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Bouquins

Mis en ligne le 17/02/2006

LU POUR VOUS : "Patrimoine et vie collective"


« Patrimoine et vie collective » tel est le titre d’un nouvel ouvrage paru dans la collection « Culture - Education permanente » publiée par le Ministère de la Communauté française. Comme le dit le communiqué de presse « cette publication montre tant les enjeux citoyens développés par l’action associative dans le domaine du patrimoine que le travail d’éducation et de transmission des institutions culturelles, muséales et patrimoniales ». Préparé dans le cadre de « 175-25 », cet ouvrage donne le point de vue de 43 associations et institutions culturelles. Parmi ces 43 associations, 10 sont situées dans le Pays de Liège.

Le combat du Grand Curtius

On y retrouve le combat mené par Joseph Delhaxhe du « Vieux Liège » et Madeleine Mairlot de « SOS Mémoire de Liège » sur le thème « de l’Emahl au Grand Curtius en passant par le Méga-mussée ». Quelques morceaux choisis de cette « histoire bien liégeoise » : « Avril 1996, la société parisienne ‘Repérages’ (…) sort de sa pochette-surprise un gros parallélépipède rectangle en verre, métal, béton, aussi vite appelé ‘aquarium’ par les Liégeois (…) S’amorce alors une partie de bras de fer entre d’une part, les associations qui tendent de faire comprendre leur point de vue aux fins de faire évoluer le projet et, d’autre part, les autorités publiques, et plus particulièrement le bourgmestre de Liège de l’époque (NDLR : Jean-Maurice Dehousse), qui refusent de changer un iota à ce était prévu. (…) Le bourgmestre rappelle le fait que Conseil communal s’est prononcé sur le projet EMAHL a plusieurs reprises et que toute dépense complémentaire pour la Ville se traduirait par une taxe pour tous les Liégeois qu’il appellerait … la ‘taxe Mairlot’ (…) En mai 2001, une période de véritable concertation se met alors en place, enfin. Le nouveau bourgmestre (NDLR : Willy Demeyer) décide de ‘faire table rase du passé’ et consulte largement dans la volonté positive de faire évoluer le projet dans un esprit de consensus ». Et tout le monde y gagna !

Réinventer la démocratie

Jean-Christophe Yu animateur à « l’Association Culturelle Paul Renotte » raconte comment il est allé « à la redécouverte d’une identité collective ». En ce faisant « nous réinventions la démocratie ou du moins remettions-nous sur le métier l’étoffe antique usée par le temps et les renoncements en tous genres. Le patrimoine ne pouvait être laissé au profit et à l’usage de quelques profanateurs, intéressés ou ignorants, mais devait être un moment de la vie sociale et politique au cours duquel, il pourrait être fait appel, en le considérant avec un respect sincère, au sentiment de tous ».

La mémoire ouvrière, populaire, collective

Michel Hannotte (récemment décédé) évoque « l’Institut d’histoires ouvrière, économique et sociale » (IHOES) qui « à la différence d’autres centres d’archives privées n’est pas une extension naturelle d’un parti ou d’une mouvance idéologique ou philosophique chargée d’en conserver la mémoire et l’histoire et d’en assurer la défense et l’illustration. Le projet initial de ses fondateurs a été d’assurer une conservation de la mémoire ouvrière, populaire, collective sans autre critère de sélection que de tenter de reproduire (…) le mouvement social tel qu’il s’est déroulé ». Dans les années 85, l’ancien député communiste Théo Dejace a fait don à l’IHOES de ses papiers personnels, archives soit quelques 250 caisses de documents. « Nous étions loin d’imaginer leur richesse documentaire. Peu à peu, la matière se décanta et s’organisa, notamment en ce qui concerne la résistance au fascisme dans la région liégeoise avant 1940, résistance à l’occupant (…) un ensemble tout à fait inédit sur la reconstitution du syndicalisme clandestin et sur sa croissance depuis fin ’40 jusqu’à la fondation de Fédération Générale du Travail de Belgique (FGTB) en 1945 ».

Les Territoires de la mémoire

La résurgence de partis et de mouvements d’extrême - droite a amené, en 1993,la création des « Territoires de la mémoire ». Philippe Raxhon y écrit notamment que « vient doucement le jour où le dernier des déportés mourra de sa mort d’homme, rompant une amarre de chair, une amarre de choix, laissant les nouveaux venus sans voix (…) Nous serons les orphelins d’un hiver que nous n’avons pas vécu, dans ces contrées glaciales où l’on massacra l’humanité. Il faudra pourtant combattre à notre tour, les errements de l’histoire au nom de la mémoire, et trouver les voies qui nous relierons à elle. (…) De quelle mémoire ? Celle que nous devons faire nôtre pour exister demain».

La variété, signe de richesse

D’autres Liégeois apportent également le récit de leur participation active que ce soit dans la « conservation, mise en valeur et sécurité du patrimoine religieux », l’intégration des bâtiments du Lycée Léonie de Waha dans un projet pédagogique, la défense de l’orgue de Flône hors d’usage depuis 1969 ou encore le citoyen interpellé par le patrimoine naturel. « Patrimoine et vie collective », un ouvrage au contenu varié donc enrichissant.






Pierre André