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Politique

Mis en ligne le 21/06/2010

A propos d’une «Chance historique»


Francis Gomez, président de la FGTB Métal Liège-Luxembourg, répond à celles et ceux qui n’ont pas compris son message de vendredi dernier, lorsqu’il disait dans son analyse de l’après 13 juin : «Eh bien, allons y !»

« Visiblement, mes propos d’il y a quelques jours sur l’opportunité historique à saisir après le vote du 13 juin, ont largement perturbé le monde politique, mais aussi économique et social dans le sud du pays.
Oser assumer son destin voilà qui semble émouvoir des responsables encore bien prisonniers d’une peur-panique : le simple débat paraît déjà inquiéter non pas par calcul stratégique, mais plus par crainte de prise de responsabilités.
Bien des réactions francophones paraissent construites sur un réflexe de négation de la réalité ou par une volonté de la dissimuler.
Le tsunami De Wever n’est pas accidentel, ni le fait du hasard : il ne se résume pas non plus à l’action d’un seul homme arrivé comme d’une autre planète : certains se sont même mis en tête de tenter de l’isoler dans sa propre communauté ! Bêtise, énorme bêtise !
Si la N-VA a pu recueillir plus d’un million cent mille voix (un Flamand sur trois), c’est qu’il s’agit bien d’un large mouvement populaire auquel ont d’ailleurs adhéré des masses de travailleurs …syndiqués. Les autres partis démocratiques flamands ne s’éloignent d’ailleurs guère des positions de la N-VA, sur le plan institutionnel en tout cas : ils n’ont eu cure de la présidence belge de l’Europe, de la crise économico-financière : ils ont même saisi les opportunités de cette large visibilité pour tout faire sauter !
Bien avant ce scrutin, dés 1999, l’ensemble des partis flamands, unanimement, au sein du Parlement flamand, a adopté les orientations de très large autonomie, de confédéralisme. Tout y est : autonomie fiscale, scission de la Sécu, transfert considérable de compétences… certains ne veulent toujours pas voir, chez nous, qu’en Flandre aucun parti ne se positionnera en dessous de cette ligne de conduite.
Certains, avec des accents assez pathétiques, en appellent à une large solidarité pour ne pas permettre des différences salariales, des concurrences sociales à l’intérieur du pays !
Mais, bon sang, c’est déjà le cas aujourd’hui.
Que ce soit par des allègements fiscaux améliorant nettement le «salaire poche» des travailleurs domiciliés en Flandre, que ce soit par des conventions salariales d’entreprises plus favorables …le différentiel salarial est déjà important : et cela, sans compter les couleuvres sociales que la majorité nous a fait avaler (éco-chèques, blocage de conventions, mécanisme d’heures supplémentaires, suppression progressive de la
prépension…) . En juillet 2009, le Gouvernement flamand, poussé par les théories du
Professeur Maddens, n’a-t-il pas mis en place des éléments de sécurité sociale réservés aux seuls Flamands en matière d’allocations familiales et de soins de santé … faut-il fermer les yeux en permanence !
Et puis, surtout, le revenu moyen en Wallonie est de 20 à 25 % plus faible qu’en Flandre par le seul fait de l’intensité plus grande du chômage en Wallonie et à Bruxelles. Nous avons, là, une responsabilité considérable pour donner d’autres perspectives aux gens.
Notre salut ne viendra que d’une redynamisation de notre économie : il nous faut démultiplier le Plan Marshall et toutes les politiques économiques et sociales à y adjoindre (banque régionale, liaison avec culture et enseignement, accentuation de la formation technique et professionnelle, de la recherche, …)
Pendant bien trop longtemps, on n’a pu progresser que très lentement en raison de l’accumulation de toutes sortes de freins : il se présente aujourd’hui une opportunité considérable de faire de grands pas en avant. Il y a, en face, un interlocuteur qui veut des changements importants : cela tombe bien, nous aussi !
Si la Flandre, par ses choix politiques et doctrinaires, entend conduire une politique de droite, mais qu’elle le fasse ! Mais surtout qu’elle ne puisse plus, au nom du nombre, venir nous imposer ses choix au travers d’un Etat fédéral encore fort. La gauche, en
Flandre, serait d’ailleurs bien plus à l’aise pour mettre en évidence, chez eux, les contradictions de leur société.
Que la Wallonie, et Bruxelles, fassent un choix différent, voilà des volontés qu’il faut assumer sans tout le temps dire «nos problèmes, c’est la faute des autres» !
Plus déterminé qu’il y a quelques jours encore, j’en appelle aux hommes et aux femmes politiques, mais aussi aux responsables du monde économique et social afin qu’ils joignent leurs efforts pour ambitionner une reconquête de dignité et qu’ils conçoivent un large plan de redéploiement pour nos Régions.
Il est d’ailleurs plus qu’évident que celles et ceux qui, aujourd’hui, voudraient bloquer tout projet ambitieux, seront responsables de l’implosion du pays : de la même façon qu’hier, le slogan francophone disant «on n’est demandeur de rien» a provoqué le raz de marée NVA, une attitude peureuse et de « peaux de banane » renforcera encore ce courant jusqu’à le faire devenir sécessionniste.»





Francis Gomez -Président de la FGTB Métal Liège-Luxembourg