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Expositions

Mis en ligne le 14/02/2006

VU POUR VOUS: : « Séduction », la grande exposition de l’année à l’ancienne église Saint Antoine


L’an dernier, Paul-Emile Mottard, le député permanent en charge de la Culture à la Province de Liège, initiait une nouvelle conception muséale se traduisant, entre autres, par la rénovation du Musée de la Vie Wallonne (toujours en travaux actuellement) auquel s’ajoutait un nouvel espace culturel : l'église Saint Antoine , rénovée et désacralisée.
Ce lieu est destiné à accueillir de grandes expositions internationales, comme ce fut le cas l’an, dernier avec « Gratia Dei… les chemins du Moyen Âge », qui accueilli, de février à juillet 2005, un peu plus de 40.000 visiteurs. Un chiffre qui place les attraits touristiques payants en Cité ardente à la 2ème place après l’Aquarium…
C’est le lundi 13 février, que s’est ouvert, dans cette même église Saint Antoine, la deuxième grande exposition intitulée « Séduction ». Avant que nous puissions la visiter, Paul-Emile Mottard, accompagné de Bénédicte Lamine, conceptrice de l’exposition (la photo ci-dessous) ) a rappelé que cette nouvelle exposition s’inscrivait parfaitement dans les objectifs suivis, à savoir : « porter un regard davantage axé sur les thèmes de société en invitant le public à aiguiser la perception qu'il a du monde qui l'entoure, et le plonger dans une démarche citoyenne. »

Comme nous avons pu le constater, «Séduction » s’inscrit tout à fait dans cette perspective avec une thématique extrêmement large.
Comme le dira aussi Paul-Emile Mottard : « Il convient de l'aborder le plus complètement possible et de tirer des liens latéraux entre l'évolution générale de la société et celle de la séduction quel que soit le mode de séduction dont on parle ou ses différentes applications. Susciter des regards, provoquer des questions, éveiller un esprit critique ... ce sont quelques-uns des objectifs fondamentaux suivis par les concepteurs de l'exposition. Dans un espace au sein duquel chacun pourra déterminer son propre cheminement, nous pourrons mettre en éveil tous nos sens. Découvrir le rôle du corps comme instrument de séduction, l'évolution des conceptions de la beauté au fil des siècles et les innombrables modifications que la plastique peut subir pour se transformer en fonction de critères esthétiques, culturels, religieux, ...

Mais pourquoi une exposition sur la séduction ?


Quand on y réfléchit, chacun est sans cesse mis en présence de celle-ci. Nous y avons tous goûté un jour, que ce soit comme protagoniste ou dans le rôle de la proie. Elle est universelle et omniprésente dans les relations humaines. Elle intervient dans les domaines les plus divers.
Étymologiquement, séduire n'a pas bonne réputation : le latin « seducere », dont il est issu, lui donne pour sens « emmener à l'écart, détourner de sa voie ». L'Église médiévale fait de la femme l'instrument de Satan sous les traits duquel elle personnifie la séduction. Pas étonnant, dès lors, que celle-ci ait conservé au fil du temps cette odeur de soufre qui lui donne mauvaise réputation. Les XVIle et XVIIIe siècles voient dans le séducteur un prédateur sexuel redoutable. Don Juan, Valmont et autres Casanova prennent plaisir à accumuler les conquêtes, qu'ils abandonnent sans vergogne.

De nos jours, plaire devient une obsession si l'on en juge, entre autres, par les innombrables magazines regorgeant de conseils, l'émergence des agences de relooking ou de coaching, ou encore la banalisation du recours à la chirurgie esthétique. Séduire est une nécessité sociale, un mode de communication, une stratégie utilisée à des fins professionnelles ou relationnelles. Elle peut représenter une recherche de reconnaissances. On ne diabolise plus la séduction. Pour survivre aujourd'hui, il faut savoir se vendre.

Vu pou vous

L'exposition présente les divers domaines dans lesquels la séduction peut s'exercer. Le visiteur y déambule à sa guise de l'un à l'autre. Si, de prime abord, on songe à celles-ci, la séduction ne se limite pas aux uniques parades amoureuses, telles qu'en crée le monde animal.

Accueilli par un paon faisant la roue, on débute la visite en écoutant l'homme de la rue confronter sa définition de la séduction à celle de personnalités connues. En effet, rien n'est plus subjectif que la séduction. Chacun, chacune a ses critères et c'est bien ainsi car l'humanité est si diversifiée. L'époque, la culture, la personnalité en font une notion relative. Pour s'en convaincre, il suffit de comparer ses mensurations à celles de top models de décennies différentes ou encore une photo coquine des années 20 avec les playmates du journal « Playboy » ou autres calendriers.
Qui ne sacrifie pas à ce rituel de se regarder chaque jour dans le miroir ?
Rappelant l'importance que l'on accorde à son apparence, l'espace suivant est consacré aux artifices et modifications corporels : tatouages, piercings tels qu'ils sont illustrés à travers les photos d'Alain Soldeville, éléments de chirurgie esthétique ou pièces de lingerie anciennes et actuelles prouvent que l'on est prêt à tout pour plaire. Voire à déformer son corps à la manière des femmes-girafe de Birmanie ou des Ethiopiennes à plateau.

Une installation occupée par une Porsche cabriolet des années 60, évoque le playboy, en parallèle avec les rituels de séduction des Peuls ou des parures masculines d'Amazonie. Car pour ce qui est de la parure, la gent masculine n'est pas en reste. Dans le monde animal, c'est d'ailleurs plus souvent le mâle qui se pare de couleurs.
Un dessin de Pierre Kroll ou un logiciel de relooking rendent compte des moyens mis en oeuvre pour adopter le bon look et se créer un image.
Des voix d'animateurs radio célèbres ou des extraits de film témoignent de l'art de séduire par son éloquence. Rien de tel que le faste ou la mise en scène pour faire effet, attirer l'attention ou se faire entendre. Pour illustrer cette manière de séduire, l'élection des miss ou les riches costumes de différentes religions côtoient les vêtements d'apparat du règne de Louis XIV ou les shows électoraux américains.

Susciter l'intérêt du client, tel est bien le rôle de la publicité. Pour ce faire, elle pratique, entre autres, l'humour, la provocation ou fait appel à des stars pour vanter son produit. Des affiches présentées sur dérouleurs urbains et des spots illustrent ces techniques. Et, comme en témoignent les évocations de la geisha japonaise, de l'hôtesse du salon de l'auto ou du mannequin qui défile sur les podiums, la pub n'est pas la seule à faire usage du charme pour vendre.
Un autre espace nous le rappelle : provoquer peut séduire, surtout lorsqu'on s'adresse aux jeunes. Le Pornocratès de Félicien Rops, exposé côte à côte avec le Novissima verba de Jacques Charlier, les péripéties télévisuelles de Sébastien Cauet ou le cynisme de Marilyn Manson sont là pour le démontrer.
Cependant, user de son charisme pour manipuler et atteindre un but inavoué peut porter préjudice_ Un documentaire sur Hitler, des articles sur les sectes, le Don Giovanni de Mozart ou une sculpture de Joseph Geefs (qui provient de la Cathédrale) évoquant la beauté du diable nous mettent en garde contre la séduction lorsqu'elle se fait manipulation.

Enfin, pour plaire aux autres, ne faut-il pas se plaire à soi ? Peut-on résister au piège de miroirs accumulés dans un espace consacré au narcissisme ?
Le centre de l'exposition est consacré aux cinq sens, inévitablement sollicités dans le processus de séduction. S'imaginer avec le corps d'un bodybuilder, écouter le message d'une hôtesse d'accueil ou celui du téléphone rose, tester le marketing olfactif ou les sensations provoquées par le toucher de diverses matières, rêver à la recette du philtre d'amour, autant d'expériences titillant ses sens sont proposées au visiteur. Celui-ci peut aussi, quand il le souhaite, s'attarder dans la sacristie de l'église transformée en salle de projection pour y revoir des extraits célèbres d'oeuvres cinématographiques.
En guise de conclusion, une mosaïque de visages suggère l'universalité de la séduction et des associations de photos évoque les similitudes existant entre parades humaines et animales.

Enfin la question est posée : la communication actuelle laisse-t-elle encore la place à la sensualité ? A chacun de voir.
Car tel est bien le parti pris : intriguer le public, le surprendre, l'inciter à la réflexion tout en le divertissant, lui laisser le choix de ses impressions. Cela justifie l'absence de textes explicatifs dans l'exposition. De simples citations annoncent chacun des thèmes et un document explicitant et détaillant les sujets évoqués est disponible à l'accueil pour une somme très modique (« Traces », 1€.) Pour ceux qui le souhaitent, des visites guidées sont organisées durant toute la durée de l'exposition.

Notre avis

Toutes ces démarches, on les découvre durant la visite et elles ne manquent pas de poser des questions auxquelles on est seul à pouvoir répondre.
Pour s’imprégner de l’ambiance et des différents message transmis par l’exposition, il faut facilement trois bonnes heures, si pas plus. On peut évidemment la parcourir plus rapidement,mais ce n’est sûrement pas le but recherché. Et ce serait un peu raté pour vous. Dans le contexte (socio-politico-économique local ou mondial) difficile, dans lequel nous vivons tous plus ou moins actuellement, « Séduction » est franchement un point de passage obligé en Cité ardente si l’on veut changer un peu ses repères, recharger ses accus.

Ce sujet qui nous interpelle toutes et tous, est infiniment difficile à traiter sans tomber dans la caricature (sans arrière pensée) grossière. C’est pourtant ce que «Séduction » a réussi. Lorsqu’on en sort, on est revigoré, réchauffé (maintenant parce que c’est l’hiver) et rafraîchi agréablement lorsque dans quelques mois on dira qu’il fait trop chaud. Et si vous êtes déprimé, c’est aussi un bon remède. D‘autant qu’il n’est vraiment pas cher.
Pour prolonger l’exposition, nous vous conseillons aussi la brochure « Traces » (elle ne coûte qu’un euro).
C'est il faut le reconnaître, un magnifique travail réalisé par le "Service Culture" de la Province, appuyé bien évidemment, par d'autres services provinciaux.

Pour tous les détails pratiques, pour connaître les dates de toutes les conférences prévues (il y en a une bonne dizaine) dans le cadre de ce sujet qui nous le savons en intéressera plus d’un, pour toutes les informations concernant les enseignants (le sujet intéressera les étudiants du secondaire pour lesquels un cahier didactique est prévu et téléchargeable sur Internet – sur le site de l’exposition) et pour bien d’autres renseignements, nous vous conseillons de visiter le site Internet :www.exposeduction.be

Alors, ne boudez pas votre plaisir et laissez-vous séduire ! Et, assez unique à Liège, cette exposition est visible 7 jours sur 7.

En pratique

- Lieu -Eglise Saint Antoine Musée de la Vie wallonne Cour des Mineurs 4000 Liège +32(0)4 237 90 40 - +32(0)4 237 90 89-
- Dates : Du 13 février au 30 juillet 2006.
- Horaires : Tous les jours, de 10 à 18h (fermé les jours fériés : 17/4, 1/5, 25/5, 6/6, 21/7)
- arifs : 4 € individuels, 3€ seniors (avec carte S) et groupes d'adultes (min. 15 pers.) 2€ étudiants (avec carte) et jeunes 10-18 ans ; 1€ enfants 6-10 ans et groupes scolaires ou de jeunes (min. 15 pers.) -
- Visites guidées :
Pour les groupes : 25 €(20 € pour groupes scolaires ou de jeunes, avec gratuité pour un accompagnant).
Pour les individuels, tous les dimanches sur réservation : suppl. 4€ par adulte.
*** Musée de la Vie wallonne Cour des Mineurs 4000 Liège : +32(0)4 237 90 40 +32(0)4 237 90 89

-Avec la participation : du Musées de l'Afrique centrale ,Tervuren ; Musée juif de la Déportation et de la Résistance, Malines ; Musée Kruglanski, Liège ; Musée de la Mode, Hasselt ; Musée provincial Félicien Rops, Namur ; Musée de la radiographie, Bruxelles ; Musées royaux d'Art et d'Histoire, Bruxelles ; Musée de la Vie wallonne, Liège ; Trésor de la Cathédrale, Liège.
- Et des artistes : Jacques Charlier, arts plastiques ; Anne Charline, sculpture ; Franquin, dessinateur, scénariste ; Joseph Geefs, sculpteur ; Margi Geerlinks, photographe ; Pierre Kroll, dessinateur ; Frédéric Leconte, vidéaste ; Armand Rassenfosse, gravure, dessin ; Félicien Rops, peintre, graveur ; Félix Roulin, sculpture ; Alain Soldeville, photographie ; André Stass, collages ; Maëlle Vivegnis, dessin.





Gaston LECOCQ