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Social

Mis en ligne le 03/10/2012

Quand Claude Emonts, président du CPAS de Liège écrit à la ministre de l’Emploi Monica De Koninck

La lettre envoyée à la ministre de l’Emploi Monica De Koninck, ce mardi 2 octobre, par Claude Emonts, président du CPAS de Liège (qui faut-il le rappeler est à la pointe de tout ce qui touche à la réinsertion sociale) non seulement à Liège mais également en Wallonie), mérite d’être lue par le plus grand monde. La voici :

« Madame la Ministre,

Je lis dans la presse de ce jour que vous avez tenu une « Social Academy » avec l’administrateur délégué de le F.E.B., sur le thème des études et surtout sur le fait que beaucoup trop de jeunes sortent des études sans diplôme.
Vous qui êtes une ancienne présidente de CPAS, et pas de n’importe lequel puisqu’il s’agit de celui d’Anvers, n’ignorez rien de la situation des jeunes qui, via le revenu d’intégration, poursuivent des études.
Au CPAS de Liège, celui dont j’ai l’honneur d’être président, nous avons, depuis plusieurs années maintenant, créé une « antenne-jeune » qui traite non seulement des dossiers d’étudiants, mais aussi de ceux de tous ces jeunes entre 18 et 30 ans qui, par les hasards et les malheurs de la vie ont à passer par nos guichets…
Nous constatons en premier lieu que si l’on considère le total de nos bénéficiaires, un tiers de ceux-ci sont des jeunes personnes qui souffrent de problèmes divers, allant des différents familiaux d’ordre culturel, à la pauvreté sous toutes ses formes – et c’est peu dire que les formes sont multiples – en passant par les affres des assuétudes, qu’elles soient médicamenteuses ou toxicologiques.
Tous ces jeunes sont dans des situations désespérantes, et malgré cela, plus de 800 d’entre eux rien qu’à Liège, suivent des études qu’elles soient de niveau secondaire ou universitaires.
Pour ceux-là, la machine solidaire joue son rôle, grâce au dévouement d’un personnel tout entièrement dédié à cette charge, et ce malgré les difficultés rencontrées parfois (violences verbales, revendications du « j’ai droit à », menaces de la famille, obstacles de la langue, et j’en passe).
Vous constatez, et c’est bien le moins, le manque de jeunes disposant d’un diplôme et de mon côté, je vois le travail fait dans les CPAS.
Je me demande dès lors pourquoi une intervention telle que celle que vous venez de faire ne mentionne en rien cette réalité, à savoir que l’aide sociale peut aussi s’avérer un ascenseur social pour celles et ceux qui saisissent leur chance, et ils sont nombreux.
Je connais votre compétence en la matière pour avoir été votre collègue et vous avoir rencontrée souvent.
Pourquoi dès lors ne pas mettre sur pied avec votre collègue de l’intégration sociale un ambitieux plan de collaboration avec les CPAS, où vous fixeriez des objectifs et donneriez les moyens d’obtenir ces diplômes qui ouvrent sur l’emploi.
Ce plan pourrait avoir deux volets : le premier permettrait de favoriser la réussite des étudiants que j’ai mentionné plus haut et ce en améliorant l’encadrement dans des services tels que l’antenne-jeune d’une part ; le second développerait un ambitieux plan de formation via l’article 60 (contrat temporaire de service public), ou l’article 61 (ensemble de mesures favorisant l’emploi temporaire en secteur privé).
Vous ne l’ignorez pas, il y a énormément de compétences et/ou de (bonne) volonté dans les CPAS, tant au niveau des bénéficiaires dont nombreux sont ceux qui pleurent au sens propre pour avoir leur chance, qu’à celui des travailleurs sociaux, qui donnent beaucoup d’eux-mêmes… mais les moyens manquent cruellement par rapport à l’énormité du défi….
Avec votre soutien, tout cela peut prendre une autre envergure, qui serait coordonnée par vous et, s’il est preneur d’un véritable effort d’insertion sociale, par le président de la F.E.B.
Je considère qu’il ne faut pas toujours penser aux CPAS en termes pessimistes, mais au contraire utiliser les outils que cette armée de travailleurs sociaux ont développé avec succès.
Faire de l’antenne-jeune un modèle à suivre, un repère pour sauter l’obstacle de la précarité, faire de l’activation en CPAS un des axes de votre politique de l’emploi : n’est-ce pas là un bel et ambitieux objectif pour une ministre de l’emploi, ancienne présidente de CPAS ?
En ce qui me concerne, tant au niveau de la Fédération des CPAS que je préside, qu’à celui du CPAS de Liège, je suis à votre disposition pour mettre sur pied ce plan de bataille, que nous pourrions développer avec les Universités, les écoles, le patronat et le FOREM/VDAB/ACTIRIS.
Je suis à votre disposition, Madame la Ministre, pour une bataille de l’emploi qui commencerait par le début, soit par les plus jeunes et les plus défavorisés. »