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Reportage

Mis en ligne le 20/09/2010

A Liège, la fête de la Wallonie, c’est sacré (2/2)

Discours particulier du bourgmestre Willy Demeyer : émotion, pragmatisme, visionnaire…Mais où était la presse liégeoise ?


Comme chaque année, le dimanche des Fêtes de Wallonie à Liège, le bourgmestre de la Cité ardente invite, à cette occasion, mais aussi pour commémorer les événements de 1830, toute la classe politique liégeoise, les décideurs, les forces vives et les citoyens à son discours de rentrée, mais aussi à boire le verre de l’amitié. Cette année, comme l’an dernier (en cause des travaux de rénovation de l’opéra) cette manifestation protocolaire et artistique, avait lieu dans la salle du Forum. Près de 600 personnes avaient répondu à l’invitation, mais les deux rangées destinées à la presse, qu’elle soit locale ou nationale, était désespérément vides, excepté la place occupée par votre serviteur et la présence du rédacteur en chef de RTC, Jacques Mertens. Quelques photographes sont néanmoins passés en coup de vent…Je trouve cela particulièrement choquant lorsque l’on connait les demandes pressantes et réitérées des rédacteurs en chef de ces organes de presse se lamentant auprès des politiques pour qu’ils trouvent des solutions pour soutenir la presse locale particulièrement.Suite à cet article, une journaliste de la Gazette de Liège, me prie de signaler qu'elle se trouvait à l'arrière de la salle lors du discours du bourgmestre. Dont acte...Mais quand même, lorsqu'il y a des places réservées pour la presse, c'est je crois, la moindre des politesses de les occuper. Cela éviterait bien des interrogations.

Ceci étant dit, la séance de ce dimanche 19 septembre était particulière. En effet, comme les années précédentes si la présentation de la partie artistique de l’événement était toujours assurée par José Brouwers, le directeur et vaillant animateur du Théâtre de l’Arlequin, nous n’avons pas eu droit à notre séquence «Café liégeois».On comprendra pourquoi lorsque José Brouwers, au bord des larmes, rendra hommage à Thierry Enckels, l’incontournable et pilier central de ce «Café liégeois» dans son rôle de Madame Bémol (la photo ci-dessous prise l’an dernier)et décédé il y a quelques mois. José Brouwers fidèle à lui-même présentera (parce que le spectacle doit continuer) l’Ensemble Orchestral Mosan de Stavelot, dirigé par Jean-Pierre Hack de l’OPL et qui accompagnera le Chœur des Femmes du Grand Théâtre de Verviers qui interpréta des medleys de chansons françaises et anglo saxonnes de notre époque.

Il nous présentera aussi Astrid (12 ans) et Martin (14 ans) de jeunes espoirs du Théâtre communal wallon du Trianon qui ont brillamment interprété des saynètes de Paul-Henri Thomsin, ainsi que Nicolas Pick, excellent chanteur franco-wallon du Trianon également. Après cet excellent intermède de trois bons quarts d’heure, Willy Demeyer, bourgmestre de Liège et vice-président du Sénat, se lança dans son discours annuel, un discours emprunt d’émotion, mais aussi de pragmatisme et d’une pincée de visionnaire…


Emotion d’abord

«Les Fêtes de Wallonie à Liège ne seront plus jamais les mêmes. Jusqu'à l'an dernier, le Théâtre de l'Arlequin nous proposait une magnifique interprétation de son Café Liégeois le dimanche matin, lors de notre traditionnelle réunion. Au centre de la scène, se tenait un personnage typiquement liégeois, à l'accent savoureux et aux réparties pleines d'humour, dans lesquelles chacune et chacun d'entre-nous se retrouvaient. Aujourd'hui, Thierry Enckels, Madame Bémol, n'est plus.
En notre nom à toutes et à tous, je voudrais saluer la mémoire de l'artiste et dire que nous ne l'oublierons jamais. Je tiens également à remercier Monsieur José Brouwers, récemment distingué en qualité de citoyen d’honneur de la Ville de Liège, qui relève le gant et assure la présentation de cette matinée des Fêtes de Wallonie à Liège.
Comme l'on dit dans le milieu, le spectacle continue, avec l’Ensemble orchestral mosan et les artistes liégeois. »
«Il y a un an, nous n'imaginions pas que deux événements, certes très différents, allaient à ce point marquer l'année 2010.
Le premier est encore dans toutes les mémoires des Liégeoises et des Liégeois.
Le 27 janvier, à 1h 48, Liège a tremblé sur ses bases. Une terrible explosion survint, au coeur même de la Ville, à l'arrière de la Violette. Le bilan humain est effroyable, 14 personnes y perdent la vie, sans compter les nombreux blessés et toutes les personnes touchées. Permettez-moi d'avoir une pensée particulièrement émue pour eux et pour leurs familles, auxquels je désire associer les victimes de l'accident de travail de ce mardi sur le chantier jouxtant la Médiacité.
La catastrophe de la rue Léopold a été l'occasion d'une mobilisation sans pareille.
Les pompiers, les policiers, la division d'identification des victimes, la protection civile, le personnel administratif et technique de la Ville et du CPAS, l'ensemble des niveaux de pouvoir, fédéral, communautaire, régional, provincial, les intercommunales, les hôpitaux, la magistrature.
Toutes et tous se sont immédiatement coordonnés, rejoints en cela par la population toute entière. Cette solidarité a permis, dans un premier temps, de sauver des vies.
Dans un second temps, le travail collectif a favorisé le retour du quartier à la vie normale et nous aide à panser la plaie béante encore visible au coeur de la Cité.
Soyez toutes et tous remerciés car vous avez, ensemble, démontré le sens d'un service public global, intégré, moderne.»
«Je voudrais pour ma part en tirer deux conclusions : on ne peut se passer de service public correctement financé ; il appartient à chaque responsable, à chaque agent de veiller à l'efficience, c’est-à-dire à l'efficacité au moindre coût, de ce service public.»

Pragmatisme

Willy Demeyer n’a pas profité, comme ses collègues de Namur et de Charleroi, pour encore, au climat infect qui pollue la politique belge, ajouter de l’huile sur le feu. A ce sujet, le bourgmestre de liège, fit à mon sens, preuve de beaucoup de maîtrise mais également de pragmatisme.
«Un autre événement, d’une toute autre nature, est également survenu au cours de l'année : la tenue d'élections fédérales anticipées suite à l'impossibilité, au sein du Gouvernement Leterme, de régler le dossier qui empoisonne la vie politique belge depuis des années : j’ai cité BHV.»
«Nous avons voté le 13 juin avec, en toile de fond, le devenir du pays. En Flandre, c’est le parti de Monsieur De Wever, la NVA qui l'a emporté. En Wallonie, le parti socialiste en a fait de même. Aujourd'hui, où en sommes-nous ?
La situation est délicate. Je le dis avec force : la Belgique doit poursuivre son histoire car elle apporte, pour tous les citoyens flamands, bruxellois et wallons, une réelle valeur ajoutée. Au cœur d’un état fédéral redessiné, la Wallonie est prête à exercer de nouvelles responsabilités ! »
«En cette année de 30ème anniversaire, il faut se remémorer tout ce que la régionalisation a apporté au Pays de Liège, à ses citoyennes, à ses citoyens.
Le financement de grandes infrastructures et celui des pouvoirs locaux, la rénovation du patrimoine, la dynamisation économique et industrielle, la politique environnementale… bref tous les pans de la vie en société. J’entends des inquiétudes formulées quant à l’avenir.»
«Nous devons être confiants. Ne pas avoir peur. Nous ne manquons pas d'atouts ! Et ils ne sont pas négligeables ! Comme les partenaires sociaux wallons, je constate que la Wallonie présente des caractéristiques réellement encourageantes. Nous avons, à condition qu'il soit maîtrisé, l'espace nécessaire à l'accueil des investisseurs. Notre population est jeune. Nous exportons dans le monde entier nos productions et nos services. Sous la houlette de Jean-Claude Marcourt, le plan Marshall, cet accélérateur de la reconversion wallonne,... ça marche ! En effet, depuis quelques années, l’économie wallonne se redresse incontestablement et durablement, la Wallonie étant par exemple reconnue comme la première région logistique d’Europe.»
«La pire des choses serait de ne pas avoir confiance en nos propres capacités.
Je ne peux m’empêcher à cet égard d’établir une comparaison avec le Pays de Liège.
Cela fait quelques années à présent que nous avons pris notre avenir en mains.
Les résultats sont là : - le TGV fait arrêt dans notre Cité au coeur d'une gare dont l'architecture est admirée par le monde entier; - l'aéroport ne cesse de se développer;
- le port autonome, plus que jamais classé dans le trio de tête de l’Europe fluviale, enregistre des chiffres de fréquentation remarquables que le Trilogiport multipliera;
- notre Université jouit d'une renommée internationale; au cœur de ce Pays de Liège, notre Cité bouge également !»

«Avec des finances assainies et de nouveaux équipements collectifs, Liège se redéveloppe grâce, tout d’abord, au travail acharné de mes collègues du Collège communal. En 2008, le Musée de la Vie wallonne, le cinéma des Grignoux, le Country Hall. En 2009, le Grand Curtius, la gare des Guillemins, la Médiacité.
En 2010, nous avons lancé les travaux de l’Opéra et bientôt ceux de la patinoire olympique et du nouveau théâtre de l’Emulation. Sans oublier la nouvelle place des Guillemins et le nouveau Musée d’Art moderne qui confirmera l’importance de la culture à Liège. Parallèlement, la Conférence des Bourgmestres de l’Agglomération a obtenu du Gouvernement wallon le retour du tram en région liégeoise.
Le Ministre Henry se concerte avec les villes concernées pour inscrire ce retour du tram dans la réalité dès 2017. Réalité centrale d’un plan de mobilité qui doit concerner tout notre arrondissement.»

Visionnaire

«Mon ambition pour Liège est de voir un jour notre région redevenir une des premières régions d’Europe. Comme elle l'a été jadis... rappelons-nous dans l’histoire récente, l'Exposition universelle de 1905, l'Exposition internationale de 1930 ou encore celle de 1939. Aujourd'hui, c'est un autre défi que nous nous lançons !
Les forces vives politiques, économiques, syndicales, académiques, scientifiques, avec un soutien populaire perceptible, se sont lancées dans une grande aventure.
Celle-ci doit permettre au Pays de Liège de retrouver son rang au travers d’une candidature à une exposition internationale en 2017.
Il y a dix ans, même dans nos rêves les plus fous, nous n'aurions pas été en mesure de songer à proposer à nouveau la candidature de Liège à l'organisation d'une telle exposition. Je constate aujourd’hui que tout le monde adhère à l’idée et la soutient tant la démarche est logique, cohérente, mobilisatrice.
Avec vous, je m'en réjouis et je remercie tous les responsables politiques liégeois qui ont soutenu l’initiative et je voudrais citer particulièrement :
Jean-Claude Marcourt, Didier Reynders, Michel Daerden, Melchior Wathelet, Marie-Dominique Simonet, Philippe Henry, André Gilles et l’ensemble de la Députation provinciale, ainsi que mes collègues bourgmestres.»
«Au terme de mon intervention, je vous propose de fermer les yeux et d'imaginer avec moi que nous sommes au centre d'un Herstal rénové. Nous y prenons le tram en direction de Coronmeuse où nous visitons l'exposition 2017. Nous remontons ensuite dans le tram, direction Liège. Pénétrant, par Féronstrée, dans le coeur historique de l'ancienne Principauté, nous longeons le Grand Curtius et le Musée de la Vie wallonne pour rejoindre la place Saint-Lambert. Plus loin, nous découvrons un Théâtre Royal rénové, les bâtiments du centre-ville réoccupés par l'Université, les hôtels, les boulevards, le quartier des Guillemins. Là-bas, nous descendons à nouveau du tram pour traverser la place, rejoindre l'esplanade, les rives, la passerelle, le Centre International d'Art et de Culture, la Médiacité, les bâtiments de la RTBF et la patinoire olympique. Nous regagnons la gare pour reprendre le tram et passer devant le nouveau stade du Standard et enfin arriver dans un Seraing transformé selon son master plan.»
«En rouvrant les yeux, Mesdames, Messieurs, voilà l'avenir que je vois pour notre Ville, pour notre région liégeoise, pour nos enfants. Travaillons-y, chacun à notre niveau ! En travaillant pour Liège, nous travaillons pour la Wallonie!»

William Shakespeare aurait dit : «Ils ont échoué parce qu'ils n'avaient pas commencé par le rêve.» Et s’il avait raison de croire en ces rêves. C’est tout le mal qu’on peut souhaiter à notre bourgmestre et tant pis pour les Cassandre et les poseurs de peau de banane en tous genres. Liège n’est pas un bac à sable et il serait temps de sonner la fin de la récréation…





Gaston LECOCQ