• Visiteur(s) en ligne : 4
  • |
  • Visiteurs total : 3098180

Il y a déja

Mis en ligne le 07/09/2005

Revolution 1830 : 7 septembre 1830,les volontaires liégeois arrivent à Bruxelles.


Depuis qu’elle n’est plus capitale de la Principauté, et surtout depuis qu’en suite des Accords de Chaumont du 1er mars 1814, elle est rattachée au Royaume des Pays-Bas, Liège, demeurée laborieuse, a pris l’habitude de se coucher tôt. Les rues sont désertes (…) les portes se ferment presque au jour tombant. Heureusement, il est des exceptions. Ainsi cette nuit du 10 mars 1824, où cinq hommes se réunissent. Le plus âgé, Firmin Rogier, est licencié-es-lettres. Les trois autres sont avocats ou en voie de l’être, Joseph Lebeau (trente ans), Charles Rogier (vingt-quatre), Paul Devaux (vingt-trois) et le cinquième s’appelle Latour, professeur de belles lettres qui se chargera d’imprimer, au 67 en Féronstrée, à partir du 1er avril, le Mathieu Laensbergh, dont la naissance en qualité de Journal politique, littéraire, de l’industrie et du commerce vient d’être décidée sur le coup d’une heure de matin. Le 17 mai 1824, le libelle sera imprimé en Souverain-Pont chez Henri Lignac qui collabore également au journal. Le bourgmestre de Liège est le chevalier de Mélotte d’Envoz.
Les rédacteurs du Mathieu Laensbergh étaient tous des libéraux, épris des principes de 1789. Mais ils faisaient preuve de la plus grande tolérance en matière religieuse (1). En 1817, en se réclamant de la Liberté, de l’Egalité et de la Fraternité, à la loge Les Amis de la Parfaite Intelligence, Joseph Lebeau déclare la Maçonnerie proclame que tous les hommes ont la même origine, la même patrie, les mêmes droits ; que l’humanité est aussi outragée sur les rives du Tage, du Sénégal, du Bosphore, de la Plata, qu’elle le serait sur les bords de la Meuse et de la Seine, et que pour nous, le jour de la Victoire doit être celui où le sang des hommes sera partout respecté, et leurs droits reconnus et sanctionnés sur les deux hémisphères (2).
Epris de liberté, les rédacteurs du Mathieu Laensbergh ne sont cependant pas de dangereux révolutionnaires. Ce sont des hommes de droit prônant à leurs concitoyens brimés de recourir à toutes les possibilités que la Loi Fondamentale leur offre en vue de résister à la politique d’un souverain formé aux méthodes prussiennes. Ces procédures vont du recours au pétitionnement à une bonne organisation des élections, par exemple.
Le 21 mars 1827, Paul Devaux préconise L’Union fait la force en écrivant les luttes antireligieuses affaiblissent l’opposition. A quoi bon s’obstiner dans des discussions nuisibles, quant, au fond, on poursuit un même but (3).
Le journal change de nom, en 1829, et devient Le Politique, un titre mieux en rapport avec sa ligne éditoriale.

Il y a de la Révolution dans l’air

L’été 1830 est un été chaud. En France, Charles X qui, dans son refus du régime parlementaire, a coutume de dire J'aimerais mieux scier du bois que d'être roi aux conditions du roi d'Angleterre est balayé de son trône par les Trois Glorieuses de Juillet – 27, 28, 29 – au bénéfice du Roi Louis-Philippe 1er.

En Belgique, lorsque, le 10 août 1830, le Roi Guillaume vient, à Bruxelles, voir une exposition à la gloire des industries des nouveaux Pays-Bas, il s’est trouvé certains de nos concitoyens désireux de dételer les chevaux pour tirer eux-mêmes le carrosse royal !
Certes, on peut dire que l’amalgame Bataves-Belges ne prend pas auprès des notables. Et quant au peuple, il estime le prix du pain élevé notamment à cause de l’impôt sur la mouture qui a suscité doléance et moquerie Pauvre peuple, on vous pressurera on vous pendra ; Voilà la liberté,Biribi ;À la façon de barbari Mon ami. Néanmoins, la surprise royale est grande d’apprendre qu’il suffit à quelques bourgeois aisés d’entendre, à La Monnaie, un air d’opéra Amour sacré de la patrie, rends-nous l'audace et la fierté pour qu’aussitôt, des journaliers s’en aillent casser du carreau au National, un journal pro-gouvernemental et chez le ministre Van Maenen.

La fièvre monte à Liège

Le 26 août, comme à son habitude, Charles Rogier se trouve Place Saint-Lambert à l’heure où arrive la diligence en provenance de Bruxelles. On y apprend toujours, des voyageurs et du cocher, nombre d’informations précieuses. Mais ce jour-là, la diligence parle d’elle-même ; les portières aux armes des Pays-Bas sont tailladées. Le cocher se tient coi, il tient à son emploi. Rapidement, les nouvelles circulent et cela risque de dégénérer. Rogier ne fait ni une, ni deux. Sergent à la garde communale, il se met à la disposition de l’autorité.
Malin, le gouverneur hollandais Sandberg constitue une Commission de Sûreté avec des Liégeois qui, fait étrange, sont également des membres de l’Association constitutionnelle, créée en avril 1829 et fondamentalement opposée au Gouvernement !
Liège, le 27 août 1830, devient comme une sorte de petite république conduite par un conseil de quatorze notables (4).
Première décision : le pain coûte désormais vingt centimes au lieu de vingt-huit.
Deuxième décision : arborer les couleurs liégeoises car pas question d’arborer le drapeau français. Charles Rogier note j’arbore les couleurs liégeoises, rouge et jaune, à l’hôtel de ville, à la porte d’Amercoeur, à la tour Saint-Paul.
Prudent, le gouverneur militaire de la Ville le général Van Boecop a choisi de retirer ses troupes de la caserne des Ecoliers, en Outremeuse, et de les regrouper sur les hauteurs.

Notables et peuples

Le 28 août, Le Politique écrit : hier dans la soirée, la Commission de sûreté a pris la mesure sage et indispensable de députer à La Haye trois concitoyens connus pour leurs sentiments constitutionnels, pour exposer au gouvernement par quels moyens de conciliation, il peut assurer la tranquillité publique. La délégation est dirigée par Jean-Joseph Raikem.
Le 30 août, à La Haye, le Roi les écoute avec bienveillance, il a choisi de convoquer les Etats Généraux, le 13 septembre, mais il se refuse à éloigner le ministre Van Maenen.
Pendant le temps que la délégation est partie, la situation se dégrade à Liège. Aux Degrés Saint-Pierre, l’armurerie Devillers est pillée. Sous le menace d’un pistolet, Charles Rogier est sommé de partir au plus vite vers Bruxelles à la tête des volontaires liégeois. Il le fait le 4 septembre. Un ancien soldat de Napoléon, âgé de 36 ans, amputé de la jambe droite, Jean-Joseph Charlier, surnommé Jambe-de-Bois est allé, avec d’autres volontaires, enlever à la Caserne des Ecoliers deux canons répondant aux jolis noms de Marie-Louise et Willem provoquant la fureur du gouverneur militaire que Jean-Joseph Raikem atténue.

Les premiers volontaires liégeois n’ont pas attendu le 4 septembre. Ils partent, à 1500, le 3, vers 22 h., par la porte Sainte-Marguerite, en direction de Saint-Trond. Ils font halte, à 3h du matin, à Oreye. Ils repartent à 123 ! Willem et Marie-Louise sont de la partie. Sur son destrier blanc, Charles Rogier, muni pour tout viatique de ses économies emmène, de la cour du Palais, d’autres volontaires. Rogier arrive à Bruxelles, le 7 septembre. Ordre, union, discipline, justice, courage. Voilà, mes braves camarades, la devise des vrais Liégeois. Parmi ces volontaires, figurent Rayé (18 ans), Dubois (20 ans) et Pierseaux (21 ans). Ils seront encore en vie quand on inaugurera, en 1905, à Liège, le monument dédié à Charles Rogier.
Homme politique, à peine arrivé à Bruxelles, Charles Rogier anime la Réunion Centrale, un club de patriotes. Jean-Joseph Charlier et ses compagnons connaissent, sans nourriture, le charme de l’ancien couvent Sainte-Elisabeth avant d’être incorporé dans le corps d’artilleurs bruxellois, le 12 septembre. La situation à Bruxelles est assez calme depuis le départ du prince Frédéric, imité par la régence remplacé par une Commission de Sûreté. Ayant appris que l’armée hollandaise est de retour, des volontaires liégeois vont à sa rencontre du côté de Tervuren et de Vilvorde. Frédéric décide d’attendre des renforts pour aller plus avant vers Bruxelles. Mais la Commission de sûreté bruxelloise, le 18 septembre, lance un appel a l’ordre à ses concitoyens et déclare que tout étranger pris, les armes à la main, sera exécuté. Les Liégeois se sentent visés et la Réunion Centrale met en fuite, de l’hôtel de Ville, la Commission de sûreté. Charles Rogier harangue la foule. En 1906, dans son ouvrage magistral, Histoire de la démocratie et du socialisme en Belgique depuis 1830, le député socialiste Louis Bertrand relate L'effervescence était à son comble. Sur la place, un incident inattendu mit le feu aux poudres. Une patrouille de la garde bourgeoise, maltraitée et attaquée par le peuple en fureur, tira sur la foule : quatre hommes tombèrent, l'un frappé mortellement, les trois autres grièvement blessés. Dès ce moment, la rage populaire ne connut plus de frein. On cria vengeance et, à quatre heures du matin, plus de dix mille hommes armés se déclarèrent prêts à venger le sang bruxellois, à défendre la patrie et à combattre l'ennemi. La révolution était enfin déchaînée.

La révolution déchaînée

Le 21 septembre, à Diegem, les volontaires liégeois, sous la houlette de Charles Rogier, sont aux cotés des volontaires bruxellois pour résister à Frédéric. Le 22, les troupes hollandaises sont encore plus importantes.

Charles Rogier connaît un instant de faiblesse mais très vite, entendant le bruit de la canonnade, il revient se battre. Le 23 septembre, à Liège, de violents combats se déroulent. La Chartreuse est prise. A Bruxelles, les combats se poursuivent. Le 24, au soir, une grêle de boulets et de bombes met le feu à plusieurs quartiers bruxellois. Retranchés dans Parc de Bruxelles, les Hollandais subissent les tirs de Charlier-Jambe-de-bois dont Gilbert Spoiden décrit l’art militaire : pointant avec adresse, bien qu'il n'eût jamais été artilleur, un canon défendant la Place Royale, il déplaça plusieurs fois sa pièce, balayant la Place et le Parc où les Hollandais étaient venus s'enfermer, et les forçant à évacuer les maisons de la rue Royale et le Palais du Roi. Ce succès grisa quelque peu Charlier, entouré de l'adulation de la population bruxelloise.
Le 27 septembre, les Hollandais battent en retraite. Bilan des combats, près de 1000 morts, plus de 2000 blessés. Les quatre cent cinquante morts belges sont inhumés le 29 septembre, à Bruxelles, sur la place Saint-Michel qui désormais prend le nom de place des Martyrs. Le même jour, à La Haye, les Etats-Généraux dont faisait, notamment partie, le Liégeois Etienne Constantin de Gerlache, votent par 50 voix contre 44, la séparation de la Belgique d’avec la Hollande. Le 4 octobre, l’indépendance de la Belgique est proclamée.
-----------------------

(1) Henri Moreau in Les gens de robe liégeois et la révolution de 1830

(2) Cité par Joseph Hanquet in idem

(3) Cité par Carlo Bronne in idem

(4) Joseph Hanquet in idem
--------------------------


Source des illustrations de haut en bas:

(1) Charles Soubtre: Le départ des volontaires liégeois pour Bruxelles (1830)

Huile sur toile, 220 x 285 cm Signé et daté en bas à droite : Ch. Soubre 1878
Liège, Musée de l'Art wallon Liège © Musée de l'Art wallon

(2) Charles Soubre : Arrivée de Charles Rogier et des volontaires liégeois à Bruxelles (1830) Huile sur toile, 86 x 293 cm Signé et daté en bas à gauche : Ch. Soubre 5 août 1880 Bruxelles, Musée royal de l'Armée Bruxelles © Musée royal de l'Armée

(3) Guillaume 1er : gravure
(4) Charlier dit "Jambe de bois" sur une barricade à Bruxelles : gravure

Les gravures proviennent de :"Histoire de la démocratie et du socialisme en Belgique depuis 1830. Tome premier. (1906) dans la "Table des gravures". Il s'agit d'une édition électronique réalisée à partir du texte de Louis Bertrand, député de Bruxelles (1869 - 1937), Histoire de la démocratie et du socialisme en Belgique depuis 1830. Tome premier. Bruxelles: Dechenne et Cie; Paris: Édouard Cornély et Cie, 1906, 455 pages. Une édition numérique réalisée par M. Gustave Swaelens, bénévole, journaliste à la retraite, Suisse.





Pierre André