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Il y a déja

Mis en ligne le 27/08/2005

Expo Universelle de 1905: Comme si "Proxi-Liège" y était allé. Série de Pierre André N° 19

La barre du million de visiteurs par mois a été, une nouvelle fois, atteinte à l’Expo en ce mois d’août 1905. Après un juillet somptueux est venu un août radieux. Il a manqué 343 personnes supplémentaires aux portes de l’Expo pour permettre aux organisateurs d’enregistrer onze cent mille entrées. Depuis l’ouverture, fin avril, plus de trois millions quatre cent mille étrangers ou Liégeois ont parcouru les divers sites. La billetterie a déjà encaissé plus de 12 millions et demi d’€. Ne parlons pas des recettes indirectes telles celles générées par une petite annonce rigoureusement authentique « près de l’exposition, chambres très convenables, dans maisons particulières : prix 3 f. par lit à deux personnes. Recommandé pour prêtres et sociétés catholiques » !

Le Palais de l’Alimentation Française

Sur le quai Mativa, il est impardonnable de louper – c’est le mot qui s’impose – le « Looping the loop » et le Palais de l’Alimentation Française. Ce dernier mérite son nom de Palais tant le bâtiment long de 140 mètres, large de 20, édifié sous la direction de M. de Montarnal, « l’éminent architecte en chef de la Section Française » est splendide avec son balcon surplombant la Dérivation de l’Ourthe. Quant à l’appellation Alimentation française, nous serons un peu plus réservé. En effet, sur les deux mille sept cents exposants, il en est deux mille deux cent soixante-dix qui présentent des eaux-de-vie et vins venus de France. Ne boudons pas notre plaisir face à ces régions viticoles et à « leurs produits les plus remarquables. Les vignobles du Haut Bordelais, des Charentes, de la Champagne, de la Haute et Basse Bourgogne y brillent au premier rang ».

Le cœur bien accroché


Si tant est que l’on se soit un peu attardé au Palais de l’Alimentation Française, il convient d’avoir le coeur bien accroché pour gagner l’attraction voisine, « La Boucle », importée d’Amérique où elle est dénommée « Looping the loop ». Le succès du « Looping the loop » a été foudroyant à Londres, Paris, New-York. «Il est par excellence dans la note des temps présents de modern style : il vient à son heure, une heure où les imaginations blasées et les corps exacerbés cherchent avidement des sensations inédites. (…) il faut encore je ne sais quel piment d’irrévélé de snobisme, de fantastique déliquescence. L’esprit Yankee si inventif et si outrancier l’a bien compris. (…) Hier, c’était son cake-walk d’autant plus renversant qu’il est à la fois une provocation de la femme, le triomphe de son sein assoupli et la friandise la plus sensuelle de nos regards (…) je sais maintes jeunes filles et femmes accomplies qui sont réfractaires à ces déhanchements et à ces torsions effrénées. Proposez-leur plutôt le Looping ». Et le Guide Desoer de décrire le manège qui vous emmène « comme dans un lit de plume (…) une sensation à nulle autre pareille d’être transporté dans l’espace avec cette vitesse vertigineuse».

La paix en point de mire

Si l’on s’envoie joyeusement en l’air, à l’Expo de Liège, on n’en pas moins préoccupé de ce qui se passe en Extrême-Orient où, depuis février 1904, Russes et Japonais se tirent dessus. Russie et Japon sont tous deux présents en 1905, à l’Exposition universelle de Liège qui rassemble les nations quels que soient leurs différends traduits parfois en guerre ouverte. En août 1905, des négociations difficiles ont lieu à Portsmouth (USA), à l’initiative du président Théodore Roosevelt, en vue de mettre fin au combat. « Le Japon veut la paix mais avec la justice, la Russie veut la paix mais avec honneur. Les deux sont incompatibles » déclare un des négociateurs.
Espérant que l’entente interviendra bientôt, Fernand Chapsal, commissaire général de la France à l’Expo, prévoit un « dîner de la paix » auquel seront conviés les délégués japonais et russes présents à l’Expo, le jour de la signature du traité de paix. Sur ce thème de la paix, un groupe de socialistes français et autres se réunit, en Bretagne. Le Belge Emile Vandervelde est présent « pour arriver ici, j’ai fait, cycliste persévérant, un raid de plus de plus de mille kilomètres à travers (…) les défilés de l’Argonne – où j’ai salué les hauteurs de Valmy (…), l’Ile-de-France aux cathédrales merveilleuses (…), les Côtes du Nord où j’ai rencontré notre camarade Allemane qui conférenciait à Saint-Brieuc, sur la séparation des Eglises et de l’Etat ». Toujours, sur le thème de la paix, la 13ème « Conférence internationale de l’arbitrage et de la paix » réunit à Bruxelles, des parlementaires venus de partout où le régime parlementaire prime. Les travaux, sous la présidence d’Auguste Beernaert, sont prometteurs au point qu’un Américain, M. Moon, déclare, sous les applaudissements, « aux Etats-Unis, on connaît surtout Bruxelles parce que elle est située près de Waterloo où se livra la bataille qui changea la face du monde. Désormais, on connaîtra Bruxelles pour des raisons plus élevées ; c’est dans cette ville que l’on aura fait le pas le plus décisif vers la paix dans le monde ». Le jeudi 31 août, par train de luxe, les parlementaires gagnent Liège où ils visitent l’Expo. Les combats entre Russes et Japonais se poursuivent.

Des vents turbulents

En 1905, sur le site de Cointe, se sont déroulées plusieurs manifestations sportives importantes. Début août, le cheval a été à l’honneur. Fin août, le ballon a été la vedette. Avant de quitter le plancher des vaches, l’aéronaute indique l’endroit où selon son plan de vol, il espère atterrir. A ce jeu, Ernest Zens s’est monté le plus précis. Son ballon s’est posé à 700 mètres de la chapelle Agaffe, à Roclenge-sur-Geer. Le deuxième prix a été remporté par Léon de Brouckère qui entendait atterrir à Millen. 850 mètres l’ont séparé de son but.
La semaine suivante, nouvelle course. Un candidat s’envole mais il n’est suivi d’aucun autre. En effet, les vents s’étant levés, les organisateurs ont demandé que les ballons restent au sol. Ce qui a été fait. Comme la course n’a pas eu lieu, il n’y a pas eu de vainqueur. Néanmoins, le jury a accordé le montant du deuxième prix au seul aéronaute à avoir goûté aux joies de l’air, ce jour tempétueux.(à suivre)





Pierre André