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Musique

Mis en ligne le 16/12/2005

Entendu pour la première fois à Liège : un fascinant interprète et musicologue américain, Robert Levin, dans un splendide « premier concerto » pour piano de Beethoven.

Ce jeudi 15 décembre à 20 heures en la Salle philharmonique du Boulevard Piercot à Liège , nous avons écouté un concert en deux parties de l’Orchestre Philharmonique de Liège, placé sous la baguette de son futur directeur musical Pascal Rophé, Endre Kleve étant concertmeister.
La première partie fut une révélation. Jouant pour la première fois à Liège, Robert Levin a enthousiasmé les auditeurs. Cet enfant prodige (premier concert public à sept ans) né il y a cinquante huit ans à New-York (mais qui a l’allure d’un jeune quadragénaire !) a, de 13 à 17 ans, étudié avec Nadia Boulanger au Conservatoire américain de Fontainebleau (avant que le S.H.A.P.E. ne soit expulsé par de Gaulle vers la « capitale culturelle de la Wallonie », comme dirait Elio) puis il partit à Harvard et y entama une triple carrière de musicologue, chef d’orchestre et pianiste.

Il a notamment remis à l’honneur les pratiques anciennes de l’ornementation et des cadences improvisées dans les concertos classiques. Spécialiste de Mozart, futur directeur artistique du prestigieux Festival de Sarasota, Robert Levin avait choisi d’interpréter avec l’O.P.L. le premier concerto pour piano, en do majeur opus 15, composé en 1795 et remanié en 1800 par Ludwig van Beethoven. Dès l’introduction orchestrale de l’ « allegro con brio » initial, on sentit le public communier à tant de beauté musicale. S’accompagnant constamment de hochements de tête, le soliste s’avéra d’une virtuosité éclatante qui s’exprimait avec une telle sûreté qu’il paraissait co-diriger l’orchestre. Puis vint le deuxième mouvement, un « largo » lent et long où le dialogue entre le pianiste et les autres musiciens s’exprima dans la douceur et la tendresse. Cela avant un rondo final (« Allegro scherzando ») vif et rythmé qui aurait pu entraîner à danser. L’interprétation de Robert Levin se poursuivit, manifestement très analytique et absolument fascinante. Les mélomanes liégeois, séduits, ovationnèrent ce très grand musicien américain qui, « en bis », remercia le public par une composition où se retrouvaient, semblait-il, l’inspiration et le style propres du grand compositeur romantique allemand Robert Schumann .
Ecrire que la seconde partie du concert suscita le même enthousiasme serait contraire à la vérité : le futur directeur musical devra en tenir compte dans sa programmation des prochaines saisons.
A l’occasion de la reprise par l’Opéra Royal de Wallonie, de la version française du spectacle musical américain « Titanic », l’O.P.L. a joué successivement :
« Neptune » poème de la mer remanié, en 1935, par le compositeur anglais Cyril Scott sur la base de son œuvre « Désastre en mer », retraçant en 1933 le naufrage du célèbre paquebot, puis une suite d’orchestre intitulée « Interludes marins » (« L’Aube », « Le dimanche matin », « Le clair de lune » et « La tempête ») et extraite, en 1945, par un autre compositeur anglais, Benjamin Britten, des transitions entre actes ou tableaux de son opéra le plus célèbre : « Peter Grimes » contant l’histoire d’un marin vivant dans un village de la côte est de l’Angleterre.
La première de ces œuvres met en valeur toute l’ampleur d’un grand ensemble philharmonique renforcé par un orgue, deux harpes et diverses percussions. Nourrie d’effets spectaculaires, cette composition – sans avoir la séduction d’un poème symphonique comme « La Mer » de Claude Debussy – s’avère très (trop ?) descriptive. Elle est – certes – musicalement plus riche que ne le sont les mélodies de Maury Yeston dans le « Titanic-made-in-Broadway » mais sans bénéficier des mêmes atouts spectaculaires et décoratifs. Il est, en outre, probable que la musique de Scott a été desservie par le fait qu’elle a succédé dans les oreilles des auditeurs au premier concerto pour piano de Beethoven. Il n’y avait, en principe, aucune comparaison à effectuer mais, en pratique, le public ne cache pas ses préférences, d’où des applaudissements à peine polis.
Quant aux « interludes marins » de Britten, plus mélodiques mais aussi très impressionnistes, ils ne permirent pas au concert de s’achever dans le même enthousiasme que celui qui avait précédé l’entr’acte.
Rendez-vous au prochain concert, la troisième énorme Symphonie de Mahler dirigée par Louis Langrée à l’avant-veille de Noël. On se réjouit déjà…





Jean-Marie Roberti