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Bouquins

Mis en ligne le 27/07/2018

"DES AILES POUR L'ÉTERNITÉ": L'HOMME DE LA TEMPÊTE - LE DIABLE ÉTRANGER.


C'est le 3ème tome de l'incroyable vie d'un liégeois méconnu , Charles Van den Born (champion cycliste, mordu d'aviation, qui effectua les premiers vols en Asie, 2 fois décoré de la Légion d'honneur) relatée, après un travail de plus de10 ans, par Julien Moës qui fut longtemps journaliste professionnel au journal "La Wallonie". Une histoire qui commence au 19ème siècle…

Vous vous rendez par les airs à Hong-Kong, tourisme ou affaires. En débarquant, à l'aéroport international, vous ne pouvez rater, suspendu dans le grand hall d'accueil, la réplique grandeur réelle, d'un avion du siècle passé. Un aéroplane (comme on les appelait jadis) au parfum de terre liégeoise. Et pour cause, c'est la réplique du Farman IV surnommé Wanda. Cet avion est le premier à voler en Asie et plus particulièrement au-dessus de Saïgon, Hong-Kong, Bangkok, Canton et Shangaï. C'était en 1910 .Son pilote : un Liégeois, CharlesVan den Born, né à Hocheporte en 1874.


Julien Moës (la photo) , que j'ai bien connu comme journaliste au journal "La Wallonie", ancien chef du service "communication" à la Province de Liège, découvrira cette réplique et l'existence de son pilote lors d'une visite officielle en Chine avec escale à Hong-Kong. Le 15 novembre 1997.
Depuis, Julien Moës, fasciné par l'histoire de ce Liégeois méconnu a voulu retracer son parcours. Un parcours fabuleux, qu'il immortalisa dans trois livres ( un extraordinaire travail de recherches journalistiques sur plus de 10 ans) dont l'intitulé général est "Des ailes pour l'éternité".
"L'homme de la tempête: le diable étranger" est le dernier opus paru il y a quelques semaines


Un travail de généalogiste



Pour retracer l'histoire de Charles Van den Born, Julien Moës, s'est transformé en généalogiste, qui l'a amené (excusez du peu), de 1777, à Gronsveld (petit village près de Maastricht) où l'on trouve les premières traces des aïeux de Charles jusqu'au 24 janvier 1958 date de son décès à 84 ans en France à Saint- Germain - en- Laye.

Dans "Les pianistes du fleuve", paru en 2009, Julien Moës, relate avec minutie (et dans son contexte historiques avec moult détails) la vie de membres de cette famille de pianistes réputés et installés à Liège, créant le lien entre les générations qui ont donné Charles Van den Born (qui a volontairement supprimé un o de son patronyme).







Champion cycliste de l'art nouveau : un Liégeois 3ème homme du Tour de France

Bien entouré d'une famille de musiciens réputés, Charles Van den Born, aussi pianiste, prendra un tout autre chemin. Celui du sport et plus précisément le cyclisme qui en était à écrire ses premières lettres de noblesse. Un siècle et demi plus tard, le cyclisme est le sport le plus suivi après le football.
Charles Van den Born deviendra cycliste professionnel de 1895 à 1910.



Il remportera, à 7 reprises, le championnat de Belgique de vitesse. Il obtient la médaille de bronze au championnat d'Europe en 1907 et aux championnats du monde sur piste en 1908 à Leipzig. Et bien d'autres victoires encore.
Julien Moës relate cette première vie dans le deuxième tome de sa saga, publié en 2013 et intitulé "Champion cycliste de l'art nouveau : un Liégeois 3ème homme du Tour de France".

On y vit la rencontre de Charles et de Géo Lefèvre, journaliste à "L'Auto-Vélo"". Or, Géo Lefèvre et Henri Desgrange (rédacteur en chef de l'Auto) ont eu la géniale idée de mettre sur pied une grande compétition cycliste à savoir "Le Tour de France" dont le premier eut lieu en 1903.
Et l'auteur, en fonction des renseignements glanés au cours de ses recherches de poser la question :"Et si Charles Van den Born était le 3ème homme du Tour de France ?" Car en effet, les trois hommes se connaissaient parfaitement et entretenaient de forts liens d'amitiés et professionnels et aussi avec Victor Boin.

L'homme de la tempête: le diable étranger.

Après le cyclisme, Charles Van den Born décide de tourner une page. Julien Moës raconte, avec la précision qu'on lui connait depuis les deux premiers tomes, comment, tout à fait par hasard, dans le train Bruxelles-Paris , le destin de son héro va changer à l'issue d'une rencontre imprévue. Fin 1909 Charles Van den Born vient de participer à quelques compétitions en Belgique et aux Pays-Bas. Dans le train qui va le conduire à Paris, un homme s'assied en vis-à-vis, à la table du wagon-restaurant où Charles va déjeuner. Cet homme n'est autre qu'un cycliste de grande réputation aussi, le Français Henry Farman, mais également aviateur (un des pionniers de l'aviation française) et constructeur d'aéroplanes.
Charles Van den Born est ravi de cette rencontre. Les deux hommes sympathisent et Farman lui parle longuement de l'aviation et de sa place dans le futur en train de se construire.

Charles Van den Born aussi tourné vers le futur découvre sa nouvelle voie. Il suivra des cours de pilotage. Et déjà en 1910, il participe à de grands meetings aériens. D'où l'origine de son épopée asiatique. Rappelons qu'il fut le premier aviateur à survoler la Chines, mais aussi le Vietnam , la Thaïlande, etc… Il finira même par devenir moniteur et formera des officiers français et belges (pendant la guerre 14-18) alors même qu'il n'avait pas encore son brevet. Il revient en Belgique et y construit des avions, notamment à Ans,
En 1919, Charles Van den Born va s'installer en Indochine (aujourd'hui Vietnam) où il participa à l'essor de l'aéronautique indochinoise et où il s'investira en plus, dans l'agriculture. Ayant acquis la nationalité française, il restera en Asie jusqu'en 1945 avant d'être capturé par les Japonais. Cet épisode, raconté avec force détails, témoignages d'époque, photo, est en définitive le cœur de l'ouvrage.

Lorsqu'il est libéré et qu'il rentre en France, il constate qu'il est ruiné. Entre-temps, comme Belge, puis comme citoyen français, il s'est vu décerné la Légion d'Honneur, la plus haute distinction française. C'est d'ailleurs grâce à cela, qu'à son retour d'Indochine, il pourra vivre dans la maison de retraite de la Légion d'Honneur, à Saint-Germain - en - Laye.
Voilà. Tout cela ne constitue qu'une infime partie, un tout petit résumé, de l'histoire en trois volumes d'un Liégeois que peu connaissent et relatée avec sobriété et beaucoup de professionnalisme par Julien Moës.
Julien aura mieux que quiconque, donné à Charles Van den Born, ses "ailes pour l'éternité"et nous aura fait découvrir un Liégeois qui mériterait bien d'avoir une rue ou une place à son nom dans notre bonne cité.

En pratique :

"L'homme de la tempête: le diable étranger" par Julien Moës, éditions de la Province de Liège.
12 €.
En vente chez l'auteur : moes.julien@gmail.com

La photo ci-dessous :

Le Farman IV Wanda, surplombant fièrement le hall d'arrivée de l'aéroport international de Hong-Kong.
Photo de Diego Delso, delso.photo , Licence CC-BY-SA