• Visiteur(s) en ligne : 2
  • |
  • Visiteurs total : 3184813

Musique

Mis en ligne le 27/11/2005

Entendu pour vous : quand, à Saint-Jacques, cent Liégeois jouent et chantent liégeois…

Ce samedi 26 novembre a eu lieu le concert annuel du Chœur Symphonique Saint-Jacques de Liège et de l’Orchestre Convivium, placés sous la direction de Pierre Thimus.
Les musiciens étaient vingt-trois et les choristes septante sept.
Ces cent interprètes, leur chef et les deux solistes avaient attiré, dans la plus belle église de notre Cité, un public très nombreux au premier rang duquel on reconnaissait autorités ecclésiastiques et civiles comme Mgr Jousten, Évêque de Liège, le Chanoine Baudouin, doyen du Chapitre de la Cathédrale, le Doyen de Saint-Jacques, l’abbé Houssa et, avec leurs épouses, le député permanent provincial Olivier Hamal (lointain descendant colatéral du chanoine impérial du même nom…) et l’échevin de la Culture de la Ville de Liège, Hector Magotte.
Au programme figuraient trois compositions de Jean-Noël Hamal entrecoupées d’un concerto d’André-Modeste Grétry et d’une symphonie de Joseph Haydn.
Ce concert de musique du XVIIIème siècle enchanta une assemblée heureuse de découvrir et d’apprécier des œuvres remarquables mais méconnues de deux compositeurs liégeois joués et chantés par de talentueux musiciens et choristes de notre Ville, qu’il s’agisse d’élèves de nos Conservatoires comme les instrumentistes et leur concertmeister Sonia Emsheimer ou bien encore d’excellents chanteurs amateurs comme, par exemple, notre ami Jean Olivier, chargé de la communication au C.H.R. de la Citadelle ou bien encore le receveur du C.P.A.S. tout proche, Jean-François Huart.
La soirée s’ouvrit par une présentation bien venue des compositeurs.

Les compositeurs

- Jean-Noël Hamal (né à Liège le 23 décembre 1709 et y décédé le 26 novembre 1778 : sa mort eut donc lieu 227 ans, jour pour jour, avant ce concert) devint à six ans et demi chantre de la maîtrise de la Cathédrale Notre-Dame et Saint-Lambert, ensemble musical de plus d’une trentaine d’artistes qu’il dirigea de 1737 à 1770. De 1728 à 1731 il s’était perfectionné à Rome au Collège liégeois fondé en 1699 par la Chanoine Darcis. Devenu lui-même chanoine impérial en 1745, Jean-Noël Hamal n’écrivit pas seulement trente quatre messes, deux Te Deum, nonante deux motets, vingt-quatre psaumes, six litanies, cinq lamentations, quatre oratorios, trois repons, trois opus de symphonies et trois volumes de fragments symphoniques et d’ouvertures, il composa aussi en 1757-1758 quatre opéras comiques en langue wallonne intitulés (selon l’orthographe de l’époque)
« Li Voëgge di Chôfontaine », « Li Ligeoy egagy », « Li Fiesse di Houte si’Plou » et « Les Ypocontes ». La plupart de ces œuvres ne sont plus jouées et n’existent qu’à l’état de manuscrits en la bibliothèque du Conservatoire de Liège dirigée par Philippe Gilson. Le « Laudate pueri Dominum » a été recopié, dans une écriture moderne, par une des choristes, la soprano Danielle Deheselle.
- André-Modeste Grétry (Liège 1741 – Ermitage de Jean-Jacques Rousseau à Ermenonville 1813) est évidemment plus connu par ses quelque quatre-vingts opéras (« Zémire et Azor », « La caravane du Caire », « Richard Cœur de Lion », « Lucile », etc…). Chantre en notre église Saint-Denis, il partit en 1760 à la fondation Darchis à Rome, se retrouva dans l’entourage de Voltaire à Genève (1766-67), devint directeur de la musique de la Reine Marie-Antoinette mais fut néanmoins décoré de la Légion d’honneur à l’époque du premier consul Bonaparte et (last but not least) légua son cœur à sa cité natale.
- Quant au compositeur classique autrichien Joseph Haydn (1732 – 1809), auteur de « La Création » ou des « Saisons », il accueillit à Vienne Mozart (1756-1791) puis Beethoven (1770-1827).

Les œuvres

Les trois compositions de Jean-Noël Hamal furent pour nous de très agréables découvertes, même si les deux premières ont déjà été jouées et enregistrées le siècle dernier.
- L e « Te Deum en ré majeur pour soli, chœur, cordes, cors et continuo » (DS – catalogue par genre établi en 1959 par Monique De Smet – n°26) est un des deux composés par Hamal, dont l’un (mais on ignore lequel) a été joué en 1763 lors de l’avènement du Prince-Évêque Charles-Nicolas d’Oultremont , le prédécesseur de Velbruck. Le texte latin du « Te Deum » (Dieu, nous te louons) date des environs de l’an 500 et Hamal ne l’utilise complètement que dans la première de ses quatre parties. Par ses ton et tempo, c’est une œuvre optimiste, colorée, parfois porteuse d’émotions et au final éclatant.
- La « Judith triumphans » (DS 169) , oratorio biblique pour chœurs, décrit la joie du peuple d’Israël, après la défaite de l’ennemi assyrien, grâce à une veuve pieuse Judith, qui séduisit Holopherne, général du roi Nabuchodonosor, le fit boire et, une fois qu’il fut endormi, le décapita et emporta sa tête sur un plateau, provoquant la fuite de ses soldats effrayés par la puissance du Dieu d’Israël. Le premier chœur martial célèbre la « pax suavis » (la « douce paix »…) et le second lyrique constitue un Alleluia. Les qualités expressives de Hamal sont excellemment mises en valeur.
Nous avons été particulièrement séduits par le psaume 112 (DS 143) en fa majeur et en six mouvements intitulé « Laudate pueri Dominum » (Enfants, louez Dieu) qui constitue un chant de louange où les Hébreux remercient Dieu de les avoir délivrés de l’esclavage en Egypte. En soliste, la soprano Laurence Renkens remplaçait Céline Scheen, souffrante. Toutes deux se perfectionnent au Conservatoire de Bruxelles dans la classe du ténor Marcel Vanaud simultanément présent à Liège sur la scène du Théâtre Royal où il réussit une excellente prise du rôle du père dans la « Luisa Miller » de Verdi.
Ce psaume met à la fois en valeur la soliste mais aussi l’ensemble du chœur qui illustre, avec profondeur, notamment dans le troisième très beau mouvement, le fait que l’intérêt de Dieu va aux humbles. Le dernier mouvement, à la fois vigoureux et harmonieux, fut bissé sous les ovations d’un public enthousiaste.
- Le Concerto pour flûte et orchestre en ut majeur est attribué à Grétry parce que son manuscrit, non autographe mais portant son nom, a été édité à Salzbourg avant 1773 et parce que Grétry raconte, en 1789, dans ses « Mémoires » qu’à Rome, en 1765, alors qu’il n’avait pas 25 ans, le comte anglais d’Abingdon, flûtiste réputé, lui avait commandé un concerto pour le mettre en valeur, ce qu’écrit-il, il avait fait. Ce concerto aux qualités qui annonce Mozart présente en outre des thèmes et caractéristiques d’écriture qui semblent apparentés à des passages d’opéras de Grétry. L’oeuvre, en tout cas, est fraîche, charmante, enjouée et techniquement brillante pour mettre pleinement en valeur la virtuosité du soliste qui était cette fois Marc Legros, diplômé du Conservatoire de Liège et professeur à l’Académie de Musique de Malmédy.
- La symphonie n°49 en fa mineur (Catalogue Hoboken par genre n°I :49) de Joseph Haydn, –intitulée par certains « La Passion » - a été composée chez le Prince hongrois Esterhazy en 1770-71. Elle occupe une place centrale dans une œuvre très abondante (104 symphonies) car si la succession des mouvements (lent-vif, lent-vif) reste traditionnelle, par contre l’imagination bouscule ce cadre étroit. Le long premier mouvement est tragique, le deuxième véhément, le troisième d’abord nostalgique et le dernier court et nerveux. L’Orchestre Convivium a pu y démontrer toutes ses qualités professionnelles faites de sens de l’harmonie, de précision dans les attaques et d’adaptabilité car il n’est pas évident de passer, avec bonheur, du lyrique au symphonique.

Les artistes

- Pierre Thimus est devenu à 25 ans l’organiste titulaire de Saint-Jacques où il dirigea, sept ans plus tard et pendant plus d’un lustre, la rénovation totale du grand orgue. En 1986, son arrivée coïncida avec la création du Chœur Symphonique de Liège Six ans plus tard, Pierre Thimus fut l’initiateur de l’Orchestre Convivium. En 1998, il a fondé (et il dirige depuis) le Festival d’Orgue de Liège. En 2002, il a créé l’ensemble musical féminin Cantus. Il est professeur d’orgue et de chant choral à l’Académie de Musique de Malmédy et à l’Académie Grétry à Liège. Il y a donc près de vingt ans qu’il s’affirme non simplement comme le dirigeant mais, bien davantage encore, à la fois comme la cheville ouvrière et comme l’âme, en l’ancienne église abbatiale de Saint-Jacques-le-Majeur à Liège, d’une Renaissance musicale qui permet à ce lieu d’exception de redevenir digne de la splendeur de son buffet d’orgue.
- Le Chœur Symphonique s’est imposé rapidement par ses qualités. Après avoir chanté dès 1990, l’office des Rameaux à Notre-Dame de Paris, il s’est spécialisé dans les messes et oratorios avec solistes et orchestre. Sa prochaine prestation (avec l’orchestre Convivium et quatre solistes) aura lieu le samedi 18 Février prochain à 20 heures dans l’admirable « Requiem » de Mozart. Les choristes sont actuellement septante-sept : quarante-sept femmes (vingt-huit sopranos et dix-neuf altos) et trente hommes (quatorze ténors et seize basses). Ce sont de talentueux amateurs qui démontrent quels sommets peuvent atteindre des prestations de mélomanes doués.
- L’Orchestre Convivum composé de lauréats de nos Conservatoires est à géométrie variable (avec prédominance de cordes) en fonction des nécessités des œuvres interprétées. Cet ensemble d’environ deux douzaines de jeunes et talentueux musiciens a enregistré avec le Chœur et Pierre Thimus, un C.D. d’œuvres peu connues de Mozart.
- Le flûtiste Marc Legros est très éclectique et joue aussi des musiques « non occidentales » (arabe, hindoue, indonésienne) Son sens musical et sa virtuosité technique se sont confirmés sur un instrument qui, heureusement pour la vélocité d’exécution, n’était pas , comme les flûtes du 18ème siècle, dépourvu du mécanisme moderne des tringles et plateaux.
- Enfin la soprano « remplaçante » Laurence Renkens n’a pas déçu : ce petit bout de femme a un sacré brin de voix et elle continue à sourire même dans les vocalises les plus pointues. Cette jeune cantatrice qui nous vient de Mons nous paraît promise à un bel avenir, y compris dans la capitale musicale de la Wallonie dont le nom débute non par M mais par L.
Lors du verre de l’amitié, au bas de la tour romane de Saint-Jacques, il n’aurait en tout cas pas fallu beaucoup insister pour faire chanter au public liégeois ravi un extrait de l’opéra de Grétry « Lucille » : « Où peut-on être mieux qu’au sein…. ».





Jean-Marie Roberti