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Social

Mis en ligne le 25/03/2006

1500 travailleurs en colère et tristes dans les rues de Jupille


Le klaxon des tracteurs qui précédaient le cortège avait quelque chose de lugubre. C’était comme si, sonnait le glas, celui d’une de nos plus vénérables institutions liégeoises, la brasserie Piedboeuf de Jupille, aujourd’hui dans le giron du plus grand groupe brassicole mondiale InBev.
Comme nous l’écrivions dans notre édition du mardi 7 mars dernier, c’est le 23 février que la direction d’InBev annonçait son intention de supprimer, d’ici la fin du premier semestre 2006, (c’est donc pour bientôt) quelques 201 postes d’employés dont 109 équivalents temps plein. Ce qui équivaut à 145 pertes d’emplois pour le siège de Jupille et 25 à Louvain.
Ignominie sans nom, dans le même temps, la direction prévenait ses actionnaires que pour 2005, la société venait de réaliser un bénéfice normalisé de quelques 1,024 milliards d’euros, pour un chiffre d’affaire de 11,65 milliards d’euros en augmentation de 7,2%.

Aucun scrupule donc pour les actionnaires d’InBev qui, pour mieux encore faire croître leur marges bénéficiaire décidaient et annonçaient aussi que les services administratifs supprimés à Jupille seraient délocalisés vers la Hongrie et la Tchéquie où, pour le même travail, on payera moins le personnel. C’est ça l’Europe, c’est ça aussi la mondialisation avec toutes ses conséquences néfastes pour le travailleur, mais combien intéressante pour les patrons.



Une manifestation dans la dignité, la colère et la tristesse


La nouvelle du 23 février dernier n’a pas manqué de faire se manifester les élus locaux qu’ils soient PS, CdH ou encore Ecolos. L’un des pus affectés par cette nouvelles fut sans conteste le bourgmestre de Liège, Willy Demeyer qui a vécu toute sa jeunesse à l’ombre de la tour Piedboeuf et qui vit toujours avec sa famille, à quelques centaines de mètres de la brasserie.

Pour les organisations syndicales c’était aussi, on sans doute, après les problèmes de la sidérurgie, un nouveau coup de massue. Que faire ? Ne pas casser l’outil (pour le moment) et faire en sorte que ceux qui vont partir, puissent le faire d’une manière la moins pénible possible. Donc, il n’y a pas eu de débordement mais des discussions pour obtenir non seulement des garanties pour l’avenir mais aussi pour négocier les départs.
Une chose est certaine, pour trois cadres de l’entreprise qui passent aussi à la trappe, pas trop de problème, puisqu’ils toucheront chacun un peu plus de 10 millions d’euros….
Pour montrer que le dossier InBev était loin d’être terminé, c’est à l’appel des trois organisations syndicales STECA-FGTB- CNE et CGSLB en front commun, qu’une manifestation symbolique a eu lieu ce vendredi 24 mars à Jupille.
Ils étaient environ 1500 à avoir répondu au mot d’ordre. Le départ de la manifestation s’effectuait au rond point de l’avenue Prévers, juste en face du service « Production » pour se terminer rue de Visé, en face de la tour administrative d’InBev dans laquelle il n’y aura probablement plus grand monde bientôt.

C’est au son des klaxons des tracteurs, de quelques sifflets et jets de pétard que le cortège précédé d’un large calicot sur lequel on pouvait lire : «Avec 1 milliard tu n’as plus rien. Ils ont l’magot, on veut le boulot. Ensemble avec les travailleurs licenciés d’InBev, réagissons » suivi d’un véhicule transformé en corbillard, symbolisant la « mise en bière » de notre « Jupiler ». Un cortège qui tout en étant emprunt d’une colère retenue, n’en était pas moins digne mais aussi triste.



Un leit-motiv : que ça cesse, que les politiques prennent des mesures

Sur la tribune dressée en face du centre administratif, les différents représentants du SETCA et de la CNE se sont succédés.
Des paroles pratiquement identiques pour les deux grandes organisations syndicales : « Il faut que cesse ce petit jeu des délocalisations qui font s’enrichir les patrons et s’appauvrir les travailleurs… » « Il est impératifs que les politiques trouvent les moyens pour empêcher les sociétés de délocaliser à tout va… » « Il faut que le gouvernement wallon puisse récupérer les subsides versés lors de la création d’emploi… »… «Il faut empêcher que les sociétés qui délocalisent en Europe obtiennent des subsides lorsqu’elles créent de l’emploi dans un autre pays européen alors qu’elles en envoient au chômage dans un autre pays… »

En un mot comme en cent, les responsables syndicaux ont parlé d’une même voix…mais ce n’était jamais que des mots…Certes, ils ont bien fustigé l’attitude des patrons et celle d’un certain Jean-Luc Dehaene (ex-premier ministre), aujourd’hui actionnaire d’InBev et pour lequel la délocalisation de Renault à Vilvorde, fait désormais partie du passé, et qui n’a jamais répondu aux syndicats à propos du problème actuel.
Ce vendredi, les travailleurs de Jupiler avaient été rejoints par des collègues d’autres brasseries ainsi que de Chaudfontaine, en guise de solidarité. Mardi, ils seront sans doute plusieurs milliers à la manifestation qui se déroulera au siège général d’InBev à Louvain.
On a aussi appris, vendredi, que la pétition lancée sur Internet par les « Discipes da Charlemagne » la confrérie attachée depuis son origine à la bière Piedboeuf et à Jupiler, avait déjà récolté plus de 13.000 signatures.
Dans la foule, pour montrer leur solidarité avec les travailleurs de « Jupiler », on a remarqué la présence de plusieurs représentants du P.S., dont le président de la fédération liégeoise et bourgmestre de Liège Willy Demeyer, du CdH, dont l’échevin Michel Firket et aussi pas mal d’Ecolos dont le bouillant député wallon Bernard Westphael. Présence également de l'ancien ministre et mayeur de Liège Jean-Maurice Dehousse, président du "Grand Liège" qui, aussi par voie de communiqué, a tenu à marquer sa solidarité avec les travailleurs d'InBev. Du côté du MR, absence totale. Ça veut tout dire…






Gaston LECOCQ