classée comme patrimoine exceptionnel de Wallonie.(photo à l'époque)
En 1998-1999, la première phase de la campagne de restauration actuelle débute. Dirigée par Henri Debras, en collaboration avec Paul Hautecler, elle consiste à rendre à l’avant-corps son aspect roman original.
L’église souffrait de l’érosion profonde du parement de grès houiller des façades extérieures. Cette érosion avait engendré de graves désordres de stabilité et des problèmes d’infiltration des eaux pluviales pouvant menacer à terme la conservation du bâtiment.

En 1999 débute une campagne d’études préalables en vue de poser un diagnostic avant la deuxième phase de restauration. Au total, onze études ont été réalisées dont 4 seront d’ordre historique et iconographique.
En 1999, et à l’initiative du Ministre-président de l’époque, Monsieur Robert Collignon, le Gouvernement wallon approuve la convention d’accord-cadre avec la Ville de Liège pour la seconde phase de restauration confiée au cabinet PHD. Cet accord portait sur un montant de travaux estimé à 7.400.000 €, et était initialement prévu pour une durée de 5 ans (1999-2003)

Découvertes archéologiques

Des découvertes archéologiques importantes ont amené le maître d’ouvrage à réviser la programmation des travaux pour préserver le potentiel archéologique existant
Sous l’aménagement de surface actuel se trouvait en effet, largement conservé, un pavé en pierre calcaire que l’on peut dater du XIVème siècle grâces aux inscriptions des dalles funéraires qui s’y trouvent insérées. Ce sol, dont l’extension correspondait à l’emprise de l’église romane, constituait le reliquat principal d’une ancienne restauration de l’édifice.
Sous cette surface, un autre sol de dimensions plus modestes fut dégagé, réalisé suivant une technique de construction fréquente au XIème et XIIème siècles. Ces éléments pourraient correspondre à l’église fondée par Godescalc de Morialmé en 1010.
Englobés par ces structures et sous celles-ci sont apparus des éléments plus anciens qui démontrent l’existence d’une phase antérieure, non encore datée. L’ensemble de ces découvertes permet donc de supposer l’existence d’au moins une église antérieure à l’édifice actuel (XIIème), ayant évolué de façon complexe, en plusieurs phases.
A la lumière de ces découvertes, il était donc essentiel pour la Ville de Liège d’assurer la sauvegarde d’un patrimoine aussi riche, témoignage de l’histoire et de l’identité collective des liégeois, et doté également d’un grand attrait sur le plan touristique.

Un comité scientifique d’accompagnement fut mis en place dans le cadre de cette phase de restauration, comprenant des, de la Ville de Liège (maître d’ouvrage), de la Division du Patrimoine du Ministère de la Région wallonne, de la Province de Liège, représentants de la Commission Royale des Monuments, Sites Fouilles, du cabinet PHD ainsi que des archéologues, et ingénieurs.
Les principes de la deuxième phase de restauration
Outre les problèmes inhérents au fonctionnement de l’église comme bâtiment cultuel et culturel, deux grands problèmes devaient être résolus : son enveloppe extérieure et son décor intérieur.
Pour l'extérieur: le mur nu dont nous avions hérité était le produit du goût des architectes des XIXème et XXème siècles pour le « matériau authentique ». Toutefois, l’apparentement de la collégiale aux églises allemandes de la même époque et de même typologie (rhéno-mosan), établi grâce aux études préalables et aux relevés pierre à pierre, a permis de retrouver un état proche de l’état originel (de nombreux échantillons indiquaient la présence d’enduits anciens).
Réalisation d’un relevé pierre à pierre afin de documenter définitivement toutes les formes anciennes du bâti et de permettre une analyse des éléments décoratifs
Remplacement des éléments structurels par des éléments à l’identique
Pose d’enduit à base de chaux sur les façades (pierres anciennes et nouvelles) pour gommer les différences chromatiques dues aux différentes transformations de la maçonnerie. Ceci permet d’en renforcer simultanément la pérennité.
Polychromie de l’ensemble dans une gamme proche et historiquement confirmée de celle des églises allemandes de la même époque.

Pour l’intérieur :Mmintien des décors baroques et recherche d’une polychromie neutre; mise en valeur des découvertes archéologiques par la création de fenêtres dans le sol et dans la maçonnerie; remise en fonction des éléments démontés au cours du temps : l’orgue et le carillon.
Enfin, dans le but de répondre aux demandes de fonctionnalité moderne, un bâtiment d’entrée a été construit au Sud, contenant l’accueil et les toilettes.
Les travaux réalisés
Les différents travaux réalisés dans le cadre de cette restauration ont été scindés en 13 lots distincts. L’objectif poursuivi était de pouvoir de cette façon choisir les entreprises les plus qualifiées pour chaque type de travaux.
Restauration de différentes peintures et sculptures dont les œuvres de Bertholet Flemal (1614-1675), Englebert Fisen (1655-1733), Théodore-Edmond Plumier (1671-1733), Martin Aubée (1729-1805) , Walthère Damery (1614-1678), d’Antoine Pierre Franck (1723-1796), Guillaume Evrard ((1709-1793) ou encore de Renier Panhay de Rendeux (1684-1744).

Saint-Barthélemy en quelques chiffres

La restauration de la collégiale Saint-Barthélemy aura nécessité un budget total de 11.750.000, dont 9 millions à charge de la Région wallonne ; 2.400.000 € à charge de la Ville et 350.000 à charge de la Province.230 m3 de pierres remplacées.
Il aura fallu 11 études préalables et 7 ans de travaux pour terminer l’ensemble de la restauration qui a nécessité un remplacement de quelques 230m3 de pierres et qui a vu près d’une centaine d’ouvriers de différents corps de métier sur le chantier.

Les perspectives pour la ville et le quartier

Comme le disait le bourgmestre Willy Demeyer lors de la présentation du résultat final de cette restauration hors du commun : « Le réaménagement prochain de la place Saint-Barthélemy permettra d’établir une synergie entre l’ancienne collégiale et le Grand Curtius, dont les travaux sont actuellement en cours.
Si l’on ajoute à cela les travaux d’aménagement de la rue Hors - Château, on s’aperçoit que l’investissement réalisé dans ce périmètre s’élève à près de 60.000.000 €, tous projets confondus.
Ainsi, Liège retrouve peu à peu son cœur historique, dont Saint-Barthélemy constitue un pôle important. Cette restauration contribue en effet au développement dans le quartier d’un ensemble patrimonial, muséal et culturel (Archéoforum, Musée de la Vie wallonne, Musée d’Ansembourg, Grand Curtius) à la fois riche et cohérent. »





Gaston LECOCQ