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Société

Mis en ligne le 05/11/2017

"Vive les hauts-fourneaux !- Vers la reconnaissance du patrimoine sidérurgique de Wallonie"


Un livre utile, intéressant et profond qui pose la question: "Et si, comme cela s'est fait en France et en Allemagne, mais aussi ailleurs, on préservait ce qu'il reste encore de nos site industriels, principalement ceux de la sidérurgie. Non pas seulement pour en faire des lieux de mémoire (bien nécessaires), mais aussi des lieux de vie…"






"Un grand soleil noir tourne sur la vallée
Cheminée muettes - portails verrouillés
Wagons immobiles - tours abandonné
Plus de flamme orange dans le ciel mouillé

On dirait - la nuit - de vieux châteaux forts
Bouffés par les ronces - le gel et la mort
Un grand vent glacial fait grincer les dents
Monstre de métal qui va dérivant"

J'voudrais travailler encore - travailler encore
Forger l'acier rouge avec mes mains d'or
Travailler encore - travailler encore


Acier rouge et mains d'or" (Extraits de la chanson "Acier rouge et mains d'or" de Bernard Lavilliers (2001) qui avait pris fait et cause contre la fermeture des hauts-fourneaux français en Lorraine et qui rend hommage aux métallurgistes et sidérurgistes de partout.)



Quelle belle introduction pour parler du livre de Noémie Drouguet et Philippe Bodeux "Vive les hauts-fourneaux- Vers la reconnaissance du patrimoine sidérurgique de Wallonie" Hors-série n°3 de la revue "Dérivations" octobre 2017.

Présentation de l''ouvrage par les auteurs

Marcinelle, Ougrée, Clabecq. Trois hauts-lieux de production de fonte et d'acier, dominés par la figure emblématique des hauts-fourneaux. À l'arrêt depuis plusieurs années, devenus des friches, ils sont appelés à disparaître prochainement. Avant qu'ArcelorMittal et Duferco ne rasent ces vestiges, les questions de régénération des sites et de préservation du patrimoine sont à étudier conjointement. Fermées, grillagées et laissées à l'abandon, ces forêts industrielles doivent s'ouvrir à ceux qui ont des propositions à défendre, qu'ils soient urbanistes, architectes, promoteurs, artistes, passeurs de mémoire.
Les bassins voisins - la Ruhr, la Sarre ou la Lorraine - ont chacun gardé des témoins de l'épopée industrielle pour les recycler en parcs paysagers, musées, ville nouvelle ou espaces économiques.
Point de départ de la révolution industrielle sur le continent, la Wallonie ne peut faire l'impasse sur une réflexion approfondie concernant le devenir des friches sidérurgiques.

Ce livre écrit à plusieurs mains pose la question et tente de documenter le débat, plus complexe qu'il n'y paraît. Il entend à la fois plonger dans une réalité où se mêlent ville et industrie, en décrire ce qui échappe aux regards mais aussi donner la parole à ceux qui l'ont côtoyée de près et amener quelques propositions.

Quelques extraits d'avis recueillis

- << À l'heure actuelle, il n y a pas ou peu d'initiatives pour ce type de patrimoine et il n'existe pas véritablement de 'cadastre' du patrimoine industriel en Wallonie, ni même d'actions en matière de sensibilisation en faveur de ce patrimoine >>
Pierre Paquet, directeur de l'administration wallonne du Patrimoine.

-<< C'est une question de temps: (...) les populations qui vivaient encore avec les usines en fonctionnement à côté de chez eux ne voulaient pas entendre parler de préservation ou de réappropriation mais bien dans d'autres endroits où les outils industriels étaient fermés et où se développe alors un intérêt, un souhait de participer au renouveau. À cela s'ajoute l'intérêt des jeunes générations, des 'classes créatives' comme dirait Richard Florida. Mais pour s'attaquer à ces territoires et ce patrimoine, il faut selon moi dépasser la notion de monuments classés et les critères classiques d'authenticité et d'intégrité qui restent la chasse gardée de certains experts>>.
Christine Ruelle, chercheuse au Lema (ULiège)

- << C'est vrai qu'il y a beaucoup de sidérurgistes qui étaient attachés à leur métier. Par contre, quand les gens sont partis, ils en avaient vraiment ras-le-bol. Tout le monde était content de partir! Je voyais les messages sur Facebook quand ils prenaient leur prépension, du style 'je vais regretter les copains, mais par contre cette usine, non'. Ça s'était tellement dégradé pendant vingt ans qu'ils n'en pouvaient plus! Quand ils ont recommencé, avec la moitié de personnel en moins, avec du minerai dégueulasse, ils ont eu le sentiment de faire mal les choses. Dans les restructurations, c'est très ambigu car il y a en permanence le discours gestionnaire de l'entreprise disant 'la richesse de l'entreprise, c'est sa main d'œuvre', et puis tous les trois ans, elle dit 'ça coûte trop cher la main d'œuvre' et on fait comprendre aux ouvriers que ce sont des moins que rien et qu'on peut les balancer d'un poste à l'autre. C'est très pénible à vivre comme situation. Ils sont partis avec la dent
dure>>.
Cédric Lomba, chercheur CNRS au laboratoire CRESPPA de l'Université Paris 8.

- << Quoi que nous fassions, nous sommes des héritiers. Les gens se définissent par leur travail: 1'ai été lamineur à Ougrée-Marihaye, j'étais électricien à Ferblatil'. Quand j'ai parlé de 'tabula rasa: j'ai méconnu une chose: cet héritage nous a fait nous-mêmes. On ne peut jamais parler d'une famille liégeoise sans parler de l'industrie >>.
Robert Halleux, historien, ancien directeur du Centre d'histoire de Sciences et techniques de l'Université de Liège (CHST).

- << Pour nous, en tant qu'acteur de l'économie, le haut fourneau était la première chose à raser, pour laisser place à une activité économique moderne. Parce qu'on sait que dans nos régions, les hauts- fourneaux ne redémarreront plus jamais. À Clabecq, on a juste maintenu quelques éléments pour laisser la chance à un projet architectural d'intégrer ce patrimoine. (...) À Charleroi, on était plutôt partisan de tout démolir. Maintenant, pour nous, ce sont les autorités publiques qui doivent intervenir, à partir du moment où on parle de patrimoine, de biens communs. Mais l'autorité souhaite manifestement en faire de moins en moins, en se retranchant derrière des problèmes budgétaires. Ici, on a quand même une discussion sur la valeur du haut-fourneau. Il y a des éléments en cuivre, les staves, que l'on compte valoriser. On a un accord avec la Ville là-dessus. La commission patrimoine souhaitait qu'on ne touche à rien mais ça n'a quand même pas une si grande valeur didactique! Tout garder coûte près de deux millions d'euros! (...) Il y a beaucoup de valeur dans ce qui reste. On ne peut pas, entre guillemets, nous spolier, nous demander de payer des taxes gigantesques et puis nous dire, 'tiens, au fait, ce que vous pouvez valoriser, finalement on va
le prendre' ! >>.
Olivier Waleffe, Administrateur de Carsid et Administrateur-délégué de Duferco-Wallonie.

- << Il est prêt à reprendre bénévolement le chemin de l'usine fermée pour en transmettre les enseignements aux voyageurs qui se demanderaient ce qu'est le HF4, avec son allure de vaisseau spatial. À 75 ans, Aldo pourrait se la couler douce, profiter de sa famille, surveiller ses pieds de vigne dans le jardin de Monceau, faire son vin, partir en voyage dans cet Alto Adige italien où il est venu au monde, mais le HF4 le hante. Jamais il ne pourrait se pardonner de l'avoir laissé démolir, tant qu'une chance de le sauver existe>>.
Marcel Leroy, journaliste, à propos d'Aldo Serafin, ancien contremaître du HF4 de Marcinelle.

Informations pratique:

"Vive les hauts-fourneaux" de Noémie Drouguet (docteur en muséologie et maître de conférences à l'ULiège et Philippe Bodeux journaliste professionnel pour les pages liégeoises du Soir) est disponible en librairie ou sur commande en lige sur le site de "Dérivations" : ISBN : 9782930878072, 288 pages, tirage : 2000 exemplaires, prix : 19 euros.
Editeur: urbAgora asbl, rue Saint-Denis 10, 4000 Liège Direction de la collection : François Schreuer.
D'autres infos sur le site : http://www.derivations.be

La revue Dérivations se veut un espace de débat sur la ville et ses transformations. Elle paraît tous les six mois depuis septembre 2015. Elle est éditée, à Liège, par l'asbl urbAgora, notamment grâce au soutien de la Communauté française, secteur de l'éducation permanente.
<< Vive les hauts-fourneaux ! >> est le troisième hors-série de la revue Dérivations.

Les illustrations:

De haut en bas:

- la couverture du livre avec une photo de Michel Tonneau(2017).

- hors livre: deux huiles et une aquarelle d'Adrien Duchesne, ancien agent des postes et artiste qui a su si bien transmettre toutes les émotions et les sentiments qu'inspirent le site du haut-fourneau d'Ougrée en attente de…





Gaston LECOCQ