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Musique

Mis en ligne le 05/12/2005

Entendu pour vous : le public de la salle philharmonique, debout, pour ovationner un splendide concert choral russe.


Ce dimanche après-midi 4 décembre , la Salle philharmonique du Boulevard Piercot était pratiquement remplie, de haut en bas.
Sur scène, cinquante jeunes artistes de l’Académie d’Art Choral de Moscou,(la photo) venus chez nous dans le cadre d’Europalia Russia.
Face au public et au chef Alexeï Petrov ( deuxième photo - qui vient de remporter, cette année ci, le Premier Prix du Concours international des Chefs de chœur de Moscou et qui remplaçait le fondateur, en 1991, de cette Académie, Victor Popov, souffrant), les choristes s’étageaient sur quatre rangs : au premier plan, six enfants, en aubes blanches, entourés de huit cantatrices (quatre de part et d’autre), au deuxième rang quinze chanteuses et, aux deux dernières rangées, dix puis neuf chanteurs en soutanes noires.
La première partie du programme présentait cinq concerti pour chœur : deux de Dimitri Bortnianski (1751 – 1825), un de Mili Balakirev (1837-1910) et deux de Pavel Tchesnokov (1877-1944).
Le concert débuta par un bref chœur d’hommes avant que les dix-neuf chanteurs ne soient rejoints par les vingt-trois cantatrices (en robes noires aux cols marins) et par les six enfants (souvent plus nombreux en Russie mais, sans doute, partiellement remplacés, pour des raisons scolaires, par de jeunes femmes, lors de longs déplacements).
Ces concerti pour chœur seul, créés à partir du XVIIème siècle, constituant un genre spécifique de la liturgie orthodoxe, ils disparurent des répertoires officiels après la Révolution soviétique mais ils furent parfois « laïcisés ». Nous avons ainsi écouté le chœur intitulé « Du ciel, les prophètes » composé en 1890 par Mili Balakirev et qui, en raison de sa popularité, devint pendant quelque septante ans (1918-1988) un poétique « Chant du soir »…. Quant à Pavel Tchesnokov, après avoir composé trois cent vingt-cinq morceaux liturgiques, il se reconvertit aisément, l’Ecole synodale étant rebaptisée Académie chorale du peuple. On restait, en quelque sorte, dans l’orthodoxie dogmatique.
Après le concert, en plaisantant avec l’ancien ministre Michel Hansenne, qui dirigea le Bureau International du Travail, nous lui disions que les Chœurs de l’Armée rouge avaient de beaux restes.
Mais il est vrai, la réalité est plus profonde : il existe, quels que soient les régimes (staliniens ou mafieux), une « âme russe », une identité slave qui se caractérise par une sensibilité musicale bien davantage généralisée que chez nous.

Les rédacteurs du programme de la saison de l’O.P.L. ont raison de citer Glinka quand il écrit :
« Nous autres, habitants du Nord, nous sentons autrement : ou bien les sensations passent sans nous toucher, ou bien elles affectent profondément notre âme. Nous ne connaissons pas la gaieté violente ou les larmes amères. L’amour chez nous est toujours associé à quelque tristesse. Notre mélancolique chanson russe – sans aucun doute possible – est fille du Nord et, peut-être aussi, quelque peu orientale ».
En effet, Balakirev et ses amis du « groupe des cinq » (la « petite clique » selon un critique russe) et Rachmaninov ne démentiraient pas leur prédécesseur Glinka.
La seconde partie du concert consistait en une interprétation des « Vêpres » de Serge Rachmaninov (1873-1943), constituées de quinze cantiques (dont neuf repris des mélodies orthodoxes traditionnelles).
Ce chef d’œuvre, créé en 1915 et banni des concerts de 1926 à 1982, dure environ une heure. «Une heure de satisfaction totale » dira Rachmaninov qui demanda d’ailleurs qu’un des hymnes de cette « grande louange du soir et du matin » soit interprété à son propre enterrement.
Dans ces chants d’une exceptionnelle magnificence, les voix s’associent ou s’opposent afin de créer des effets harmonieux grâce à la grande variété de leurs timbres.
Les solistes (anonymes, qui se fondent dans les rangs du chœur dès leur prestation terminée) donnent, qu’ils s’agissent de basses masculines ou de soprani féminins, une stupéfiante impression de naturel, d’aisance, de facilité.
Quel superbe concert et quel enthousiasme rare du public liégeois.
A l’issue d’un bis introduit par le récitatif d’une basse impressionnante, tout le public se leva spontanément pour ovationner longuement cette cinquantaine d’artistes moscovites.
Ceux-ci font partie d’une académie où, à côté des matières musicales (solfège, théorie, direction des chœurs, chant et formation vocale, histoire de la musique), sont aussi enseignées langues étrangères et philosophie, religion, histoire, esthétique, etc. Quand Viktor Popov a, en 1991, transformé le Collège choral de Moscou (fondé en 1944 par Alexander Svechnikov) pour ouvrir les portes de son Académie d’art choral aux jeunes filles dès l’âge de18 ans, alors que le Collège était précédemment réservé aux garçons et jeunes hommes, il a - outre les chœurs de garçons, de jeunes et d’hommes - créé un chœur mixte.
Aujourd’hui cette Académie accueille quatre cents chanteurs et a enregistré plus de trente cinq compact disques.
Les concerts d’Europalia Russie ont, avec ce chœur, débuté au Château de Beloeil puis à Courtrai, Anvers et Liège (du 1er au 4 décembre) avant de se poursuivre dans les églises des Saint-Michel et Gudule à Bruxelles et de Saint-Loup à Namur ces 5 et 6 décembre et de se terminer à Bruges et Braine l’Alleud les 7 et 9 de ce mois. Ils représentent des moments de grâce musicale.





Jean-Marie Roberti