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Politique

Mis en ligne le 02/12/2005

Lettre ouverte syndicale aux responsables des partis démocratiques wallons et aux ministres du Gouvernement wallon


Ce vendredi 2 décembre, mais également le jeudi 8, la FGTB Liège-Huy-Waremme a prévu des actions de protestation contre le « Pacte de solidarité entre les générations »
Ce vendredi, il s’agit notamment d’une grande manifestation place Saint-Paul à l’appel entre autres de la FGTB-Metal Liège-Luxembourg.
Par ailleurs, si aucun mot d’ordre de grève n’a été donné, l’on sait déjà que, couverts par leurs instances, de nombreux travailleurs débrayeront.
Parallèlement à ce qui va se passer dans le bassin liégeois, Jean-Claude Vandermeerenr, Secrétaire Général de la FGTB wallonne et Raymond Coumont, Président de la CSC wallonne, viennent d’envoyer une « Lettre ouverte » aux responsables des partis démocratiques wallons et aux ministres du Gouvernement wallon.
A « Proxi-Liège », bien que nous soyons convaincus qu’il existe d’autres moyens de pression (beaucoup plus radicaux et plus efficaces que ceux mis en place actuellement, et aussi inattaquables au niveau légal), nous sommes aussi convaincu que les associations des travailleurs ont raison de rejeter (sans de vraies et sérieuses modifications) le soit disant « pacte de solidarité entre les générations ».
A voir ce qui se passe au niveau européen où de nombreux autres pays ont décidé d’augmenter la durée du temps de travail, on se demande s’il n’existe pas un consensus politico - financier européen, pour amener le travailleur à « crever » (excusez l’expression, mais c’est la seule valable dans le cas qui nous occupe) avant d’arriver à l’âge d’une pension bien méritée et pour laquelle il a déjà laissé une bonne part de ses revenus.
Comme les conquérants de l’ouest américain disaient, il n’y a pas si longtemps de cela, lors de leurs campagnes d’épuration ethnique contre les Amérindiens : « Un bon Indien, c’est un Indien mort ». De là à penser que dans certaines sphères néo-libérale on dise déjà en murmurant : «Un bon retraité, c’est un retraité mort… », c’est un pas que nous n’osons pas franchir, mais avec beaucoup de doute.
En effet, si beaucoup diront que nous faisons un procès d’intention, ils n’ont pas tort. Mais ne vaut-il pas mieux faire un procès d’intention basé sur des intimes convictions et des indices sérieux avant qu’un assassinat ne soit commis, car le véritable procès qui s’en suivrait ne ferait pas revenir la victime à la vie.
Pour ces raisons, nous ne pouvons qu’être parfaitement d’accord avec cette lettre ouverte que nous publions intégralement

Gaston Lecocq

Lettre ouverte de MM. Jean-Claude Vandermeeren et Raymond Coumont aux responsables des partis démocratiques wallons et aux ministres du Gouvernement wallon

Madame la Présidente, Messieurs les Présidents, Madame et Monsieur les Secrétaires fédéraux,
Mesdames, Messieurs les Ministres,
L’État belge est un édifice fragile à l’architecture complexe. Sa moindre vertu n’est pas de permettre à des populations aux aspirations divergentes et aux réalités différentes de vivre encore sous un même toit.
La pérennité de cette construction va dépendre, toujours plus, de la capacité des éléments qui la structurent – Régions, Communautés et instances fédérales – à respecter les compétences des uns et des autres, d’une part, à coopérer loyalement dans le respect des identités et des priorités de chacun, d’autre part.
Aujourd’hui, ces conditions ne sont pas réunies et l’indispensable volonté pour y palier semble faire défaut.
Le « Pacte de solidarité entre les générations » - qui n’est pas plus un pacte qu’il n’assure la solidarité entre les générations – remet fondamentalement en question plusieurs orientations essentielles prises pour la Wallonie. Cela se produit sous nos yeux, dans un silence complice de
la classe politique régionale. La CSC et la FGTB wallonnes ne le comprennent pas. La Belgique
n’a rien à gagner dans la censure d’une de ses Régions !
Le pays vit sous la tension de forces centrifuges : deux opinions publiques, deux presses et deux classes politiques qui ne s’affrontent plus sur le même terrain électoral… Dans ce paysage éclaté, les organisations sociales, mutuelles et syndicats, représentent des exceptions indispensables pour la respiration d’un projet commun. Elles sont peut-être les derniers endroits où le débat sur l’intérêt fédéral peut encore avoir lieu sur le mode de la solidarité.
Mais veut-on encore nous entendre ?
Nous en doutons. Répétons-le encore une fois, une sécurité sociale fédérale et un droit du travail qui l’est autant sont pour nous la dernière valeur ajoutée de la Belgique.
Les syndicats résistent à une extraordinaire offensive visant le droit de grève et plus largement les libertés syndicales. Il s’agit qu’ils se taisent ! La sécurité sociale n’est pas moins mise en cause. D’une part, l’absence de liaison des allocations sociales au bien-être érode leur taux de remplacement et le caractère d’assurance du système. D’autre part, son financement est grevé par le manque d’emplois, mais surtout par les réductions de cotisations sociales consenties en faveur des entreprises.
Nous ne négligeons pas, loin s’en faut, les avancées de principes que représentent les promesses du Gouvernement en matière de bien-être et l’affectation à la Sécu des prochaines ressources générées par la mise en oeuvre de la directive européenne sur l’épargne. Mais nous savons, et vous aussi, que cela ne suffira pas !
Le patronat est dans un fauteuil. Il engrange cadeaux fiscaux et parafiscaux qui lui sont consentis aveuglément au nom de la restauration de la compétitivité de nos entreprises. Que constatons- nous sur le terrain ?
- 1. Le lien entre la création d’emplois nouveaux et les réductions de cotisations sociales n’est ni évident, ni démontré. Après avoir consenti 5 milliards d’euros à cette politique, il ne serait pas trop tôt de s’en préoccuper.
- 2. Les investissements dans la recherche et dans la formation, les clés de notre compétitivité à venir, demeurent insuffisants dans le chef de nombreux entrepreneurs qui donnent d’eux-mêmes l’image pantouflarde de ronds-de-cuir qui comptent surtout sur les largesses publiques.
- 3. Ces cadeaux au patronat sont financés par la collectivité. Au prix de la réduction des moyens généraux qui pénalise les services publics (qui garantissent pourtant l’exercice de nos droits civils, sociaux, économiques et culturels). Ces économies empêchent le développement d’emplois publics susceptibles de rencontrer des besoins nouveaux de la société.
La garantie d’une sécurité sociale performante et, partant, d’une croissance soutenue de l’économie, se trouve dans le développement de l’emploi et des salaires. Or, il ne nous a pas échappé que, au moment même où il annonçait au Parlement les lignes de ce pacte qu’il vient de passer avec les seules organisations patronales, le Premier ministre renonçait très officiellement à l’objectif central de sa coalition, celui sur lequel il voulait être jugé à la fin de la législature : la création de 200.000 nouveaux emplois (voir « Une Belgique créative et solidaire. Déclaration gouvernementale et accord du Gouvernement », éd. « .be », juillet 2003). Aux patrons, il promet la Saint-Nicolas plusieurs fois par an, aux travailleurs, le renoncement et les efforts…
Le Gouvernement fédéral se trompe.
Le Gouvernement wallon est-il obligé de s’aligner sur ces erreurs ?
Ce pacte de solidarité entre Gouvernement et employeurs vise le maintien au boulot des travailleurs âgés de plus de 55 ans. Pour atteindre cet objectif, il ne cible que les prépensions qui concernent… moins de 10% de cette population. Cette coalition détricote le statut social le plus honorable qui puisse être proposé à un travailleur qui, après une longue carrière, une restructuration ou une vie de métiers lourds, se retire du marché de l’emploi. De surcroît, c’est le statut qui coûte le moins aux finances publiques… mais le plus aux employeurs.
En Wallonie, l’urgence n’est pas la question du taux d’emploi des plus de 55 ans (sans dispositions spéciales et asociales, il est en croissance d’année en année). La priorité, c’est bien la mise au travail des jeunes ! Parmi les 281.274 demandeurs d’emploi indemnisés recensés par le Forem en septembre 2005, 65,5% ont moins de 40 ans et près de 25% moins de 25 ans. Chez nous, un jeune sur trois est au chômage. Ces statistiques nous indiquent le chemin que prendrait la société wallonne en cédant aux sirènes fédérales. Il va dans le mur. On peut faire semblant de ne pas le voir mais alors on ne s’étonnera pas demain des incendies nocturnes de nos voitures d’occasion.
Les autorités wallonnes ne se sont pas trompées quand elles ont mis sur pied les cellules de l’emploi qui concrétisent chez nous un droit au reclassement. Dans le cadre de ses strictes compétences, la Région a mis en place un dispositif qui présente aujourd’hui des résultats positifs. Ce système performant fonctionne sur base volontaire, sans menaces de sanctions et en ciblant l’encadrement des plus jeunes travailleurs. Dorénavant, le Gouvernement fédéral veut aussi y envoyer obligatoirement les travailleurs de plus de 45 ans victimes de restructuration en les menaçant de sanctions s’ils ne s’y montrent pas dociles. L’équipe Verhofstadt va ainsi casser l’outil wallon ! C’est avec gravité que la CSC et la FGTB wallonnes vous interpellent.
Acceptez-vous qu’une loi-programme fédérale puisse remettre en question la philosophie même des décrets régionaux ?
Qu’allez-vous faire pour défendre le modèle wallon des cellules pour l’emploi ?
A vos yeux, quel est l’avenir d’un fédéralisme qui permet à un Gouvernement fédéral de censurer des politiques régionales, sans concertation ?
Vous ne manquez pas une occasion de nous rappeler que la Wallonie doit fonder son redéploiement économique sur un climat social serein. Au lendemain des élections régionales, un comité de vigilance a même été constitué avec des représentants du Gouvernement wallon et des responsables wallons des interlocuteurs sociaux interprofessionnels. Sa mission consiste à rechercher, le cas échéant, les voies d’une résolution pacifique des conflits sociaux les plus durs frappant le secteur privé. L’idée étant d’éviter autant que possible l’altération de l’image régionale à l’étranger pour ne pas effaroucher l’investisseur potentiel.
Avec l’aval patronal, le pacte du Gouvernement organise une extraordinaire incursion politique dans le champ de la concertation sociale au niveau des entreprises. Les mesures prévues en cas de restructuration en matière de mise à disponibilité des victimes jusqu’à 58 ans dans le cadre d’une cellule de l’emploi et les sanctions prévues en cas de refus d’emploi auront pour effet de décourager les candidats à la prépension. En effet, pourquoi renoncer à son travail dont on connaît les contraintes pour devoir en accepter un autre éventuellement plus éloigné de son domicile et dans des conditions moins favorables ? Au nom de la « solidarité entre les générations », le Gouvernement fédéral incite donc explicitement les employeurs à préférer se séparer des travailleurs plus jeunes !
Par ailleurs, la condition d’âge pour l’accès à la prépension en cas de restructuration sera désormais figée à la date de l’annonce du plan (et non plus à l’échéance de la durée de la restructuration). Ce qui réduira considérablement le volume du public « prépensionnable ». Les délégations syndicales qui demain devront négocier ces plans de restructuration ne disposeront donc plus de l’instrument d’amortissement des chocs sociaux que représentait cette prépension. Comment vont se dérouler les négociations ? Les employeurs viendront discuter avec en main la liste noire des travailleurs à « sortir » de l’entreprise pour l’imposer aux représentants syndicaux.
Celle-ci aura été définie sans plus aucun critère « objectivable ». Une fois encore, le monde politique débarque dans les mécanismes de la démocratie économique et sociale pour consolider ceux qui ont déjà le plus de pouvoir dans ce dialogue et les mettre à l’abri des rapports de forces construits au départ de la solidarité entre les travailleurs. Pas besoin de boule de cristal pour prédire une prochaine radicalisation des conflits collectifs…
Devant cette perspective, que comptez-vous faire pour défendre à l’avenir l’image d’une Région wallonne où règne une paix sociale propice à l’investissement ?
Pour la CSC et la FGTB wallonnes, c’est aujourd’hui qu’il faut agir. Demain, il sera inutile de tenter de culpabiliser les travailleurs (ou leurs délégations) envoyés sur un ring, les mains liées derrière le dos par le Gouvernement fédéral.
Il nous paraît difficilement contestable que les intérêts de la Région wallonne sont lésés par les intentions traduites dans ledit « Pacte de solidarité entre les générations ». Comment comptez-vous dès lors, dans les prochains jours, défendre les intérêts de la Région ?
En vous remerciant de nous informer des réponses que vous envisagez à nos questions, nous vous prions, Mesdames, Messieurs, de croire en nos sentiments distingués et en notre détermination à défendre une conception d’un fédéralisme que nous avons voulu, d’un fédéralisme qui respecte les intérêts de toutes ses composantes, d’un fédéralisme digne qui ne table pas sur l’écrasement ou l’autocensure d’une Région, fut-elle minoritaire dans l’Etat.