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Musique

Mis en ligne le 18/11/2005

Entendu pour vous à l’O.R.W. : « Luisa Miller ».

Nous avons déjà présenté le mélodrame tragique en trois actes « Luisa Miller » mis en musique par Giuseppe Verdi, sur un livret de Salvatore Cammarano, d’après une pièce de Schiller, opéra qui fut créé à Naples en 1849 et qui est, pour la première fois, présenté par l’Opéra Royal de Wallonie, au Théâtre Royal de Liège, dans une production de l’Opéra de Montpellier, ces vendredi 18, mardi 22, jeudi 24 et samedi 26 Novembre 2005 à 20 heures ainsi que ce dimanche 20 Novembre à 15 heures.
Lors de la répétition générale, avant la première de ce spectacle, nous avons été agréablement surpris par la qualité de l’œuvre.
Certes « Verdi c’était le mélodrame », comme l’écrivait Claudio Sartori dans la classique « Histoire de la Musique » élaborée sous la direction de Roland-Manuel.
On peut sans doute contester quelque peu la transcription de la pièce de Friedrich Schiller « Kabale und Liebe » mais on doit reconnaître que le maître taciturne du bel canto au XIXème siècle a réussi la transition entre ses premières compositions chorales de masse et, ici, le romantisme psychologiquement plus raffiné de personnages plus complexes.
« Luisa Miller » (1849) annonce déjà « Rigoletto » (1851), « Le Trouvère » (1853) et surtout – la même année 1853 - « La Traviata ».
Il est vrai que la vie de Verdi fut longue (il mourut à 88 ans et, lors de ses obsèques, quelqu’un dans la foule immense entonna le chant des esclaves hébreux de « Nabucco » : « Va, pensiero, sull’ali dorate… » et cette mélodie, composée un demi siècle plus tôt par le Maestro, vola de milliers de bouches en milliers de bouches). Dès lors son œuvre, malgré des interruptions, s’avère très abondante (notamment vingt-huit opéras).
Mais malgré cette abondance, on comprend mal qu’une scène lyrique de la vitalité de celle de notre Cité (la Ville de Liège devint propriétaire du théâtre royal en 1852, trois ans après la création de cet opéra de Verdi) n’ait pas, avant cette année, programmé cette « Luisa Miller » qui, loin de n’être qu’une curiosité historique, s’avère être un Verdi de très bonne qualité.
Dans la production de l’Opéra de Montpellier, l’Orchestre et les Chœurs de notre Opéra trouvent des partenaires à leur hauteur.

Les trois rôles principaux dévolus à des artistes remarquables

Le rôle titre – celui de Luisa, bien sûr - est parfaitement assumé par une jeune et séduisante chanteuse révélée au début de ce millénaire à Buenos-Aires lors du concours Operalia encouragé par Placido Domingo. Pour ses débuts à Liège, elle s’est affirmée avec une justesse et une sûreté de voix impeccables et une grâce naturelle : Virginia Tola se révèle donc déjà comme apte à devenir une grande cantatrice.
L’incarnation de Rodolfo (avec qui Luisa se suicidera) a été dévolue à un chanteur qui a aussi traversé les océans puisqu’il est originaire de l’île de Hawaï. Keith Ikaia-Purdy est arrivé en Europe, via les U.S.A,. en 1989 et, depuis mai 1992, il a notamment donné 230 représentations de 22 rôles au célèbre Staatsoper de Vienne. Et (ce que sa notice biographique ne dit pas) il est venu à Liège il y a onze ans chanter Edgardo dans « Lucia di Lammermoor » de Donizetti. Assurément moins juvénile que Viriginia Tola, Keith Ikaia-Purdy affirme non seulement sa maturité vocale mais aussi une force de séduction incontestable.
Marcel Vanaud (sur la photo avec Virginia Tola) effectue une prise de rôle pour le personnage du père de Luisa : le vieux soldat Miller. Issu des Conservatoires de Bruxelles et de Liège, ce baryton à la carrière internationale prestigieuse est, à juste titre, un des enfants chéris du public liégeois auquel il a donné de multiples occasions de l’applaudir, notamment dans « La mort de Danton », dans « Nabucco », dans « Ezio/Attila », dans « Il Trovatore », dans « La Tosca » dans « Andrea Chénier », dans « La Traviata », dans une autre prise de rôle : celle du Hollandais dans « Le Vaisseau Fantôme », dans les rôles-titre de « Rigoletto » et de « Simon Boccanegra », dans « La forza del Destino » et dans « I Masnadieri », etc… Il y a dix ans déjà Marcel Vanaud enregistrait avec l’Orchestre de l’Opéra Royal de Wallonie un « C.D. » des « grands airs » de Verdi. Cette fois, il entre avec un naturel parfait dans la peau d’un père désespéré parce qu’aimant. Nul doute que cette composition lui vaudra, à Liège et ailleurs, un nouveau succès pleinement mérité. Il reste en effet en pleine possession d’un talent rayonnant.
Les autres rôles – ceux de personnages plus noirs et donc a priori moins sympathiques – sont remplis par des artistes qui se hissent au niveau des premiers rôles : nous avons découvert avec plaisir la cantatrice italienne Laura Brioli qui a croisé à ses débuts (il y a une petite dizaine d’années) un chef très apprécié chez nous : le rossinien Alberto Zedda. Elle s’affirme comme une interprète verdienne sans faille, ni vocale, ni dramatique. Une diva dont la demi douzaine de « C.D. » témoigne d’ailleurs d’un talent multiple.
Magali Mayenne, Wojtek Smilek, Léonard Graus et Guy Gabelle complètent cette excellente distribution. Ce sont des artistes que l’on a déjà vu à l’œuvre sur les planches de l’O.R.W., Léonard Graus étant même de longue date une cheville ouvrière de notre scène. Aucun ne déçoit.
La direction musicale de Giuliano Carella (diplômé du Conservatoire Giuseppe Verdi de Milan qui avait déjà conduit l’orchestre de l’O.R.W. dans « I Capuletti e i Montecchi » ainsi que dans « Suor Angelica » et « I Pagliacci ») permet aux musiciens qui viennent de quitter Wagner de retrouver avec un plaisir non dissimulé le grand répertoire lyrique italien.
La mise en scène et en lumières du directeur du centre dramatique national de Montpellier Jean-Claude Fall est sobre et efficace. Les décors du peintre et scénographe Gérard Didier s’avèrent romantiques tout en se révélant ingénieux lors des transitions entre un plan incliné et la muraille du sévère château du Comte tyrolien. Agostino Cavalca, Martine André, Mariano Rivas, Luc Sabot et Hubert Arvet-Thouvet contribuent - grâce à leurs costumes, à leurs lumières et aux assistances qu’ils apportent à la direction musicale et à la mise en scène - au succès de la création à Liège d’une œuvre de Verdi qui n’a rien de mineure et, donc, qui nous manquait.

Les réservations s’effectuent au 04/221.47.22 (Voir aussi le site http://www.orw.be)





Jean-Marie Roberti