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Théâtre

Mis en ligne le 15/08/2010

VU POUR VOUS : à Spa (suite et fin) - Un Festival de théâtre "Royal", aux salles pleines mais aux poches vides.

Au moment où se termine le 51ème Festival de Théâtre de Spa – devenu « Royal » comme tout bon quinquagénaire, bien après le Gymnase de Charles Joosen et l’Opéra d’André D’Arkor, après le Théâtre de l’Étuve de Polo Deranne ou dans un autre répertoire le Standard Club Liégeois et sans doute avant l’Arlequin (dont le Directeur José Brouwers mériterait à lui seul, telles les marionnettes de la République Libre d’Outremeuse, une distinction impériale) nous avons encore «vu pour vous» quatre spectacles dont deux à acteurs uniques, un où une chanteuse était accompagnée d’un pianiste et enfin – the last but not the best – une calamiteuse production bruxelloise à trois grosses têtes. Pourquoi six comédiens pour six représentations de trois spectacles ? Parce qu’en plus de la réduction du nombre de jours et d’œuvres, si la fidélité du public mélangeant Spadois et vacanciers permet de maintenir des salles combles, par contre l’existence même de ce Festival en Wallonie risque de se voir compromise par une stagnation budgétaire qui constitue en fait un rabotage des subventions publiques par une communauté française qui (malgré la localisation des institutions culturelles malheureusement restées fédérales) continue à privilégier la centralisation bruxelloise tant dans le secteur des théâtres que dans celui de l’audiovisuel (RTBF). Et quand on égratigne la Ministre anderlechtoise, on se fait traiter d’anti-maghrébin ce qui est faux et ridicule.

De Léonil à Lucienne en passant par Geneviève.

Léonil McCormick (né quelques mois après la Libération d’un père d’origine anglo-saxonne) est incontestablement une des valeurs sûres des scènes bruxelloise puis brabançonne en fondant à Ittre en 1988 le Théâtre de la Valette. Il a fort bien interprété les monologues d’un vieux curé d’un petit village namurois mais ce texte voulant refléter un monde dépassé et désormais disparu ne nous est pas apparu d’un grand intérêt.
Quant à la représentation musicale de la chanteuse Geneviève Voisin accompagnée au piano par Philippe Libois, elle se présentait sous un titre racoleur : « Amour et Grivoiseries ». Plusieurs textes signés Boris Vian ou Charles Baudelaire, Sacha Guitry ou Jean Ferrat ne manquaient ni de qualité, ni de poésie mais leurs interprétations entrecoupées par celles de chansons plus faciles et souvent plus vulgaires n’avaient rien de transcendant.
Par contre, la performance réalisée par la Liégeoise de Paris (à chacun sa capitale culturelle, ni Bruxelles ni Mons n’apparaissant crédibles à cet égard sur les bords de la Meuse) qu’est Lucienne Troka cette comédienne et chanteuse que Jean-Louis Grinda rappela opportunément sur la scène du Royal (pour le Titanic, My Fair Lady et – Molière 2001 – Chantons sous la pluie ) sort assurément de l’ordinaire par l’heureuse rencontre d’un grand texte et d’une grande artiste voulant vraiment servir celui-ci.
« Shirley » est l’adaptation par Caroline Loeb également metteuse en scène, des carnets autobiographiques parisiens de 1954 à 1980 de l’artiste peintre américaine Shirley Godfarb. Tendre ou cruel, précis ou obsessionnel, dur ou pathétique , le monologue tiré de ces « carnets Montparnasse » fait revivre non seulement un monde artistique majeur aux débuts de la seconde moitié du siècle dernier mais aussi une femme parfois solitaire et désespérée, poignante dans sa lutte lucide et souvent ironique contre le cancer qui l’emporta. Lucienne Troka incarne véritablement Shirley Godfarb dont la jeune amie Caroline Loeb écrit : « … à la première à Liège, j’ai cru voir un fantôme ». Bel ouvrage vraiment que ce Shirley par Lucienne.

Le belgicanisme de Brusseleers «botrouliques».

La «Comédie Claude Volter» produit «Il était une fois la Belgique» d’après «Le Mal du Pays : Autobiographie de la Belgique» de Patrick Roegiers, mise en scène par Vincent Dujardin interprétée par Michel de Warzée, Nicolas Pirson et Philippe Vauchel. Nous n’avions encore jamais subi un tel déferlement de belgicanisme à la sauce de Brusseleers caractérisés (pour parler liégeois) par leur «botroulisme» aveugle (traduction française : nombrilisme, égocentrisme). Puisque pour eux (tarte au riz de Verviers et feu le Tournaisien Luc Varenne exceptés) la Wallonie n’existe pas du tout et que leurs onomatopées sont tirées de la langue de Vondel, ces bons Belges de la Capitale de l’Union européenne, de la Capitale du Royaume de Belgique, de la Capitale de la Communauté flamande, de la Capitale de la Communauté française et de la Capitale de la Région de Bruxelles…Capitale, mettent paradoxalement et par l’absurde en valeur leurs profondes racines flamandes. Pour Roegiers Brel serait un bon Belge comme d’ailleurs pour la propre fille de celui-ci, France (qui devrait s’interroger sur la signification du choix de son prénom). Qu’ils aillent demander au Professeur François Perin la disponibilité de Jacques Brel quand il voulut appuyer le Rassemblement wallon, ils seront amenés s’ils sont honnêtes, à reconnaître l’opposition totale de Brel à une Belgique à majorité dominante flamande. Une telle pièce n’a vraiment rien de drôle quand on tient compte de l’image débile qu’elle diffuse du pays d’Hugo Claus et de Georges Simenon, de grands peintres flamands ou de grands musiciens wallons.
Ce texte décousu, ne reculant devant aucun effet facile, souvent gras et vulgaire nous fait penser (balayons devant notre propre porte) à un ministre actuel de chez nous dont les prestations souvent alcoolisées sont, elles, facilement télévisées et relayées par internet. Plus sa réputation internationale monte, plus celle de la Wallonie descend. C’est une erreur de programmer ce spectacle Roegiers à Louvain-la-Neuve. Cela attirera sans doute du monde comme le ferait une conférence-dégustation du Ministre évoqué qui viendrait parler de l’impact vinicole dans les campagnes électorales personnalisées. Mais dans un cas comme dans l’autre c’est culturellement indigne de Jean Jaurès ou d’André Renard, de Jean Vilar ou de Jacques Huisman ou de Billy Fasbinder dont la mémoire nous a été opportunément rappelée.





Jean-Marie ROBERTI