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Théâtre

Mis en ligne le 12/08/2010

VU POUR VOUS : Théâtre à Spa : ouverture étincelante (les étoiles étant Bir, Van Snick et Van Vyve) d’un Festival ... «royal».

Nous imaginions qu’Armand Delcampe – meilleur comédien, metteur en scène et directeur de théâtre en Wallonie au XXème siècle car fidèle aux options du patron du T.N.P., Jean Vilar – était, comme celui-ci, un ardent Républicain. L’émotion qu’il ressentit quand le Gouverneur de la Province de Liège Michel Foret, en l’absence de tout responsable actuel de la Communauté française (seuls étaient présents les anciens ministres Valmy Féaux et Jean-Pierre Grafé) lui remit, à l’ouverture du 51ème Festival de Spa, le titre de « royal » pour la manifestation qu’il organise, nous étonna.
Cette émotion devrait lui valoir l’honneur de concevoir et de mettre en scène un grand spectacle au Palais de Chaillot à Paris. Cinquante huit comédiens y incarneraient les cinquante huit représentants des cinquante huit Etats membres qui constituaient le 10 décembre 1948 l’Assemblée générale des Nations Unies. L’apogée de cette journée historique serait bien entendu l’adoption unanime en ce haut lieu démocratique de la Déclaration universelle des Droits de l’ Homme. Mais la mission la plus intéressante d’ Armand Delcampe consisterait à faire réciter d’une même voix aux délégués de pays comme le Royaume Uni, la Suède, le Danemark, les Pays-Bas, la Norvège , la Belgique et autres Grand-Duché, le paragraphe deux de l’article 21 de cette déclaration : «Toute personne a droit à accéder, dans des conditions d'égalité, aux fonctions publiques de son pays» Ceux qui sont à la fois partisans de qualifications royales et de mise en pratique des droits de l’homme devraient en effet d’abord nous convaincre que les Chefs d’Etat ne remplissent pas de fonctions publiques.
Ensuite rappelons une absence pire que celle de responsables en vacances: celle des moyens minima pour un tel Festival (notre Communauté préférant, par exemple, donner beaucoup plus à une organisation d’affirmation identitaire flamande à Bruxelles comme le Kunsten-festival-des-arts fondé par Mevrouw Frie Leysen, les subventions 2006 étant de 428.926 € pour le Kunsten - déjà largement financé directement et indirectement par la Flandre - et 240.451 € pour Spa, les chiffres ultérieurs ne nous étant pas connus, la Communauté française refusant de renouveler les contrats-programmes venus à échéance fin 2006). Cette communauté préfère, semble-t-il, demander constamment aux seuls Wallons de la refinancer pour lui permettre de largement privilégier Bruxelles que ce soit dans le secteur des théâtres ou de l'audiovisuel en recentralisant la R.T.B.F..
Revenons-en cependant, ce vendredi 6 août 2006, au théâtre à Spa. Les deux représentations d’ouverture furent mieux que royales: étincelantes. Les performances des trois grandes artistes que sont Jacqueline Bir, Cécile Van Snick et Stéphanie Van Vyve nous enchantèrent.

Malentendus

La création mondiale de la première pièce du chroniqueur (Le Soir, De Standaard) et excellent romancier (son "Retour à Montechiarro" est un hymne à la femme et au sud de la Toscane) qu'est Vincent Engel s'avéra une vraie réussite. L'auteur a le sens du dialogue et de la réplique qui fait mouche, il a en outre l'intelligence de la psychologie féminine et enfin il a le grand privilège d'être servi par des comédiennes d'exception qui sont même capables de vieillir de plusieurs dizaines d'années en nonante minutes. La co-directrice du Festival Cécile Van Snick démontre année après année qu'elle n'est pas seulement une efficace gestionnaire de temps difficiles mais qu'elle est devenue une des comédiennes majeures de nos régions wallonne et bruxelloise aux côtés d'actrices de cinéma dont beaucoup n'atteignent pas son niveau de perfection dans l'expression de sa sensibilité . Elle joue vrai et crédibilise le personnage qu'elle incarne. Quant à sa fille (sur scène), Stéphanie Van Vyve, elle confirme en améliorant encore son sens des nuances, le dynamisme et l'ironie avec lesquels elle servait l'an dernier un montage d'oeuvres de Courteline. Un tel duo féminin (bien complété par Michaël Manconi, dans le rôle secondaire du petit-fils et fils de la mère et de la fille) nous permet d'apprécier une oeuvre qui par la justesse de son ton et de ses observations éclaire l'amour complice pouvant exister entre mère et fille, sans jamais lasser l'attention d'un public très nombreux (beaucoup de représentations affichant "COMPLET") et très majoritairement enthousiaste.

L'Allée du Roi

L'épouse morganatique du Roi-Soleil, la fille d'un ministre du Gouvernement Mauroy, première femme major de promotion à l'E.N.A. et une comédienne qui jouait Ruy Blas en 1952 dans sa ville natale d'Oran, cela fait un sacré cocktail pour représenter la version théâtrale d'une œuvre connue par le roman, puis par le cinéma et la T.V. Cette œuvre est sous-titrée "Seul en scène royal" (au moment même où le Festival le devenait) "ou les mémoires de la Marquise de Maintenon". Seule en scène, en effet, pendant deux fois près d'une heure, Jacqueline Bir - avec l'intelligent concours de l'excellent adaptateur et metteur en scène qu'est Jean-Claude Idée - livre une prestation extraordinaire. Les spectateurs s'interrogent sur son grand âge. Précisons que dans trois ans elle ne pourra plus lire Tintin bien qu'elle ait une dizaine années de moins que Madame de Maintenon à la fin de sa vie à Saint-Cyr. Pour faire revivre en une soirée la vie extraordinaire d'une femme qui fut pauvre mais s'avéra d'une redoutable intelligence, Jacqueline Bir use avec maîtrise hors du commun de toute la gamme des tons possibles pour exprimer sur scène les sentiments ressentis au fur et à mesure du déroulement d'une existence. Cet "one woman show", comme au début du XVIIIème siècle, on ne le disait ni à Versailles, ni au bout de l'allée du Roi, à Saint-Cyr, nous mène donc du tragique à l'ironique, du sévère au tendre, du rêve à la réalité et c'est un profond sentiment d'admiration que l'on sort de ce spectacle où Jacqueline Bir fit revivre Françoise d'Aubigné, Marquise de Maintenon, grâce à toute la subtilité de Madame Françoise Chandernagor qui a préféré le roman au Conseil d'Etat.

De l'Éloge de l'oisiveté au Tango en bord de mer

Ce samedi 7 août, point d'aussi exceptionnelles représentations que celles de la veille mais deux artistes - masculins cette fois - qui étaient présents l'an dernier et qui ont confirmé leurs talents.
Tout d'abord Dominique Rongvaux a adapté l'éloge de l'oisiveté écrit par le savant et philosophe pacifiste britannique Bertrand Russel en une amusante petite comédie caustique. C'est drôle, souvent percutant et l'adaptateur interprète diplômé des HEC liégeoises (mais préférant le théâtre au commerce) confirme ses grandes qualités de vrai comédien.
Quant à Jean-Pierre Bouvier (qui l'an dernier jouait le séducteur d'un compartiment ferroviaire) il nous revient avec Frédéric Nyssen pour créer la première pièce du romancier français Philippe Besson. Celui-ci a écrit une œuvre forte qui semble véhiculer des fragments autobiographiques et qui a comme thème les retrouvailles de deux homosexuels, un écrivain quadragénaire et un jeune plus fruste mais intelligent. Une telle pièce aurait fait scandale il y a trente ans: aujourd'hui même les abonnées aux cheveux blancs l'accueillent apparemment sans réserve. "O tempora ! O mores" s'exclamait Cicéron en s'indignant de la perversité des hommes de son temps. Nous ne sommes manifestant plus à l'époque de vaines indignations.
Et c'est fort bien ainsi ce qui ne m'empêchera de continuer à m'indigner du fait que c'est en raison de l'absence de moyens budgétaires mal répartis que nous avons vu en deux soirées sept comédiens dans quatre spectacles représentés dix fois. En effet cette programmation de pièces aux distributions restreintes n'a d'autre raison que l'incurie de la Communauté française sans égard pour le théâtre en Wallonie.





Jean-Marie Roberti