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Reportage

Mis en ligne le 02/02/2011

Des murs à Bruxelles ? Comme à Belfast ?


Un récent voyage en Ulster m’a fait découvrir ce que beaucoup ignorent. Les murs de Belfast sont toujours présents et même renforcés. Et si demain c’était ça B-H-V ?

Lorsque vous descendez du bateau dans le port de Belfast, on ne peut pas dire que c’est la grande foule. En quelques minutes vous arrivez dans le centre et là non plus, on ne se bouscule pas. Même à mi-juillet, les touristes sont peu nombreux. J’y étais le 18 juillet, soit 6 jours à peine après des incidents violents ….
Ce qui m’a interpellé, c’est que la situation qui existe actuellement en Irlande du Nord et plus particulièrement dans les quartiers de Belfast Ouest pourrait très bien se produire chez nous et plus particulièrement dans certaines des communes à majorité francophone et qui font partie de l’arrondissement de Bruxelles-Halle-Vilvorde.
Imaginez des communes comme Wemmel, Kraainem, Wezembeek-Oppem, Linkebeek, Drogenbos et Rhode-Saint-Genèse (majoritairement francophones) où de hauts murs sépareraient les quartiers flamands des autres ? Utopie, vue de l’esprit, dramatisation, diabolisation des Flamands ? Pas si sûr !

En effet, il ne faut pas perdre de vue que ces 6 communes où l’on accorde (avec difficulté) des facilités aux francophones, est encerclées par 29 communes purement flamandes. La situation actuelle, la crise gouvernementale pour ne pas dire la crise de régime est telle que la moindre étincelle pourrait enflammer cette région. Ne voit-on pas de plus en plus les mouvements extrémistes flamands (Voor Post, Taal Aktie Kommitee, Vlaams Belang et autres nostalgiques du VMO (Vlaams Militanten Oorde) aller régulièrement «ennuyer» les francophones de ces communes, «agresser» les élus de ces communes, tagguer les plaques signalétiques, les édifices publics, les maisons privées…sous l’œil passif de certains élus flamands dits démocrates et le silence complice de la presse néerlandophones.

Il y a 40 ans, comme journaliste, j’ai vécu sur le terrain, les affrontements dans les Fourons. J’ai vu ce dont les milices flamandes étaient capables. J’ai vu comment les forces de l’ordre flamandes étaient «impartiales» et de quel côté penchait le plateau de la balance de la Justice flamande. Si l’histoire devait se répéter, nous serions bel et bien en face d’un scénario à la nord-irlandaise des années 60. Déployons alors toute notre énergie pour que cela ne se produise pas.

Il y a 42 ans Belfast se murait

Je ne vais pas ici vous faire l’historique du problème nord-irlandais, vous le trouverez aisément sur Google ou dans n’importe quelle bonne librairie. Mais si vous pensiez que tout y était résolu depuis les accords du «Vendredi Saint» de 1998, vous avez tout faux.

Comme nous l’explique, Georges Ó D…. notre guide irlandais (qui souhaite que son nom n’apparaisse pas) : «C’est en 1969 que l’armée britannique, pour des raisons de sécurité et de facilité a fait ériger à Belfast-ouest, une peace-line entre le quartier républicain (Catholiques) de Falls Road et le quartier loyaliste (Protestants) de Shankill Road. Plus exactement entre Bombay Street et Cupar Way. A l’époque c’était une simple clôture de 8 mètres. Aujourd'hui, la structure impressionne: cinq mètres de ciment, plus trois mètres de métal opaque et encore six mètres de grillage. Au total : 14 mètres de béton et d'acier. C'est le mur le plus célèbre de la ville. Aujourd'hui, et malgré l'arrêt des violences, sauf celles du début de semaine, la zone est partiellement ouverte et toujours soumise à un couvre-feu. Les portes de la peace-line se ferment à 6 heures du soir et sont rouvertes à 8 heures du matin. Si je vous amène ici, c’est pour que vous puissiez inscrire, sur ce mur, quelques mots réconfortants pour celles et ceux qui vivent derrière et entre ces murs. Croyez-moi, je ne suis pas fier de ce qu’on a fait ici, mais il faut que vous le sachiez, il faut que tout le monde le sache. La semaine dernière, c’était comme si nous étions revenu 40 ans en arrière. Il n’y a pas eu de morts, mais les voitures brûlaient dans les rues et il y a eu plus d’une centaine de blessé chez les policiers…et on ne sait pas le nombre exacte chez les habitants…Depuis peu, les patrouilles de police sont mixtes, un catholique avec un protestant. J’espère que ça finira par porter ses fruits»

En nous racontant cet épisode, cet Irlandais, dont nous ne saurons pas s’il est catholique ou protestant, était visiblement ému et il a véritablement plombé l’ambiance de notre groupe de touristes francophones et néerlandophones.
Les Britanniques avaient pourtant annoncé la mesure provisoire en 1969. 42 ans plus tard, des habitants qui n’en ont rien à cirer des protestants ou des catholiques, qui veulent juste vivre en paix, appellent la «peace line» : «mur de la haine». Car aujourd’hui encore, lorsqu’un lotissement sort de terre, la première chose que l’on fait c’est de l’entourer d’un mur. En 1969, il n’y avait que la « peace line », aujourd’hui on compte près de 90 murs séparant quartiers catholiques et protestants. Au total, il y a près de 25 km de murs qui coûtent quelques 360.000 € par an au contribuable britannique, tandis que la partition de l’Irlande du Nord coûte 1,8 milliards d’euros à la Grande Bretagne.


Comparaison n’est pas raison

Sans donner raison à l’une ou l’autre partie, il y a quelques similitudes entre la situation à Belfast et les communes de BHV.

C’est chaque 12 juillet que commencent les cortèges orangistes (protestants défenseurs de la couronne britannique) qui dégénèrent en batailles de rues. Ces marches orangistes célèbrent la Bataille de la Boyne ayant permis à Guillaume III d’Angleterre, Prince d’Orange, de prendre possession de l’Irlande en 1690.

Chez nous, c’est le 11 juillet qu’à lieu la Fête de la Communauté flamande qui célèbre la Bataille des éperons d’Or en 1302. Il n’y a pas, heureusement encore, de cortèges qui dégénèrent. Mais restons vigilants.

Les murs de Belfast, qui apparemment n’émeuvent plus personnes au niveau du Parlement européen ont obligé des générations entières à vivre dans des ghettos avec les conséquences que l’on imagine aisément. Que ferait ce même Parlement européen si demain, des murs étaient érigés chez nous ?
Quand on sait que l’Europe ne s’est pas encore prononcée contre l’érection envisagée d’un mur entre la Grèce et la Turquie, qu’elle ne se presse pas pour abolir celui de Chypre et qu’elle ne moufte pas pour celui érigé en Israël…Mais comparaison n’est pas raison.

Heureusement que tous les Flamands ne sont pas aussi bornés et nationalistes qu'un De Wever ou fascisants comme Dewinter! C'est à espérer !





Photos prises à Belfast le 18 juillet 2010 de haut en bas :

- L'entrée de la peace-line

- Des murs de toutes tailles, partout et personne dans les rues un dimanhe à 11 h.

- Exemple d'une rue fermée avec passage contrôlé le soir.

- Le mur de la paix ou "mur de la haine" pour certains habitants avec ses messages d'espoir.

- Un joli quartier avec derrière le mur de 16 mètres qui le sépare des "autres"...

- Rue "Unioniste" où l'oeil du guerillero masqué et armé vous suit tout le long du chemin.

- Dans une autre rue "Unioniste", un témoignage que la haine de "l'autre" est omniprésente.

- En sortant de Belfast-Ouest, près du port, deux messages : l'un de paix, l'autre pour célébrer l'an prochain les 100 ans du Titanic.





Gaston LECOCQ