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Il y a déja

Mis en ligne le 13/08/2005

Expo Universelle de 1905: Comme si "Proxi-Liège" y était allé. Série de Pierre André N ° 17

« Le prof d'histoir' me demande / Quand donc est né l'shäh d'Perse ? / Dès l'instant qu'on parlait du shäh / J'ai dit eh ! bien voilà / (…)/ A la mi Août / On se sent plus dynamique / A la mi Août / On s'amus' comme des fous ». Quoique ce refrain ne date que de 1950, nul doute qu’en août 1905, le bourgmestre Gustave Kleyer, le gouverneur Léon Pety de Thozée et tous leurs collaborateurs auraient pu le fredonner. En effet, la préparation de la visite du Shah de Perse, « Sa Majesté Impérial » Mozafaredin de la dynastie des Kadjars qui règne sur le pays depuis 1786, a nécessité un tel dynamisme capable de rendre fou le plus sage des Liégeois. Tout a commencé, en début juillet, à Contrexéville où celui que l’on appelle « roi des rois » fait une cure. Le Shah marque son accord pour venir, début août, à l’Expo de Liège d’où il gagnera Ostende et la villa royale de Léopold II. Changement de programme dans le courant de juillet, « Sa Majesté Impérial » Mozafaredin préfère aller d’abord à Ostende mais promet d’être à Liège, le mardi 8 août. Les autorités sont prêtes à l’accueillir lorsque, au dernier moment, Mozafaredin prévient qu’il est indisposé mais promet, selon toute vraisemblance, d’arriver le samedi 12. En réalité, le Shah se pointe, le dimanche 13 au Palais Provincial. Il y loge. Depuis le balcon, il assiste, face à une foule immense, aux fastes militaires identiques à ceux du 21 juillet. Un succès de foule fantastique qui se confirme le lendemain lors de la visite à l’Expo. Sagement, le Comité Exécutif a décidé que les abonnements ne sont pas valables, le jour de la visite du Shah. Celui-ci se limite à admirer la section persane « certainement une des plus belles et des plus riches. Jamais la Perse n’a envoyé à une Exposition européenne des produits aussi luxueux ».
Retour au Palais Provincial où il se détend avant d’assister aux « Fêtes vénitiennes » à l’Expo. De Liège, le Shah rejoint Vichy pour une nouvelle fois prendre les eaux.

Norwège et Suède sont présents à l’Expo en dépit de la crise scandinave

La Norwège – un pays qu’en 2005 on appelle Norvège – est présente dans un coquet pavillon situé près de la Porte du Parc. Par contre, la Suède qui pourtant préside l’Union politique Suède-Norwège, n’en dispose pas. En effet, le royaume de Suède a décliné l’invitation officielle de participer à l’Expo de Liège. Pourquoi ? Les dépenses engagées en vue de participer en 1904, à l’Expo de Saint-Louis, aux Etats-Unis ont épuisé le budget! Nonobstant ce refus officiel, des industriels ont compris toute l’importance d’être présent à Liège. Ils chargent un éminent architecte de Stockholm, M. Wilckman de transformer en petit bijou, l’espace concédé à l’arrière de la Suisse aux halls des machines. Les couleurs dominantes – le jaune et le bleu – « donnent à cette partie de l’exposition un ton gai mais sobre, nous sommes chez des gens sérieux qui savent rire ».
Pourtant, on est en pleine crise scandinave. L’Union Suéde-Norwège qui a succédé, en 1814, à 434 ans d’union Danemark-Norwège, a du plomb dans l’aile. En effet, si cette Union a fait du royaume de Suède, le deuxième Etat d’Europe, par sa superficie – après la Russie -, elle n’a jamais plu aux Norvégiens. Ceux-ci se considèrent victimes de la trahison de Jean-Baptiste-Jules de Bernadotte, Maréchal de France, désigné en 1810, par les Etats de Suède, héritier du roi Charles XIII. « S’il était choisi, c’était de toute évidence parce que Maréchal et apparenté à l’Empereur des Français. Nanti par Napoléon d’un million pour ses premiers frais, il partit pour Stockholm » (1) Trois ans plus tard, il conseille au roi de Suède de participer à « la bataille des Nations » à Leipzig qui voit Napoléon battre en retraite. En 1905, le 13 août, un referendum se déroule en Norvège aux fins de savoir si l’Union doit ou non cesser. Le résultat est éclatant : 368 208 électeurs se prononcent en faveur de la rupture, 184 contre (2).
Finalement, la Suède participera de manière officielle, à l’Expo de Liège où en dépit de l’exiguïté de son stand, elle présente une « concentration d’un ensemble d’objets des différentes industries d’un même pays pouvant servir de matière d’étude comparative avec des mêmes objets fabriqués dans d’autres pays ou bien même servant de type propagateur pour l’expansion de ces objets sur un terrain où ils sont inconnus ».

Le logement social

Du 7 au 10 août 1905, se tient le Congrès international des Habitations à bon marché. Parmi les orateurs, un ancien ministre français, élu de la Gauche républicaine démocratique, Jules Siegfried déclare « au point de vue moral, nous n’avons qu’à excuser les malheureux mal logés en des taudis qui s’évadent vers les cabarets et les plaisirs avilissants. L’hygiène sociale enfin nous impose un grand effort pour bien loger tous les humains ». Des solutions au problème du logement existent mais « attendre le résultat de l’initiative privée, c’est bien risquant de n’avoir rien ou peu de choses ». Des lors, Jules Siegfried prône l’intervention des pouvoirs publics. Il propose de « créer une société nationale (…) l’Etat, les provinces et les communes y donnent leur argent ; des particuliers avec des délégués de ces corps constitués les administrent. C’est une solution très heureuse et qui pourrait beaucoup.
Que chacun y pense et n’oublions jamais que nous avons là aussi un devoir social à remplir dans l’intérêt général et aussi par raison d’hygiène physique et morale, par simple intérêt privé ». Présent, le ministre de l’Industrie et du Travail, M. Gustave Francotte applaudit en précisant que « dans ce cas-ci, il se montrera très interventionniste ».(à suivre)
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(1)La tradition de la trahison chez les Maréchaux - Jean Galtier-Boissière – Edition Pierre Trémois – Paris 1945 Bernadotte sera Roi de Suède et de Norvège, en 1818, sous le nom de Charles-Jean. Il décédera en 1844.

(2) Un second referendum sera organisé en novembre en vue de choisir entre monarchie ou république. A 78,9 %, les Norvégiens optent en faveur de la monarchie. Le parlement désigne le prince Carl de Danemark pour accéder au trône. Carl régnera, dès le 27 novembre 1905, sous le nom de Haakon VII.





Pierre André