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Société

Mis en ligne le 04/05/2012

«Les acteurs de l’histoire, c’est vous !»


Une «Carte Blanche» des Territoires de la Mémoire » qui tombe bien à la veille du 8 mai, date emblématique rendant hommage à celles et ceux qui ont résisté et qui résistent encore pour la Fraternité entre les hommes…

« L’histoire ne se répète pas ! Sans doute… Et pourtant, ne nous voilons pas la face. Un peu partout en Europe, l’extrême droite est bien de retour et ne cesse de monter en puissance depuis les années 90’.
L’histoire se répète, lorsque l’on observe les similitudes entre la crise économique de 29’ et celle qui marque ce début de XXIème siècle. Mais de là à envisager comme issue un troisième conflit mondial, il y a une marge ! Similitude ou contraste ?
Peut-on attribuer à la crise économique et à l’insécurité sociale qui en découle, la cause d’une radicalisation de l’Europe, dont le prisme politique s’arc-boute toujours plus vers des formations populistes et identitaires ?
Le ton est lancé. Et le premier tour des élections présidentielles françaises renforce évidemment cette idée. Un français sur cinq se tourne désormais vers l’extrême droite, vers un Front national qui se lisse de plus en plus avec le temps, se coupant progressivement, mais en surface, du négationnisme et de sa frange nazie.
L’extrême droite française apparaît aux yeux de ses électeurs comme l’alternative aux autres forces politiques traditionnelles qui n’incarnent plus depuis longtemps cette possibilité d’alternative. N’était-ce pas ce qui apparaissait également aux yeux de ceux qui portèrent par la voie de la démocratie et du vote Adolf Hitler au pouvoir en 1933 ?
Le nazisme a-t-il bien été vaincu ? Au Juif d’hier se substitue l’Arabe ou le Musulman, à la race arienne, la préférence culturelle, l’inégalité sociale ou le choc des civilisations. Le nazisme oui, il a été vaincu, mais le danger ne vient-il pas aujourd’hui de la contamination de certaines idées, autrefois jugée inacceptables et aujourd’hui «compatibles avec la république» pour reprendre les propos de Nicolas Sarkozy ?
En ce 8 mai, il est fondamental de rappeler l’adage et les valeurs qui portent l’édifice de nos démocraties modernes : «Liberté, égalité, fraternité». Il faut aujourd’hui se remémorer qu’elles ont été bafouées à de nombreuses reprises et qu’elles sont à nouveau attaquées par les faux-semblants proférés à travers les discours lissés d’une extrême droite décomplexée. Il est temps de mener le combat sur le terrain du «vivre ensemble» en utilisant les outils dont nous disposons, c’est-à-dire nous-mêmes, nos libertés de penser et de nous engager dans la défense de ces valeurs au nom du progrès social.
L’an dernier, à l’occasion du 8 mai, nous relayions l’appel de Stephane Hessel et appelions à l’indignation, comme moteur de Résistance, comme appel à l’engagement et au militantisme pour plus de dignité et de libertés dans un monde plus juste pour tous. Cela est encore plus indispensable aujourd’hui. Porter le triangle rouge aujourd’hui, c’est adhérer à cette lutte…avec toute la conviction d’un citoyen responsable et engagé.
S’engager, c’est initier une action, c’est le commencement d’une histoire, la décision première qui oriente et structure les décisions et actes à venir. En ce sens, s’engager revient toujours à parier, prendre un risque sur la cause, la raison pour laquelle on s’engage. C’est aussi se mettre en gage, autrement dit jouer la totalité de son être ou de son existence pour une décision dont on a dit qu’elle comprenait toujours risque et incertitude. Dès lors, s’engager paraît toujours être excessif, un pari un peu fou au nom de valeurs. Car l’engagement se doit d’être d’autant plus grand que la cause paraît fragile. Cependant, refuser de s’engager c’est aussi refuser d’agir, et plus précisément refuser de se construire dans le temps. On s’engage donc pour exister.
En ce 8 mai, rendons hommage à celles et ceux qui ont résisté et qui résistent, à ceux qui se battent encore pour le progrès, la liberté et l’égalité au nom de la fraternité entre les Hommes. Leur histoire et leur combat sont l’héritage pour les générations futures et n’oublions pas ce que Berthold Brecht nous dit : «Le silence des pantoufles est plus dangereux que le bruit des bottes». Savoir, comprendre et s’engager : les acteurs de l’histoire, c’est nous ! »

Dominique Dauby
Présidente des Territoires de la Mémoire, asbl. Centre d’Education à la Résistance et à la Citoyenneté. - Liège – mai 2012