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En Ville

Mis en ligne le 15/12/2005

Willy Demeyer, le bourgmestre de Liège, élevé au grade de Chevalier de la Légion d’Honneur



C'est devant un parterre de près de 400 invités de marque, (membres des corps constitués, le gouverneur de la Province Michel Foret, le gouverneur honoraire Paul Bolland, des membres de la Députation permanente (André Gilles, Georges Pire, Olivier Hamal) , du Conseil provincial, du Collège et du Conseil communal, des membres du corps diplomatique (dont le nouveau Consul général de France M. Patrick Fers), des représentants politiques et syndicaux, des représentants du monde économique, social, culturel, associatif, sportif…et des amis) que mercredi soir, dans la salle des pas perdus de la Violette, le bourgmestre Willy Demeyer a reçut, des mains de Madame Joëlle Bourgois, Ambassadeur de France en Belgique, la Croix de Chevalier de la Légion d’Honneur.

Madame l’Ambassadeur était bien documentée

Avant de remettre les insignes honorifiques à notre mayeur que l’on sentait autant ému que fier, tout à côté de son épouse Fabienne, Mme Joël Bourgois a, comme il se doit, prononcé un discours qui, contrairement aux règles souvent rigides en pareilles circonstances, était plus une « fameuse page d’histoire » en l’honneur de Liège et de son bourgmestre qu’un discours protocolaires souvent assez froid et ennuyeux.

En préambule elle dira : « Je ne sais pas ce qui m’impressionne le plus : le nombre et la qualité de cette assemblée ou le décors prestigieux de cette « Violette » chargée d’histoire.
Pourtant, ce qui nous convoque ici ce soir, ce n’est pas l’histoire avec un grand H, c’est une histoire simple, c’est l’histoire d’un homme et d’une ville. L’homme, c’est Willy Demeyer, la ville, c’est Liège. C’est donc une histoire d’amour… »
C’est en utilisant de nombreux détails montrant comment elle était bien documentée sur la Cité ardente et son bourgmestre que l’Ambassadeur retraça la vie de Willy Demeyer qui, on le sait, dès l’école primaire, voulait devenir bourgmestre.
Elle expliqua simplement comment cet aîné d’une famille de 6 enfants qui a toujours habité Jupille, dont le papa était électricien s’était dirigé, après être devenu docteur en droit de l’Université de Liège puis avocat au barreau de Liège, vers la gestion municipale en devenant conseiller communal en 1989 à l’âge de 30 ans.
Elle dira notamment : « Dès lors, sa voie est tracée. Son ambition est que sa ville soit belle, sûre, prospère. Il y mettra tout son sens de l’écoute, son courage et son esprit de décision ».
Elle fera aussi une sorte de bilan du travail accompli par Willy Demeyer alors qu’il deviendra échevin des Travaux en 1991 et quand il accédera au mayorat en 1999. Elle qualifiera le bourgmestre d’homme courageux, déterminé, obstiné ayant une aptitude à la négociation et au sens du compromis oeuvrant pour que sa ville soit belle, sûre, mais aussi pour qu’elle s’inscrive dans le mouvement du redressement économique tant attendu..
Mme Bourgois aborda enfin les éléments qui, une fois de plus ont fait qu’entre Liège et la France, c’est bien plus qu’une simple histoire d’amour.

Un bourgmestre qui défend les valeurs de la Francophonie

Et Madame l’Ambassadeur de poursuivre : « Et, comme si les affaires de Liège ne suffisaient pas, il y a aussi la Francophonie. Et dans la Francophonie, un de ses piliers, l'Association Internationale des Maires francophones. (AIMF, nous en parlions d’ailleurs il y a deux semaines ndlr) ;
Comme échevin, puis comme bourgmestre, Willy Demeyer a eu souvent l'occasion d'y croiser le chemin du Président de la République.
Parce qu'une assemblée des villes francophones sans Liège, ce serait impensable.
Si, depuis 1979, Liège n'a pas cessé de figurer au bureau de l'AIMF, avec Paris et Québec, c'est qu'elle a sa place aux côtés de Paris plus qu'aucune autre ville francophone.
Et il ne s'agit pas ici d'un compliment de pure convention.
Parce qu'il s'est passé quelque chose de singulier entre Liège et la France. Une chose si singulière que je ne vois pas quelle autre ville au monde a, comme Liège, si souvent battu du même pouls que Paris, si constamment versé son sang avec elle. Le tocsin des clochers de Liège a toujours fait écho à ceux de Notre-Dame. Vos défaites ont été nos défaites, vos victoires ont été les nôtres.

Quels aléas de l'histoire ont opéré cette étrange alchimie ? Quand cette étonnante gémellité s'est-elle révélée ? Avec le désastre des guerres entre Louis XI et la Bourgogne ? En 1789, lorsque la Révolution a éclaté simultanément à Paris et à Liège ? En août 1914, lorsque, au prix de terribles pertes, y compris parmi les civils, la résistance de Liège a donné le temps à l'armée française de se regrouper sur la Marne pour protéger Paris ?
Je n'ai pas de réponse à cette question et n'en cherche pas. Mais j'affirme hautement, après tous ceux qui ont célébré, avant moi, ici, les liens charnels de Liège avec la France, que cet attachement est beau, et que je n'en rougis pas.
La France a régulièrement renouvelé solennellement son alliance avec Liège, comme le doge de Venise ses noces avec la mer.
Que l'on se souvienne du Président Poincaré, remettant ici la Légion d'honneur à la Ville le 24 juillet 1919, en présence du Roi Albert.
Je pense aussi à l'Ambassadeur Paul Claudel, qui disait ici le 31 mai 1933 :"d'autres villes sont contingentes, elles sont nées par hasard, mais Liège est une ville nécessaire."
Ces grands ancêtres nous dépassent peut-être, Cher Willy, mais comme le dit la sagesse médiévale, ne sommes-nous pas "des nains juchés sur les épaules de géants ?"
Aussi, à tous les cyniques, à ceux qui réduisent leur sens de l'histoire à des jeux d'intérêt, je dis que je suis fière de faire ici écho à cette ancienne alliance toujours renouvelée entre Liège et la France.
Monsieur le Bourgmestre, Cher Willy, ce ne sont pourtant pas des faits d'armes sur le champ de bataille qui vous ont valu la croix de la Légion d'honneur.
Ce sont des vertus éminemment civiles, mais qui ne demandent pas moins de courage, qui sont aujourd'hui reconnues par le Président de la République.
Et là aussi, nous plongeons dans l'histoire des liens entre Liège et la France.
Car, comme vous le savez, puisque vous en voyez tous les jours la représentation dans le tableau de Bordier du Bignon qui domine le grand escalier de la Violette, le premier ouvrier qui ait reçu la Légion d'Honneur n'était pas un Parisien, ni un Breton, ni un Lorrain : c'était un Liégeois, Hubert Goffin, mineur de fond de la houillère Beaujonc.
Napoléon a signé sa nomination le 12 mars 1812, quelques jours après qu' Hubert Goffin eut sauvé 69 de ses camarades, par son courage, son sens de la solidarité et son esprit de décision.
C'est sous le signe de cet illustre précédent que, en vertu des pouvoirs qui me sont conférés… »

La réponse de Willy Demeyer

Avant d’inviter l’assemblée au « verre de l’amitié », le bourgmestre a répondu à Madame l’Ambassadeur qu’il a évidemment remercié pour l’honneur rendu, non seulement à sa personne mais aussi à la Ville de Liège, par un discours dont nous avons gardé quelques éléments significatifs.

« La République française fait ce jour à Liège un double honneur, tout d'abord, en conférant à son Bourgmestre le titre de Chevalier de la Légion d'Honneur, ensuite en déléguant l'Ambassadeur de son Gouvernement en Belgique -pour m'en remettre les insignes.
Puis-je vous confier, Madame, que je suis sensible tout autant à ce second geste qu'au premier ?
Permettez-moi, Madame l'Ambassadeur de vous exprimer ma sincère gratitude pour la courtoisie de votre démarche.
Recevoir ces insignes à l'Hôtel de Ville, à la Violette, revêt en effet une signification particulière, car, à mes yeux, cette cérémonie honore avant tout Liège et les Liégeois que j'associe à cette distinction.
En effet, gardons à l'esprit la sentence formulée par Napoléon Bonaparte lorsqu'il créa le plus prestigieux des ordres de la République. Il faut, disait-il, « des hochets pour faire marcher les hommes ». Cherchons ailleurs les raisons, le sens de notre légitime fierté...
Même si les relations avec nos voisins du sud furent parfois houleuses, rappelons-nous le Sac de la Ville par Charles le Téméraire, le sentiment francophile de Liège ne date pas d'hier… »
« De nos jours, le maintien et le développement des relations avec la France sont essentiels pour la région liégeoise. Sur le plan culturel, tout ou presque nous rapproche.
L'actualité nous rappelle que nos grandes institutions culturelles bénéficient d'une renommée importante en France. Certaines comme l'Opéra Royal de Wallonie et l'Orchestre Philharmonique de Liège ont à leur tête de talentueux mentors venus de l'Hexagone.
De nombreux liégeois, de Simenon à Marie Gillain, en passant par les frères Dardenne, ont contribué et contribuent aux renforcements de nos liens.
Sur le plan économique, 80% des grandes entreprises belges implantées en Wallonie ont un actionnariat étranger dont un tiers est français.
Dans notre bassin liégeois, la France est, à l'heure actuelle, le premier investisseur. Et, aujourd'hui, de nombreux industriels français sont à la tête de fleurons de l'économie liégeoise.
Notre savoir-faire industriel a aussi depuis longtemps franchi les frontières de l'Hexagone…
…La récente participation d'un Bureau d'études liégeois dans la réalisation du viaduc de Millau, le plus haut viaduc du monde, en est la confirmation… »
… « Sur un plan plus protocolaire, de multiples échanges existent entre le pays de Liège, sa Province, et les Départements français. Notre ville, abrite un Consulat Général de France, auquel nous tenons beaucoup, qui démontre chaque jour son utilité et qui nous a permis d'accueillir des diplomates de grande qualité dont une des tâches est de servir les 2.705 français inscrits à notre registre de population. Nous sommes jumelés avec les Villes de Nancy et de Lille.. »
« Enfin nous partageons avec des métropoles françaises la qualité de membre d'importants réseaux de villes ; au premier rang desquels, je place l'Association Internationale des Maires Francophones. La francophonie n'est pas que théorique.

En effet, je la pratique depuis 6 ans, au sein de l'AIMF. Cette association, fondée par Jacques Chirac, alors Maire de Paris, permet de rendre concrète l'indispensable relation qui doit exister entre les municipalités de culture française à l'échelle internationale.
Dans un monde globalisé, c'est en agissant localement que nous pourrons rendre confiance et donner de l'espoir à nos concitoyens. Cette conviction vaut tant pour le Nord que le Sud de la planète. Les problèmes, les contraintes, les enjeux que nous rencontrons à Québec, Paris, Luxembourg ou Liège, sont souvent similaires à ceux de Ouagadoudou, Lubumbashi, Cotonou Tunis ou Phnom Penh.
Certes, l'ampleur des problèmes posés à certains de nos collègues est sans commune mesure avec notre réalité. Mais les défis qu'ils ont à relever sont souvent identiques aux nôtres et posent aux Maires les mêmes questions.
C'est en cela que nous sommes proches, que nous nous comprenons et que nous pouvons judicieusement apporter notre soutien à ces villes par des actions de coopération.
C'est dire si j'appuie totalement Bertrand Delanoë, lorsqu'il souhaite voir l'AIMF encore accentuer le caractère concret de son intervention financière et technique pour soutenir le développement des villes francophones et contribuer à rencontrer les objectifs du Millénaire fixés par les Nations Unies pour éradiquer la pauvreté…. »
« Faire partie de la grande famille francophone ne se réduit pas à utiliser une langue et posséder une culture commune. C'est au contraire partager une communauté de valeurs que résume la devise « Liberté, Egalité, Fraternité », à laquelle j'ajouterais à titre personnel « Solidarité ». La francophonie n'est pas seulement une réalité, c'est un état d'esprit.
Soyez sûre, Excellence, que dans ce monde en quête de repères, à Liège, nous continuerons tous ensemble à le propager… »

Légende des photos de haut en bas :

- La Croix de Chevalier de la Légion d'Honneur
- Madame l'Ambassadeur Joëlle Bourgois pendant son discours
- La remise de la Croix
- Willy Demeyer
- Les invités dans la salle des pas perdus de La Violette








Gaston Lecocq