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Musique

Mis en ligne le 19/01/2006

Écouter Mozart et ne pas seulement l’entendre : quel régal avec Louis Langrée et l’ O. P. L. !

L’Orchestre Philharmonique de Liège fait précéder (généralement le mercredi à 18 heures 30’) ses principaux festivals et concerts, soit d’une interprétation commentée d’une œuvre ou d’un instrument (sous l’intitulé « Dessous des quartes » qui concerne cette saison l’orgue, Dvorak, Bartók, Mozart, Ledoux et Mahler), soit de la comparaison d’enregistrements (sous l’intitulé « Écouter la musique » à propos à nouveau de Mahler et aussi de Beethoven, de R. Strauss, de Haydn, de Debussy et de Grieg).
En « apéritif » du festival Mozart, la séance commentée par Louis Langrée de la Symphonie « Jupiter » avait drainé, en la Salle Philharmonique du Boulevard Piercot, des centaines d’auditeurs.
Iles en sont sortis enthousiastes grâce à l’Orchestre et à son directeur musical.
Louis Langrée déclara d’emblée vouloir entrer plus profondément dans un des chefs d’œuvre de Mozart. Mozart, dit-il, c’est agréable, joli, trop joli. Il ne convient cependant pas de l’écouter superficiellement car il s’agit d’un sur-doué incroyable.

La transcription du « Miserere » d’Allegri

Il fit entendre un enregistrement de quelques premières des quinze minutes du « Miserere » d’Allegri que la papauté réservait (sous peine d’excommunication ! ) à une audition exclusive pendant la semaine sainte dans la chapelle Sixtine. A 14 ans, Mozart l’y écouta une seule fois et, revenu dans son hôtel romain, retranscrivit intégralement cette œuvre chantée à neuf voix superposées.
Plus tard, ce génie écrivit à son père avoir composé une symphonie « qui fera le plus bel essai », ajoutant : « Il ne me reste plus qu’à l’écrire »…
Sa quarante et unième symphonie, Mozart la composa trois ans avant sa mort à 35 ans. Ce n’est pas une œuvre sentimentale aux premières mesures utilisées comme sonneries de G.S.M.. C’est la symphonie de l’âge des lumières où, avec des premiers et deuxièmes violons placées face à face sur un pied d’égalité, s’affirment, dès les premières mesures, les contrastes (fort/doux, calme/agité) et les couleurs ( aigus/graves, cordes/vents…), les petites dissonances , parfois narquoises, étant volontaires pour rompre l’académique symétrie et le vertige naissant, lui, des syncopes. Les motifs s’imbriquent. Lors d’un moment paisible, on peut demander ce qui va se passer et « Bong ! oui, absolument… », ça ne pouvait pas durer. Puis après le drame revient l’apaisement. Tout cela, bien sûr, illustré musicalement par l’Orchestre et parfois par ses divers pupitres pris séparément. Comme dans une dissertation, où à la thèse succède l’antithèse avant que n’arrive la synthèse, dans cette symphonie, les thèmes sont exposés puis confrontés dans un développement avant que la conclusion n’amène une ré-exposition. Au coeur de l’œuvre, surgit même une bataille musicale faite de décalages qui engendrent un double pugilat, à l’intérieur des cordes et à l’intérieur des vents. Puis revient la musique du début. On se dit qu’on va rentrer à la maison mais… cela repart puis cela s’apaise de nouveau. Cette fois, sera-ce la bonne ?.
« Je vous invite à partager le sourire mozartien », nous dit encore Louis Langrée. La musique de Mozart naturelle, délicate, évidente, miraculeuse est aussi savante et compliquée, très, très subtile. Les auditeurs avaient reçu à leur arrivée une partition reprenant la « Coda » (queue)du dernier mouvement « molto allegro » et comprenant pour chaque catégorie d’instruments une ligne de notes (une douzaine au total, ce qui est bien moins que pour les compositions écrites à l’intention de vastes ensembles orchestraux comme chez Mahler). Cinq thèmes que Louis Langrée avait fait colorer et auxquels il donna des noms (Magnificat en rose, Gloria en orange, « Wolfgang Amadeus » en vert, Constance, son épouse, en jaune et, en bleu, le très bref Papageno), il les fit jouer par divers pupitres et par l’ensemble de l’orchestre et chanter par le public. Tel le Rubik’s cube, ces cinq thèmes s’exposent et s’entremêlent de manière parfois indiscernable car certaines notes appartiennent à deux thèmes : à la fin de l’un et au début de l’autre.
Quel enchantement que de pouvoir ainsi apprendre à écouter Mozart plutôt qu’à se contenter de l’entendre ! Merci à Louis Langrée et aux musiciens de l’O.P.L. dont le concertmeister était Endre Klève.





Jean-Marie Roberti