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Théâtre

Mis en ligne le 24/08/2011

LU POUR VOUS : «René Hainaux : jouer, enseigner, chercher»


Le livre de Laurent Ancion qui vient de sortir chez Lansman rend hommage à l’un de nos grands hommes de théâtre

Il est né Thouarsais, le lundi 29 avril 1918. Ses parents sont Ensivalois, Étienne Hainaux, chef garde aux chemins de fer, Lucie, sa maman, régente. Les péripéties de la Première Guerre mondiale ont, semble-t-il, donné le goût de l’international au petit René auquel l’instituteur Monsieur Juncker a prédit Il sera clown ou avocat. Sa maman choisit avocat. « Et je suis devenu clown », sourit René.

Ces détails, nous les avons trouvé dans l’ouvrage de Laurent Ancion René Hainaut jouer, enseigner, chercher (1). Détails pas si anecdotiques que cela : vu ses origines modestes, il n’est pas question pour René de faire le droit ou la médecine : il aurait fallu pour cela appartenir à un milieu bourgeois. Les Romanes constituent une voie possible, parce que cela conduit à devenir professeur dans un athénée. « C’était déjà très ambitieux » commente René.

Comédien, pédagogue, chercheur ? Simplement licencié ès Lettres !

René Hainaux ne sera jamais professeur de français sauf lorsque étudiant en Romanes, il remplace un des professeur mobilisés en cette PPR (Période de paix renforcée). Sur sa carte de visite ne figure que la mention Licencié ès lettres. À l’Athénée de Verviers, il prend goût au théâtre. Les Précieuses Ridicules est son baptême du feu. Il remporte, en 1934, le tournoi national d’éloquence à Bruxelles. Inscrit au Conservatoire de Verviers, il joue au Grand Théâtre du Pirandello et du Shaw. J’étais le vieux capitaine Shotover, un magnifique salaud. C’est marrant : j’avais 18 ans et je jouais un personnage de 85 ans. (…) J’estime que les belles crapules sont les plus beaux rôles.

Comédien

Quand la guerre a éclaté, j’avais 22 ans. J’aimerais dire que c’était une horreur, car c’en était une. Mais c’était aussi la vie qui prévalait. J’étais un jeune homme assoiffé de découverte et d’envie de vivre. Pour moi, la guerre n’a pas été atroce. Durant ces cinq années, il y a eu des événements. Et des choses atroces. Il rejoint la troupe des Comédiens Routiers créé en 1935 par Jacques Huisman et son frère Maurice. Nous passions les contrôles grâce à un tampon que l’un de nous avait dérobé dans une Kommandatur.

Sitôt la guerre terminée, un Arrêté du Prince Régent, signé par le Liégeois Auguste Buisseret, institue le Théâtre National de Belgique. Les Huisman sont désignés pour mettre en œuvre la nouvelle institution. René Hainaux dont les talents d’organisateur sont grands devient directeur adjoint tout en étant un des principaux acteurs connus du Théâtre National de Belgique. De nombreuses illustrations dans l’ouvrage de Laurent Ancion évoquent cette période qui se prolonge durant prés de vingt ans. La carrière de comédien de René Hainaux ne s’arrête pas à son départ du Théâtre National de Belgique. Son dernier rôle, en 2006, est Minetti, spectacle inaugural du Manège de Mons. Mis en scène par son ami Lorent Watson, il l’interprète à près de 89 ans, le 3 mars 2007, en reprise au Théâtre National de Belgique ! Peu de temps après, une chute l’écarte désormais de la scène mais point du théâtre. RenéHainaux poursuit aujourd’hui son travail de chercheur, notamment en matière de sélections bibliographiques.

Chercheur

En 1948, sous l’égide de l’UNESCO, se constitue, à Prague, l’Institut international du Travail (IIT). René Hainaux est le rapporteur des premiers travaux. De plus, l’IIT décide de lancer une revue qui traite de toutes les questions théâtrales et pas seulement des nouvelles pièces et des nouveaux auteurs. Le dynamisme et la jeunesse de René Hainaux lui valent d’être désigné comme rédacteur en chef de Théâtre dans le Monde – World Theater. Toute sa vie, l’Ensivalois est proche du pouvoir, sans jamais le briguer (…) il agissait et influençait dans l’ombre. Comme Laurent Ancion le décrit très bien, René Hainaux est un chercheur inlassable : ce que j’aime, c’est le terrain. Ayant longuement arpenté, à travers le monde, le terrain du théâtre durant des années, René Hainaux confie : je n’ai pas du tout été un penseur du théâtre. Mais toute ma vie, j’ai réfléchi …. Et ses réflexions, il les partage, les gens veulent vous attribuer des intentions, des objectifs et on est incapable de les en empêcher.

Pédagogue

Ce qu’il y a d’intéressant dans la vie, c’est de commencer quelque chose de nouveau. En 1963, quand la charge de la classe d’art dramatique au Conservatoire de Liège lui échoit en succession de Georges Randax, René Hainaux trouve la vie très intéressante. Premier enseignement à ses étudiants, utiliser un crayon avec une gomme au bout. Quant un metteur en scène donne des indications, le lendemain, il peut dire tout autre chose. Si c’est noté au bic, on est perdu. L’enseignement travaille sur le mot, sur les sept niveaux de la pensée, etc. Pour Hainaux, un professeur, c’est un jardinier. Il y a des gens qui croient qu’enseigner, ça consiste à s’emparer de la tige de la plante et à tirer vers le haut en disant : « Pousse, nom d’un chien, pousse !» C’est d’une imbécillité notoire. Quand j’enseigne, j’essaie donc d’aider l’acteur à arroser son jardin propre, à la regarder sous un angle nouveau, à enlever les mauvaises herbes …

Le livre de Laurent Ancion montre combien l’enseignement a évolué d’abord au Conservatoire de Liège, ensuite dans les autres. Il est passionnant, documenté, plein d’humour – ainsi la rencontre du Prince Baudouin avec René Hainaux pressenti comme professeur de français. Riche de témoignages, René Hainaux, jouer, enseigner, chercher n’a rien d’une hagiographie, il respire la liberté, la sincérité. Comme le dit Jacques Delcuvellerie : on observe deux choses en un même événement : on y voit les qualités de René à déceler le talent, à lui donner les conditions de s’exprimer, et on y voit une limite : réagir mal dès lors que ce talent s’affirme trop. Il ne faudrait pas oublier qu’il a un ego.

Pierre ANDRÉ


(1) René Hainaux jouer, enseigner, chercher - Lansman éditeur - Laurent Ancion auteur - Sous la direction de Françoise Ponthier avec l'aide d'Alain Chevalier - Graphisme David Cauwe. 254 pages - 193 illustrations - 32 € ;