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Il y a déja

Mis en ligne le 20/08/2005

Expo Universelle de 1905: Comme si "Proxi-Liège" y était allé. Série de Pierre André N° 18

Si le site du « Vieux Liège », entre Ourthe et Meuse, est relativement petit (4 hectares), sa popularité est immense auprès des Liégeois. « Le Vieux Liège » symbolise toute la nostalgie dont est capable l’âme liégeoise se plaisant à évoquer le temps passé qu’elle enjolive à qui mieux mieux. Dominant la Grand’Place du « Vieux Liège » - une reconstitution de l’ancienne place du Marché – « se dresse l’antique Cathédrale Saint-Lambert construite sous Notger, avec ses escaliers d’asile ». Pour marquer l’avènement du 21ème siècle, Liège dressera, en toile, le chœur de son antique cathédrale. Nihil nove sub sole ! En revanche, préfigurant Blegny-Mines de 2005, il y a, à l’extrémité du site, la « Houillère ».

« C’est la reproduction absolument exacte d’une mine en activité. Le visiteur prend place dans une cage et en quelques instants est descendu dans le sous-sol. Sous la conduite d’un porion en costume de travail il visite successivement les bacnures, les voies et la taille où il voit les houilleurs à la besogne, en tout 250 mètres de galeries. Sous ses yeux fonctionnent toutes les machines : treuils, perforatrices, haveuses, marchant à l’air comprimé. De l’avis des ingénieurs et directeurs de charbonnages qui ont visité la Houillère, il est impossible de mieux faire ». Tout à son enthousiasme pour cette attraction « la plus intéressante de l’Exposition », le Guide Desoer recommande chaudement la « Houillère » tant à « ceux qui ont déjà visité une mine en activité qu’à ceux qui jamais n’ont pu et peut-être ne pourront le faire. Les uns seront frappés de l’exactitude de la reproduction tandis que les autres en emporteront une idée absolument complète ».

Les mineurs reçus à l’Hôtel de Ville

En 1905, à Liège, ils sont trente mille à descendre quotidiennement dans les entrailles de la ville et de l’agglomération. Au terme de journées de travail qui sont de dix heures, ils ramènent de la cinquantaine de charbonnage liégeois, bon an, mal an, six millions de tonnes de houille. La tonne vaut approximativement soixante €. Le 16ème Congrès international des mineurs a lieu très naturellement à Liège où les « gueules noires » sont la force dominante de la classe ouvrière. Cependant, ce Congrès n’est pas inscrit au calendrier officiel de l’Expo. Il est vrai que ce Congrès a, notamment, pour objectif la réduction du temps de travail. Néanmoins, le bourgmestre Gustave Kleyer a tenu à recevoir les participants à l’Hôtel de Ville. Après avoir rappelé qu’au douzième siècle, Liège a été le berceau de l’industrie charbonnière sur le Continent européen, le bourgmestre libéral dit comprendre la revendication des huit heures et ajoute « les lois peuvent être améliorées, corrigées, complétées ». Un parlementaire anglais, Burt remercie, au nom des mineurs, le maïeur de son accueil. Une réception officielle qui laisse pantois Eduard Benstein, député du Reichstag. Il déclare ne pas être habitué à pareille réception officielle. « Nous venons d’un pays où la démocratie n’a pas encore pu pénétrer dans les institutions publiques ».

Le fléau de l’alcool

Le ministre d’Etat Jules Le Jeune assure la présidence de deux Congrès organisés au sein de l’Expo durant le mois d’août 1905 : le Congrès international des Patronages et le Congrès national contre l’Alcoolisme.
Ce dernier est d’une acuité exceptionnelle car on boit sec en Belgique. En 1895, chaque habitant a consommé plus de dix litres d’alcool titrant cinquante degrés. En 1905, la moyenne a diminué mais il n’y a pas moins de 3200 brasseries pour l’ensemble du pays. Le nombre de débits de boissons est très élevé d’autant que la production de genièvre, à la fin du 19ème siècle, s’est accrue. Par ailleurs, le prix a baissé par l’utilisation de matières premières bon marché comme les mélasses, betteraves, pommes de terre, etc. Le fléau de l’alcoolisme est très répandu au point qu’en 1887, déjà, une convention internationale a été signée pour « remédier aux abus qu’engendre parmi les pêcheurs le trafic des spiritueux dans la Mer du Nord en dehors des eaux territoriales ». Le mal s’est étendu à terre. A Liège, durant le Congrès, Mlle de Laveleye annonce l’ouverture au 1er mai 1906 d’un asile pour les buveurs. Une goutte d’eau dans la lutte contre des litres et des litres d’alcool. Il faudra attendre la loi du 29 août 1919 dite « loi Vandervelde » du nom de son auteur pour que le mal soit enrayé, faute d’être éradiqué. La « loi Vandervelde » interdit le débit de spiritueux dans des endroits publics et ne permet la vente de spiritueux qu’à la condition d’acheter au minimum deux litres. Devenue obsolète et trop souvent contournée, la « loi Vandervelde » a été abrogée le 28 décembre 1983 à l’initiative du Liégeois Jean Gol. La loi « Gol » soumet le débit des spiritueux dans les lieux publics à un régime de patente et n’impose plus de quantités minimales lors de l’achat. Ce qui a eu pour effet pervers, l’apparition des « mignonettes », si chères, à bas prix, aux adolescents !

Prohibition de l’absinthe

Le Congrès de Liège contre l’alcoolisme s’attaque plus spécialement à l’absinthe, « la Fée verte », dont il entend prohiber la fabrication, l’importation, le transport, la détention, la vente et le débit. La prohibition s’étend tant à la liqueur qu’au vin à base d’essence d’absinthe.
L’absinthe « rend fou et criminel, fait de l’homme une bête » ou encore « Partout où l'hydre verte paraît, paraissent le crime et la folie ».
Un an plus tard, le 25 septembre 1906, le législateur belge donne raison aux conclusions du Congrès de Liège en interdisant « les liqueurs dites absinthes ». La Suisse fera de même le 7 octobre 1910 et la France s’alignera le 16 mars 1915.

La victoire du Congrès de Liège risque, au fil des ans, de disparaître. Déjà, la Suisse a, depuis le 1er mars 2005, aboli son interdiction de 1910. Le lobby en faveur de l’absinthe est actif. Il se manifeste de multiples manières, ainsi par une exposition (jusqu’au 21 août 2005) au Musée provincial Félicien Rops en collaboration avec le Musée de l’absinthe à Auvers-sur-Oise.
Sous prétexte d’art, c’est « une découverte de cette boisson mythique, son origine, sa fabrication, ses rites, dans le cadre de l'époque, de la vie sociale, artistique et politique, et d'autre part, des documents, affiches, livres, poèmes, œuvres graphiques et peintes, inspirés par la " Fée verte ". Plusieurs publications sur le thème seront en vente au musée.(…) L'absinthe (…) conserve universellement sa légende et son aura de philtre à la fois fascinant et redoutable .
" La Fée verte ", " l'Atroce sorcière ", " Notre-Dame de l'oubli ", avait en effet le pouvoir d'emporter ses consommateurs dans l'euphorie et les visions d'un monde délivré des vicissitudes et des misères de l'époque ; les rites qui accompagnaient sa dégustation en faisaient une " herbe sainte " aux pouvoirs extraordinaires et aphrodisiaques, un breuvage d'amour. Mais pour ceux qui n'avaient que ses vertus comme seul bonheur, " la verte " devenait un piège, un gouffre d'hallucinations et de folie. On finit par l'interdire au début du vingtième siècle...ce qui ne fit qu'accroître la fascination pour cette boisson désormais prohibée ».(à suivre)





Pierre André