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Médias

Mis en ligne le 16/01/2011

Joseph Coppé nous a quitté.


C’était le jour de son 84e anniversaire ce dimanche 16 janvier. Il avait été éditorialiste de talent et rédacteur en chef du Journal «La Wallonie». Je lui dois 44 ans de carrière journalistique. Merci Joseph…

Né à Liège, le 16 janvier 1927 dans une famille ouvrière d’Outremeuse, Joseph Coppé a été, durant sa longue carrière de journaliste apprécié au-delà des clivages idéologiques, un éditorialiste politique reconnu et le rédacteur en chef emblématique du journal «La Wallonie» à l’influence indéniable tant dans le monde syndical et socialiste que dans la sphère du mouvement wallon.
Joseph Coppé s’est éteint ce dimanche 16 janvier 2010, affaibli par la maladie mais dans l’affection et l’amour des siens.

Grande carrière, grand combat jamais abandonné…

Collaborateur avec d'autres jeunes liégeois à l’organisation du premier Congrès national wallon en 1945, il fut engagé comme journaliste à « La Wallonie » par le syndicaliste et ancien parlementaire socialiste Isi Delvigne. Au sein de cette rédaction liégeoise, il rencontra des personnalités politiques et syndicales telles que Hubert Rassart qui lui fit connaître les subtilités du combat politique, Fernand Dehousse qui lui apporta une vision internationale ou Freddy Terwagne avec lequel il partagea une réelle et sincère amitié.
C’est cependant, le nouveau Directeur général du quotidien des métallos liégeois, le flamboyant André Renard qui va le marquer et l’influencer le plus, notamment par la modernité de son engagement syndical, son langage clair et son charisme. Il deviendra l’un de ses très proches collaborateurs et à ce titre fera, par ses articles, la promotion des fondements du « renardisme » comme l’indépendance syndicale, le contrôle ouvrier, les réformes de structure ou le fédéralisme. De la sorte, il participa activement aux événements exceptionnels que furent la « Question royale », la « Question scolaire » et bien entendu la « Grève du siècle » en 1960-61.

Un rédacteur en chef humain et moderne

Après un passage comme attaché de presse au Cabinet du Ministre des Travaux publics, le Serésien Jean-Joseph Merlot, il réintègre, en 1962, le journal « La Wallonie » pour y diriger sa rédaction. Sous les présidences de Robert Lambion (1962-1976) et de Robert Gillon (1976-1988), il s’efforça de moderniser l’image du quotidien liégeois en y insérant de jeunes signatures, permanentes ou occasionnelles dans le cadre de tribunes du progrès, comme celles d’André Cools, de Jean-Maurice Dehousse, de Guy Mathot ou celle d’Alain Vanderbist dans un original billet littéraire. La modernisation qu’il insuffla au journal se manifesta notamment par un ancrage local plus diversifié, par le lancement d’une chronique religieuse tenue entre-autres par le théologien Gabriel Ringlet et par une offre culturelle plus en phase avec les attentes des lecteurs d’alors en créant de nouvelles rubriques consacrées au cinéma, aux arts plastiques sous la plume de Jacques Paris, à la bande dessinée tenue par Franklin Dehousse.
Pour donner plus de relief à ces efforts visant une diversification du contenu, Joseph Coppé, sous la direction de Robert Gillon (1976-1988) mena à bien avec celui-ci les évolutions technologiques dont le passage du plomb à la photocomposition et l’apparition de la quadrichromie ainsi que la création de la station FM du journal, « Radio Liège », dans les années ‘80.
Pour les 50 ans du journal, en 1969, Joseph Coppé coordonna la réalisation d’une édition spéciale du quotidien qui comportait 248 pages d’actualité et d’Histoire ce qui constitue toujours un record en Belgique. Sa longévité lui permit de former des générations de jeunes journalistes dont tous ont gardé de lui le souvenir d’une personnalité tout à la fois discrète, intègre et chaleureuse. Le monde de la presse écrite, au-delà de son journal, était devenu pour lui une seconde famille. Il fut d’ailleurs président de la section liégeoise de l’Association des Journalistes Professionnels de Belgique et à ce titre fut l’un des fondateurs de la Maison de la Presse de Liège.

Un vrai homme de gauche…c’est rare jusqu'au bout

Politiquement, ses convictions d’homme de gauche furent celles d’une vie, même s’il quitte temporairement le Parti socialiste belge quand celui-ci prononce, au début des années ’60, l'incompatibilité entre l'appartenance au PSB et au Mouvement populaire wallon. Durant la campagne électorale de 1985 et en compagnie de Robert Gillon, il réintègre le Parti socialiste parce que Guy Spitaels lui avait imprimé une ligne aux accents wallons plus significatifs et plus en rapport avec ses convictions fédéralistes.
Pendant près de 45 ans, il s’attaqua, dans ses articles, au système capitalisme à ses dérives et fut l’un des plus vifs pourfendeurs des partisans du néolibéralisme. Respecté humainement par tous ceux dont il n’hésitait pas à analyser, sans complaisance, l’action politique, il était l’auteur d’éditoriaux attendus avec intérêt autant par le lecteur, militant ou non, que par les spécialistes de la politique.

Celui auquel je dois ma carrière de journaliste

La mort de Joseph Coppé, même si on s’y attendait depuis plusieurs mois m’a, ce dimanche, frappé comme un coup de massue…Car si j’ai pu, pendant 40 ans, exercer cet extraordinaire métier qu’est celui de journaliste, c’est à Joseph Coppé que je le dois.

Petit retour en arrière. C’était le 15 mars 1965. Par un concours de circonstance assez singulier, je suis entré au service du «Journal La Wallonie» en qualité d’employé aux abonnements. Alors que j’avais rêvé toute ma jeunesse de devenir chimiste (j’avais d’ailleurs commencé des études dans ce domaine), des raisons familiales m’ont obligé à trouver du jour au lendemain, du travail, n’importe lequel pour autant que je sois plus en charge de la «famille». A 18 ans à peine, lorsque l’on entre dans un journal, on se met aussitôt à gamberger et à penser au métier de journaliste. De 1965 à 1968 je n’ai cessé, lorsque l’occasion se présentait, de me faufiler à la rédaction, pour savoir comment on pouvait y arriver. Joseph Coppé m’a toujours reçu très cordialement, ne m’a jamais rejeté. En juillet 1968, il m’a appelé dans son bureau pour me demander si j’étais d’accord de travailler pour lui au service «documentation». Que c’était une bonne voie pour la rédaction. J’ai évidemment accepté et, du jour au lendemain je me suis mis au travail, suivant l’actualité et préparant des dossiers que les journalistes en place pouvaient utiliser le moment venu. Pendant toute cette année 1968, Joseph et moi avons eu beaucoup de discussions sur la manière de travailler. Pas vraiment sur le fond (nous avions les mêmes affinités politiques, les mêmes aspirations démocratiques) mais plutôt sur la forme. En 1969, à l’occasion de la parution du numéro spécial pour les 50 ans de La Wallonie, Joseph Coppé me donne vraiment ma chance. Pour ce numéro vraiment extraordinaire (voir plus haut), Je dois réaliser deux dossiers (qui représentent deux pages complètes) sur l’histoire des banques liégeoises et celle de l’industrie pétrolière en Belgique. J’ai carte blanche. Je fais alors du véritable reportage sur le terrain. Je vois des spécialistes et des acteurs du monde bancaire et pétrolier un peu partout. Résultat : 4 pages signées dans le numéro spécial de 248 pages. J’avais aussi donné un coup de main à un camarade, qui avait rédigé des articles sur la conquête spatiale. Après cet essai, Joseph me faisait définitivement descendre à la rédaction. Je n’avais pas encore le droit de porter le titre de journaliste, mais ce que j’y faisais, c’était tout comme. C’est ainsi que jusque fin 1972, j’ai pu toucher à toute une série de domaines : faits-divers, théâtre, musique, la suite de la conquête spatiale, faits de société etc…Je devais me débrouiller lorsque je proposais un sujet. Joseph Coppé n’a jamais cessé de me prodiguer ses critiques (toujours constructives et justifiées) et ses conseils dont j’avais toujours bien besoin. C’est grâce à lui si j’ai pu rencontrer Barbara, Mikis Theodorakis, Raymond Devos, des lauréats du Concours Reine Elisabeth, des grands noms de l’astrophysique liégeoise etc…Fin 1972, pour des raisons purement économiques, j’ai quitté «La Wallonie» pour «La Meuse». C’est avec regret que j’ai quitté La Wallonie et je ne pouvais être qu’en bons termes avec Joseph Coppé, car c’est à lui que je devais d’avoir été «remarqué» par un concurrent. Lorsqu’en 2000 j’ai créé «Proxi-Liège», Joseph Coppé et moi, nous nous sommes revus à de multiples reprises. C’était toujours très chaleureux et si nous ne parlions pas du passé, Joseph ne ratait jamais l’occasion de me demander des nouvelles de mon nouveau boulot.

Aujourd’hui, c’est un peu comme si j’étais devenu orphelin.
Je ne peux que dire : « Merci Joseph. Ce n’est pas le pied à l’étrier que tu m’as mis il y a plus de 44 ans. C’est véritablement d’apprendre à chevaucher ce cheval fou qu’est ce sacré métier de journaliste. Que serais-je aujourd’hui sans toi devenu?».

A son épouse, à son fils Michel, à ses proches et à ses amis, je présente ma plus profonde et sincère sympathie.





Gaston LECOCQ - (Photos Gérard Guissard)