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Musique

Mis en ligne le 23/11/2005

Grâce à Pierre Thimus, finale en apothéose,« chez les Bénés », du huitième Festival d’Orgue de Liège.

Ce dimanche 20 novembre à 16 heures, l’église de l’abbaye bénédictine de la Paix-Notre-Dame, boulevard d’Avroy à Liège, était à ce point comble que les moniales permirent exceptionnellement à des auditeurs de s’installer dans les très belles stalles du chœur conventuel qui leur est normalement réservé, à l’abri de la nef principale, ouverte au monde extérieur.
C’est dans ce chœur conventuel que se dresse fièrement, au dessus de la chaire centrale de la Mère Abbesse, l’admirable orgue baroque construit en 1737 par Jean-Baptiste Le Picard et restauré, à l’initiative du regretté Hubert Schoonbroodt, par la Manufacture d’orgues luxembourgeoise animée par Georg Westenfelder.
Le concert de ce dimanche ne clôturait pas seulement le 8ème Festival d’Orgue de Liège (que nous avons présenté, dès le 25 septembre, et inscrit, en page une, dans nos « événements à ne pas manquer »), il commémorait aussi le 25ème anniversaire de cette rénovation exemplaire.
Dix choristes de l’ensemble vocal féminin « Chorus », fondé en 2002 par le directeur artistique du Festival, se trouvaient sur une tribune à droite de la nef et face à l’orgue que Pierre Thimus occupait et d’où il dirigeait des chanteuses au répertoire comprenant déjà bon nombre d’œuvres conçues pour voix de femmes, a capella ou avec accompagnement.
Le très nombreux public pouvait certes entendre excellemment mais il ne voyait ni l’organiste ni les choristes.
Pour remédier à cet inconvénient, un écran géant avait été installé devant le remarquable tabernacle de l’autel au fond de la nef principale.
Le photographe liégeois Richard Robberecht (dont la chaîne télévisée « Arte » diffusera prochainement « le monde des imaginaires ») avait préalablement filmé des œuvres d’art (tableaux, vitraux de 1645, voussures des plafonds des couloirs, etc…) de l’abbaye et se son église et, avec trois collaborateurs, il entrecoupa de telles projections, le film en direct non seulement des choristes – affirmant de très grandes qualités vocales – mais aussi de l’organiste, de ses jeux de mains (« jeux de vilains », me disait-on enfant) sur trois claviers et même de ses jeux de pieds (« jeux de curés », ajoutions-nous).

Cet apport visuel, réellement artistique, augmenta encore l’agrément d’une fin d’après-midi qui se déroulait dans un cadre où étaient mises en valeur les boiseries bien cirées des planchers et de meubles dignes de l’ébénisterie liégeoise du siècle des lumières.
Celles et ceux qui restèrent après le concert et les vêpres chantées par deux douzaines de moniales - répétant à l’envi « Mon Royaume n’est pas ce monde » et « Louons le Seigneur » -purent en outre apprécier la beauté des salons abbatiaux comme les délices des petits gâteaux des bénédictines liégeoises. Comme le disait une de ces moniales, nous entrons dans l’époque des tentations…
Mais venons en au concert où le titulaire - depuis dix-neuf ans (et il n’en avait que 25 en 1986) - des orgues de Saint-Jacques et cheville ouvrière des huit festivals liégeois d’orgue (le neuvième pourra l’an prochain utiliser aussi l’orgue enfin rénové de la Salle philharmonique, voire celui en reconstruction de Saint-Barthélemy), Pierre Thimus (la photo) nous proposait de l’accompagner dans un tour d’Europe aux 17ème et 18ème siècles.
Nous sommes partis de France où il nous fit écouter longuement Louis-Nicolas Clérambault puis nous passâmes successivement en Angleterre (avec notamment le « Trumpet voluntary » de Johan Travers), en Italie (où le chœur féminin brilla dans un « Confitemi Domino » de Costantini et dans un « Panis Angelicus » de Baini) , en Espagne (pour gloser, comme le fit d’une autre manière cette année l’orateur de rentrée du Jeune Barreau liégeois, sur l’Immaculée conception), en Pologne, en Belgique (et particulièrement à Bruxelles avec le « Tantum ergo » de Peter Cornet et à Liège, en faisant d’abord entendre l’écho pour trompette de Gérard Scronx retrouvé dans un manuscrit de 1617 des Frères Croisiers puis en jouant et chantant en alternance le « Salve Regina » de Thomas Babou) et aux Pays-Bas (grâce à l’excellent compositeur Jan Pieterzoon Sweelinck et à Nikolaus Decius qui écrivit pour des chœurs au début de 16ème siècle), tout cela pour arriver enfin en Allemagne où, à tout seigneur, tout honneur, les dernières notes du concert et du festival furent ovationnées : elles venaient du « Prélude et fugue en ré mineur, BWV 539 » de Jean-Sébastien Bach le génie de cette polyphonie qui caractérise un instrument dont Pierre Thimus est actuellement un des grands serviteurs liégeois.
***Infatigable, ce dernier vous invite ce samedi 26 Novembre à 20 heures, en l’église abbatiale Saint-Jacques au grand concert annuel où il dirigera le Chœur Symphonique, l’Orchestre Convivium et, en solistes, le flûtiste Marc Legros et la soprano Céline Scheen, dans des œuvres de Haydn et des Liégeois Grétry et Hamal. Dans un cadre - là aussi - superbe, vous ne regretterez pas votre soirée.





Jean-Marie Roberti