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Reportage

Mis en ligne le 02/10/2011

«Georges Simenon : de la Vendée aux quatre coins du monde» jusqu'au 26 février.





C’est une exposition (la première rétrospective en France sur notre citoyen le plus célèbre) à découvrir à l’Historial de Vendée (Les Lucs-sur Boulogne) jusqu’au 26 février 2012. Nous l’avons visitée pour vous.






Quelques jours après l’inauguration à Bruxelles (Galerie Royale St-Hubert) de la filiale belge du Musée des Lettres et Manuscrits de Paris, dont l’exposition d’ouverture est consacrée à Georges Simenon (jusqu’au 24 février 2012), c’est en Vendée, et plus exactement à l’Historial de Vendée dans la commune de Les Lucs-sur-Boulogne, que s’ouvrait le 29 septembre (jeudi dernier) l’exposition intitulée : “Georges Simenon, de la Vendée aux quatre coins du monde”.
Celle-ci est organisée par le conseil général de Vendée avec le concours du Fonds Simenon de l’Université de Liège, de prêteurs privés et institutionnels, dont la Ville de Liège via son échevin de la Culture Jean-Pierre Hupkens.
Le commissariat de l’exposition est assuré par Christophe Vital, conservateur en chef du patrimoine, conservateur des musées de la Vendée assisté de Luc Siret, assistant de conservation du patrimoine et des bibliothèques, de John Simenon (son 2ème fils), conseiller scientifique, CEO et directeur de «Georges Simenon Limited» et de Benoît Denis, conseiller scientifique, directeur du Centre d’études Georges Simenon à Liège (ULg).
«Georges Simenon, de la Vendée aux quatre coins du Monde» est la première rétrospective jamais réalisée en France, retraçant la vie et l’œuvre de l’écrivain liégeois qui vécut en Vendée de 1940 à 1945. C’est dire si elle est importante et qu’elle comptera dans l’aventure « Simenonienne » qui a commencé rue Léopold à Liège, le 13 février 1903.
Nous avons décidé (parce que Simenon n’est vraiment pas n’importe quel Liégeois), même si le voyage était long (une journée de plus de 22 h éveillé) et un peu onéreux (les trajets Liège-Paris-Liège étant à notre charge), de répondre favorablement à l’invitation de presse qui nous a permis de découvrir cette exposition (un petit bijoux en matière de scénographie) quelques heures avant le vernissage officiel. Nous y étions d’ailleurs le seul représentant de la presse liégeoise et belge, ce qui n’a pas manqué d’étonner quelque peu les organisateurs mais aussi de les ravir de notre présence.

Pourquoi Simenon en Vendée?

Certes, les amateurs, les amoureux, les spécialistes, bref les «Simenoniens» connaissent, grâce notamment au « Festival Simenon des Sables-d’Olonne » qui cette année en était à sa 12ème édition, l’attachement qu’avait le grand écrivain pour la Vendée et le retour des Vendéens vis-à-vis de Simenon.

Comme le dira le président du Conseil Général de Vendée, juste avant de nous faire découvrir l’exposition : «Simenon et la Vendée : une étape aussi fondatrice que méconnue dans le parcours du maître du roman policier. Cette étape, l’Historial a choisi de la passer au peigne fin, pour révéler au public les pièces à conviction de cette escale liégeoise en terre vendéenne.
Simenon et la Vendée, ce sont d’abord les pérégrinations d’un grand voyageur, habitué des reportages aux quatre coins de la planète. En seulement cinq ans, Simenon sillonna notre département au point d’y changer six fois d’adresse ! Mais Simenon et la Vendée, c’est aussi l’histoire d’un tournant littéraire, avec l’écriture de Pedigree, son célèbre roman autobiographique. Pour autant, les Vendéens ne sont pas privés d’un plaisir que beaucoup nous envient : celui de reconnaitre leurs paysages dans plusieurs aventures du célèbre commissaire Maigret. L’exposition plonge ainsi le visiteur dans le quotidien de l’un de nos plus grands écrivains, et décrypte l’étonnant processus de création qui fit naître cette œuvre parmi les plus magistrales du siècle dernier.»

Georges Simenon découvre la Vendée en 1927. Il y retournera en 1940 et y séjournera avec sa famille jusqu’en 1945. En près de cinq ans, il change six fois de maison, depuis la ferme du Pont-Neuf, nichée au creux d’un vallon à Vouvant, jusqu’à l’Hôtel des Roches Noires des Sables d’Olonne, en passant par le château de Terre-Neuve de Fontenay-le-Comte et une maison bourgeoise à Saint-Mesmin le Vieux. C’est une période de grande créativité et une pause dans la vie de Simenon qui, malgré ces déménagements, n’est pas libre de circuler. La Vendée et ses habitants resteront longtemps pour lui une source d’inspiration. Mais c’est aussi et surtout le lieu de naissance de Pedigree, premier roman autobiographique de sa carrière.
Parmi les documents présentés, une place centrale est donnée à cette œuvre majeure : Manuscrit et tapuscrits inédits illustrent toutes les étapes du roman, dont la première version intitulée «Je me souviens.»

Une scénographie vraiment idéale…

Nous l’écrivions plus haut, la scénographie imaginée par Christophe Vital et Luc Siret est particulièrement intelligente d’autant qu’il est difficile de faire entrer un écrivain dans un musée et de constamment attirer l’œil du public sur son œuvre, sa vie et ses détails. Les Liégeoises et Liégeois se rappelleront sans doute les expositions «Tout Simenon» en 1993 et « Simenon un siècle… » en «2003 Année Simenon». Si la première (que je n’ai malheureusement pu découvrir) un très vif engouement auprès du public, la deuxième (que j’ai visitée à plusieurs reprises) était, semble-t-il de l’avis général et du mien aussi, nettement plus froide et moins attractive.

Celle de «L’Historial de Vendée» qui, évidemment bénéficie de près de 10 ans de nouvelles technologies et se déploie dans un vrai musée, se situe loin, à des niveaux supérieur…Un vrai bijou.
Divisée en 13 espaces ou chapitres, l’exposition, sous forme d’un parcours chronologique et de mises en scène, retrace sa vie dès son enfance liégeoise (c’est d’ailleurs le premier espace) ; sa vie parisienne ; ses voyages outre-Atlantique ; son passage de cinq années en Vendée ; sa manière de travailler avec une reconstitution fidèle de son bureau ; sa vie aux Etats-Unis ; Simenon intime ; la méthode Simenon ; son personnage légendaire : Maigret ; Simenon et le cinéma ; la réussite etc…
Ambiances musicales, éclairages dynamiques, écrans tactiles, bornes audiovisuelles, jeu d'enquête, etc. permettent de découvrir de façon ludique les 200 manuscrits et tapuscrits inédits, livres, objets, meubles, dessins, peintures, photos, témoignages, films et enregistrements audio qui essayeront une fois encore de vous faire découvrir le «mystère» Simenon.


Pourquoi mystère ? Parce que sans diplôme et de condition modeste, ce Liégeois d’Outremeuse Georges Simenon, est aujourd'hui un des auteurs les plus lus au monde, après Jules Verne, Charles Perrault et René Goscinny mais avant Balzac, Dumas et Stendhal. Sous son nom officiel, Georges Simenon a écrit 192 romans et 150 nouvelles. Sous de nombreux pseudonymes, Sim, Germain d'Antibes, Jacques Darsonne, Jean Dorsage, Gaston Violis..., il a signé quelque 200 écrits populaires. Ses œuvres jouissent de plus de 87 traductions. Dont la toute dernière (nous l’avons appris en Vendée) est le Coréen.
Il méritait donc bien qu’on se déplace en Vendée où on lui rend un hommage bien mérité.

Ce qu’en dit John Simenon

Pendant un peu plus d’une heure, nous avons pu, à table, discuter avec John Simenon. D’emblée, il est extraordinaire de l’entendre parler de son père pour lequel il voue non seulement une admiration non feinte, mais un amour filial sans borne qu’il vous transmet à chaque mot, à chaque remarque. C’était vraiment attachant et émouvant. D’ailleurs, il n’a pas caché son émotion lorsqu’il nous a expliqué que l’exposition rendait vraiment très bien l’œuvre de son père et que la scénographie était admirable. «C’est vraiment ici en Vendée, qu’il a fait table rase avec le passé et qu’il a commencé un nouveau départ» nous confiera-t-il.

Nous lui avons demandé où en était le projet du musée Simenon à Liège, qui devrait voir le jour d’ici 2015 ou 2017 (une étude a été lancée mi-septembre avec le soutien de la Région et de la Communauté avec appel d'offres : étude sur le concept, la notoriété, étude de marché, sur l'architecture et la future implantation, étude financière, sur la scénographie). «Tout suit son cours», nous dira-t-il. «Il est inutile d’aller trop vite en besogne, mais nous avons bon espoir. Ce que j’ai découvert dans cette exposition, la scénographie, le musée en lui-même me donnent des idées… » Concernant le «Musée Simenon de Liège» : «Je le vois bien le long de la Meuse, dans une structure pas très haute, ouverte sur la ville, le monde. Entre la gare et le nouveau cheminement. Simenon a quitté Liège en train et y est revenu en bateau… ». Lorsqu’il parle se son père, John Simenon dit «Simenon» ou son père, mais jamais il ne dira papa. A ce sujet remarque avec un sourire : «Je trouve un peu ridicule d’entendre certains journalistes me faire dire « papa » à propos de Georges Simenon, alors que je ne l’a jamais appelé que «Dad» ou «Daddy».
John Simenon nous a également fait part d’autres projets concernant «Dad» ou «Daddy», mais c’était «off the record» et donc prématuré d’en parler. Mais s’ils se concrétisent, nulle doute que cela en enchantera plus d’uns…

Plus qu’un catalogue : un beau livre

A l’occasion de l’exposition, les éditions Somogy et le conseil général de Vendée coéditent un catalogue réunissant les regards croisés d’une vingtaine d’auteurs et de spécialistes dont, entre autres, l’écrivain reporter Michel Lemoine, auteur notamment de «Simenon, écrire l’homme» (Gallimard), Jean-Baptiste Baronian, écrivain et spécialiste des littératures policières et fantastiques, et de John Simenon, fils de Georges Simenon, sous la direction scientifique de Benoît Denis , Conservateur et Directeur du Fonds Simenon de l’Université de Liège.

“Simenon est un romancier de génie et le plus vraiment romancier que nous ayons dans notre littérature d’aujourd’hui” écrivit à propos de Georges Simenon André Gide qui était fasciné par la créativité de l’écrivain. D’une fécondité hors-normes, avec près de 300 romans, nouvelles, autobiographies, articles et reportages auxquels s’ajoutent autant de parutions publiées sous divers pseudonymes, le nombre de tirages des écrits de Georges Simenon le place au rang de dix-huitième auteur mondial. Belge de naissance, bourlingueur, personnage aux multiples facettes, Simenon a passé le plus clair de son existence à l’étranger, dont une partie significative en France.
A ses aventures alliées à une imagination débordante, Simenon devait l’inspiration. Le décor de la plus célèbre de ses fictions est planté en France : qui de nous n’a pas suivi haletant les enquêtes du commissaire Maigret ?
Cet ouvrage, véritable enquête policière, nous fait suivre à la trace le périple mondial d’un écrivain mythique. De son enfance à Liège, à sa consécration mondiale, qui était vraiment cet écrivain à l’énergie créatrice hors normes ?
Ce catalogue que l’on peut qualifier de «beau livre» et que tout amateur de Simenon doit avoir, est divisé en 36 chapitres, compte quelques 280 pages et plus de 500 illustrations. Il pèse 1,800 kg.

«Georges Simenon. De la Vendée aux quatre coins du monde» Somogy-Editions d’art – Conseil Général de la Vendée - Prix de vente : 35 euros -Format : 24,6 x 28 cm - Nombre de pages : 280 - Illustrations : plus de 500.ISBN : 978 27572 0468 9.

Les animations…les renseignements pratiques

Durant 5 mois, de nombreuses animations auront lieu dans et autour de l’exposition : spectacle théâtral, soirées cinéma, cédéthèques, conférences, concours d’écriture, exposition d’affiches de films, lecture), lecture à voix haute, exposition de tractions anciennes, etc…
Nous vous invitions à découvrir tout cela, ainsi que tous les renseignements pratiques sur l’exposition « Simenon » et le Muséal de Vendée en visitant le site Internet : historial.vendee.fr

L’Historial de la Vendée

Il s’agit d’un musée pour le moins original autant que pratique et finalement très agréable à parcourir. Ce sera l’occasion de le découvrir si vous visitez l’exposition «Simenon».

Créé par le Conseil général de la Vendée, ce « Musée de France» ouvert depuis 2006 est un musée de société qui a pour mission d’évoquer l’histoire de la Vendée, son territoire et les populations qui s’y sont succédées depuis la préhistoire jusqu’à nos jours.
«L’Historial de la Vendée» a été pensé comme une structure évolutive. Rien n’y est définitif, ni les collections qui s’enrichissent constamment, ni les espaces qui ont toutes capacités à se moduler. C’est un musée fait davantage pour se transformer au fil du temps que pour «conserver». De l’extérieur, le visiteur découvre en arrivant une frise chronologique retraçant l’histoire de la Vendée. A l’intérieur, de larges baies vitrées ouvrent sur la Boulogne qui suit son cours, comme une métaphore du temps qui passe.»
«Dans l’espace qui l’environne, l’Historial est tout aussi mobile. Car le bâtiment est un caméléon qui change de couleurs avec les saisons. Logé dans un relief légèrement vallonné, il se confond avec le bocage grâce à sa toiture végétale plantée de graminées et d’herbes folles (que l’on fauche mais ne tond jamais). Contrairement à beaucoup d’institutions muséales, il ne s’agit pas d’une réhabilitation patrimoniale mais d’un bâtiment contemporain, très fonctionnel, de 8000 m2 et 13 mètres de haut. Il est l’œuvre d’une jeune agence parisienne, Plan 01.»

L’intérieur du musée a été conçu comme une boîte vide dotée d’espaces scéniques, de grills techniques et de passerelles. Les espaces d’exposition tiennent du studio de cinéma et de l’univers scénique du théâtre. La dimension spectaculaire de la muséographie est affirmée. Chaque période historique est installée dans une boîte, sept en tout, accessibles depuis le grand hall. Ce dernier est un espace de liberté où le spectateur peut aller et venir sans se sentir pris dans un parcours obligé. L’entrée du musée, qui comprend une cafétéria et une librairie est une « zone franche » où tout un chacun, pêcheur, promeneur ou visiteur peut entrer gratuitement. Un musée du 21ème siècle.

Les photos de haut en bas :

- L’affiche de l’exposition
- De gauche à droite : John Simenon, Bruno Retailleau (président du Conseil Général de Vendée) et Christophe Vital (conservateur) accueillant la visite de presse.
- Quelques vues de l’exposition : le parcours en Vendée ; John Simenon examinant le manuscrit de «Pédigrée» ; la reconstitution du bureau de l’écrivain.
- John Simenon.
- Couverture du livre catalogue – Georges Simenon en 1955 (Collection John Simenon) et Page de l’Atlas général Vidal-Lablache (Paris - Armand Collin,1938).
- La façade et l’arrière du Muséal de Vendée.





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