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Musique

Mis en ligne le 19/02/2006

ENTENDU POUR VOUS : un superbe « Requiem » de Mozart par le « Chœur Saint-Jacques »

Ce samedi 18 février, en l’Église Saint-Jacques à Liège, le Chœur Symphonique et l’Orchestre Convivium, sous la direction de Pierre Thimus, avaient programmé le « Requiem » de Mozart, précédé de sa très célèbre 40ème Symphonie en sol mineur. L’engouement du public a été tel qu’une seconde séance a été organisée le lendemain à 16 heures. Et les très nombreux auditeurs n’auront certes pas regretté leur soirée ou leur fin d’après-midi car ils ont entendu une superbe interprétation de l’ultime chef d’œuvre mozartien.

Cent vingt-cinq interprètes enthousiastes

Le Chœur Symphonique Saint-Jacques, fondé en octobre 1986 par Pierre Thimus, l’organiste titulaire de cette Abbatiale qui est le plus bel édifice religieux liégeois, réunit aujourd’hui quatre-vingts chanteurs (quarante huit femmes dont vingt-sept sopranos et vingt-et-une altos ainsi que trente deux hommes se répartissant entre quatorze ténors et dix-huit basses). L’Orchestre Convivium, constitué six ans plus tard par le même inlassable animateur de la vie musicale de l’église Saint-Jacques, réunit des lauréats de nos Conservatoires royaux et , s’il est à « géométrie variable », en fonction des œuvres interprétées, il a regroupé pour ce concert Mozart quarante musiciens : vingt-cinq interprètes d’instruments à cordes (outre la concertmeister Sonia Emsheimer, huit autres premiers violons, six seconds violons, quatre altos, quatre violoncelles et deux contrebasses), quatorze interprètes d’instruments à vent (deux bassons, une flûte, deux hautbois, deux clarinettes, deux cors, deux trompettes et trois trombones) ainsi qu’un percussionniste (un timbalier).
Si l’on ajoute à ces quatre-vingts choristes et quarante musiciens, quatre chanteurs solistes et le directeur de l’orchestre et du chœur, on atteint un ensemble de cent vingt-cinq interprètes. Dans une cité qui compte, en outre, les deux grandes institutions musicales que sont notre Orchestre Philharmonique et notre Opéra, ce n’est pas mal. Ce qui est mieux encore c’est le talent et l’enthousiasme contagieux de choristes qui communiquent le bonheur qu’ils éprouvent en ayant l’opportunité de pouvoir servir des chefs d’œuvre. Ils ne chantent ni pour l’argent, ni pour la gloire. Surmontant les difficultés techniques, ils le font, avec rigueur, justesse, musicalité et sensibilité, pour partager un plaisir qu’ils ressentent profondément. Et le public leur sait gré d’atteindre pleinement leur objectif.

Le Requiem

Mozart n’a pas pu terminer l’insolite commande d’un noble qui voulait une œuvre anonyme pour s’attribuer la paternité d’une messe qu’il avait décidé de faire célébrer lors du premier anniversaire de la mort de son épouse. Et la veuve de Mozart demanda à des disciples de celui-ci, Joseph Eyber puis surtout Franz Xaver Süssmayr, d’achever la partition.
Le génie de Mozart transparaît cependant dans toute sa richesse et toute sa complexité. Sa foi et son anxiété se mêlent pour accentuer le caractère dramatique d’un chef d’œuvre dans lequel, malade, il voyait son propre Requiem. Après le funèbre « Introït », la fugue du « Kyrie » s’avère sublime. Ensuite, les trombones du « Tuba mirum » rendent visibles les scènes du Jugement dernier. Le quatuor du « Recordare, Jesus pie » s’avère inoubliable. Dans le « Lacrimosa dies illa », on croit entendre des sanglots. Bref, cette musique limpide atteint un degré de perfection que bien peu de mortels ont pu concevoir.
Nous avons dit tout le bien que nous pensons d’un chœur dont, dans ce Requiem, le rôle est majeur. L’Orchestre Convivium a lui parfaitement répondu aux attentes de cette partition très exigeante. En l’absence de Julie Bailly, mezzo-soprano et… juriste de Marche-en-Famenne, empêchée, les quatre autres solistes furent excellents. La mezzo-soprano, formée à Liège et à Bruxelles, Angélique Noldus, qui nous avait déjà charmé le dimanche 29 janvier dernier en notre salle philharmonique, à la fin du concert de clôture du Festival Mozart lorsqu’elle s’était produite dans la Messe dite « du Couronnement », récidive avec une grâce et une sûreté vocales incontestables. La soprano Muriel Bruno-Gordon allie puissance et expressivité. Le ténor anversois Stefan Cifolelli et le baryton-basse liégeois Etienne Ligot, sont physiquement très dissemblables, le premier au col ouvert étant petit et râblé et le second vêtu plus classiquement étant grand et mince. Vocalement, ils sont, l’un et l’autre, remarquables dans des registres bien entendu plus aigu pour le ténor ou plus grave pour la basse, la puissance du premier n’étant d’ailleurs pas, comme sa taille, moindre que celle du second.
Si la Symphonie n°40 en sol mineur était un choix heureux pour qu’un public plus diversifié encore qu’en la Salle philharmonique apprécie une œuvre majeure de Mozart que tout le monde connaît (même sans le savoir), il ne convient cependant pas de mettre sur le même pied le concert du samedi 28 janvier d’une partie de l’O.P.L. sous la direction de Louis Langrée et la prestation ce samedi 18 Février de l’Orchestre Convivium, sous la baguette de Pierre Thimus. En effet, le niveau de préparation professionnelle n’est pas le même. Directeur du Mostly Festival Mozart de New-York depuis plusieurs saisons, chef d’orchestre des plus grands opéras mozartiens à Glyndebourne, Langrée n’a pas seulement dirigé, du 23 au 29 Janvier 2006, en la Salle philharmonique de Liège, dix-huit chefs d’œuvre du compositeur salzbourgeois en sept concerts successifs, il a aussi été le chef de l’O.P.L. lors de seize interprétations de compositions de Mozart de mars 2001 à octobre 2005 (dont déjà, en décembre 2001, la 40ème symphonie). En outre, la qualité d’écoute pour une œuvre symphonique est meilleure dans une salle de concert comme celle du Boulevard Piercot que dans la nef d’une grande église. Dès lors, si nous avons réécouté avec plaisir cette 40ème Symphonie en sol mineur, ce fut sans comparer les niveaux des interprétations proposées à Liège à trois semaines d’intervalle





Jean-Marie Roberti