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Musique

Mis en ligne le 28/11/2005

Entendu pour vous : « Charles Aznavour » au Forum de Liège






















Quand on quitte comme ça un monument vivant, quand on a vécu avec lui plus d’une heure d’intense émotion, on est, soyons honnête, tout chamboulé.
Celui que nous avons quitté il y a quelques heures à peine nous a fait passer une soirée inoubliable dans le temps, mais aussi, pourquoi pas, dans le futur.
Dans le temps parce qu’il nous a fait revivre quelques beaux, quelques grands moments de son répertoire ; des beaux, des grands moments de la chanson de variété comme elle n’existe pratiquement plus aujourd’hui, quoi qu’en disent certains.
Dans le futur, parce qu’en le voyant aussi alerte et à son aise, devant l’orchestre symphonique de Poznan, dirigé magistralement par Franck Backry, on se dit : s’il a réussi à se maintenir de la sorte, pourquoi pas nous ? Et tout alors est permis.
Car, Charles Aznavour, c’est de lui que nous parlons bien entendu, malgré les 81 printemps qu’il a fêté en mai dernier, reste « Le » chanteur que les « moins de 20 ans ne peuvent pas connaître ». Et ceux-là feraient bien de l’écouter plus souvent pour essayer de comprendre ce qu’est réellement la vraie chanson française de variété, ce qu’est un véritable artiste, car il en reste peu. Et nous n’exagérons…
Dimanche soir, dans la fabuleuse salle du Forum (mais on suppose que c’était la même chose samedi où il chantait à bureaux fermés), le « petit » Charles (comme l’appelaient familièrement de nombreuses Liégeoises et Liégeois qui l’on connu alors qu’avec son ami Roche, il pianotait dans les bars de la rue du Pot d’Or) a, une fois de plus, donné tout son amour et son talent pour ce public qu’il respecte tellement.

Hommage aux journalistes emprisonnés pour avoir fait leur métier

Mais avant qu’il n’apparaisse dans son costume de scène sombre et sobre, l’orchestre symphonique de Poznan (Pologne) nous avait régalé de quelques thèmes immortels chantés depuis 40 ans par Aznavour et arrangé très intelligemment un peu à la manière de Gershwin.
En seconde partie, on ne put rester de marbre en écoutant « Non je n’ai rien oublié », « Parce - que », « Les plaisirs démodés », « La Mamma » ou encore «La Bohème », « Comme ils disent », « Emmenez-moi » mais on est aussi très ému avec « Il faut savoir » et « Désormais »…
Impossible de vous citer le titres de toutes les chansons interprétées ce dimanche dans un « Forum » presque rempli qui est pleinement entré en symbiose avec un Charles Aznavour bien plus jeune, que certains chanteurs que l’on voit aujourd’hui. Et lorsqu’il cale dans « La Mamma », cela devient un jeu et lorsqu'il chante en duo avec sa fille, c'est le "papa"...
Et puis il y a eu cette chanson, peu connue et récente et qui s’intitule un «Mort vivant – Délit d’opinion». Comment rester insensible à cet hymne à tous les journalistes qui sont emprisonnés et parfois torturés jusqu’à devenir des « morts vivants », parce qu’ils ont dit et prouvé la vérité, dans ces pays où démocratie ne rime avec rien…
Après une première ovation debout, d’un public qui en voulait encore, Charles Aznavour a alors entonné, a capella, « Sa Jeunesse », comme pour nous dire que cette fois, après cette dernière chanson, il était temps d’arrêter.
Pour sa deuxième ovation, le public avait compris le message de ce chanteur «hors normes» et combien attachant, qui avait bien mérité de se retirer.
Merci Charles, même si tout cela nous a semblé un peu court, pour le bonheur que vous avez encore donné, pendant deux jours à quelques milliers de Liégeoises et de Liégeois.
Le 22 mars dernier, lorsqu’il était venu à Liège présenter sa nouvelle tournée, quand nous lui avons demandé comme il faisait pour rester en forme, Charles Aznavour qui a un sacré sens de l’humour nous avait répondu : « Croyez-moi, je ne le fais pas exprès… » Et finalement, après le spectacle de ce dimanche, on se demande si finalement ce n’est pas la vérité…
Ce lundi 28 novembre, c’est à Bruxelles, au Palais des Beaux-Arts, que Charles Aznavour, l’infatigable chanteur de charme, terminera sa tournée en Belgique, qui est également une première, puisqu'il ne l'avait jamais fait avec un orchestre symphonique.





Gaston Lecocq