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Théâtre

Mis en ligne le 06/06/2010

LE 51ème FESTIVAL DE THÉÂTRE DE SPA : du 6 au 16 août



«La culture, ce n'est pas ce qui reste quand on a tout oublié, mais au contraire, ce qui reste à connaître quand on ne vous a rien enseigné.(…) Il s'agit donc de faire une société, après quoi nous ferons peut-être du bon théâtre (…) Le théâtre est une nourriture aussi indispensable à la vie que le pain et le vin... Le théâtre est donc, au premier chef, un service public. Tout comme le gaz, l'eau, l'électricité (…) De tout temps, le théâtre a cherché à se transformer. C'est ce qu'on appelle les crises. Tant que le théâtre est en crise, il se porte bien (…).Le comédien, digne de ce nom, ne s’impose pas au texte. Il le sert. Servilement».
Ces quelques lignes extraites d’écrits de Jean Vilar reflètent l’esprit dans lequel travaille à Spa comme à Louvain-la-Neuve Armand Delcampe et son équipe codirigée par Cécile Van Snick. Ces considérations méritent, en les relisant attentivement, une sérieuse et très actuelle réflexion.
Ce sont aussi ces conceptions qui, au milieu des années 50, nous ont enthousiasmés, Armand Delcampe, jeune dramaturge déjà en formation permanente, et moi, adolescent auto-stoppeur et participant actif aux Rencontres internationales des Jeunes organisées par le Théâtre National Populaire (TNP) dans le cadre de ce Festival d’Avignon, fondé une dizaine d’années plus tôt par Jean-Vilar.

Outre celui-ci, nous avons, par exemple en 1957, passé nos journées avignonaises en visites et discussions avec Gérard Philipe, bien sûr, mais aussi Germaine Montero, Monique Chaumette, Maria Casarès, Silvia Montfort, avec Jean Le Poulain, Charles Denner, Georges Wilson ainsi que (dans de petits rôles avant qu’ils ne forment un duo comique habitué des cabarets parisiens) avec Philippe Noiret et Jean-Pierre Darras ou encore avec Philippe Avron, sans oublier Maurice Jarre, génial compositeur de musique de scène et accessoirement papa de Jean-Michel.Et cela avant d’aller écouter et voir en soirée, dans la cour d’honneur du Palais des Papes, des œuvres telles que « Meurtre dans la Cathédrale » de Thomas Stearns Eliot, « Phèdre » de Racine, « Henri IV » de Pirandello ou « Le mariage de Figaro » de Beaumarchais ». Quand ce n’était pas les « Caprices de Marianne » de Musset joués par Geneviève Page et Gérard Philippe dans les Jardins d’Urbain V. Quels moments magiques !
Comédien ou metteur en scène de plus d’une centaine de pièces en un demi-siècle, Armand Delcampe était (et reste) doc imprégné de l’enseignement de Jean Vilar et et des premiers Festivals en Avignon quand il a fondé en 1975 à Louvain-la-Neuve (né en 1968 du « Walen buiten » à « Leuven vlaams ») son « Atelier Théâtre » qu’au seuil de ses soixante ans, il transforma en 1999 en Atelier Théâtre Jean Vilar. La même année il reprit la direction du Festival de Théâtre de Spa alors quadragénaire et qu’il continue actuellement à organiser avec le concours efficace de Cécile Van Snick.

Du vendredi 6 au lundi 16 août 2010, le 51ème Festival de Théâtre de Spa permettra à vingt compagnies de présenter en sept lieux soixante quatre représentations de vingt-quatre spectacles parmi lesquels six créations dont trois mondiales (outre deux lectures d’une pièce de Jean Louvet et de sketches de Nietzsche, trois rencontres de comédiens et metteurs en scène, sept stages d’expression et vingt-sept prestations de huit ensembles de théâtre de rue pendant deux week-ends festifs, sans oublier des formules « Bains et Théâtre » aux Thermes ni « Restaurant et théâtre » les 14 et 15 août). Les réservations à faire dès que possible sont d’ores et déjà ouvertes (au 080024140 et pour l’agglomération liégeoise chez Françoise et André Bisschops 125 rue Fraischamps à 4030 Grivegnée Tél. :04 343 31 91 Courriel : andre.bisschops@swing.be ).

Le nécessaire serait ainsi dit en vous renvoyant à l’information détaillée (en cliquant sur chaque titre de spectacle) que vous trouverez sur le site http://www.festivaldespa.be.

Mais le nécessaire n’est pas toujours l’essentiel : ce qui l’est davantage c’est la qualité de ce qui se crée chez nous grâce à l’Atelier Théâtre Jean Vilar de Louvain-la-Neuve. Cette qualité est certes présente mais l’importance quantitative de l’événement s’amenuise peu à peu. Nous écrivions l’an dernier qu’ « alors que le 49ème Festival présenta dans neuf lieux, du 8 au 22 août 2008 soit en 15 jours, 76 représentations de 37 spectacles dont 10 créations, le 50ème a été amputé de quatre soirées et de cinq spectacles dont deux créations . La majorité des 32 spectacles avaient en 2009 une distribution réduite à un(e) seul(e) comédien(ne) dans neuf cas et à deux dans neuf autres. Un hasard ? Certainement pas car les exigences financières ne sont pas étrangères au choix de programmation. Le contrat-programme signé à l’initiative de Richard Miller avec la Ville et le Festival de Théâtre de Spa n’a pas été renouvelé et les subventions stagnent et restent même hypothétiques. En 2010, les 64 représentations en sept lieux des 24 spectacles dont six créations seront interprétées sept fois par un(e) seul(e) comédien(ne), trois fois par un(e) aussi mais accompagné(e) de musicien(s) ou de chanteurs et sept fois par deux acteurs ou actrices. Seul Tartuffe réunit douze interprètes , des comédiens français seront pour « Donogoo », huit comme les acteurs de la Compagnie Lazzi qui joue principalement à Modave et se lance dans l’«Antigone » de Jean Anouilh, les Spadois du Théâtre des Sources étant eux une demi-douzaine pour présenter une douzaine de fois un vaudeville accommodé à la sauce d’Evelyne Thomas : « Philou, Filou ».

En deux ans, la durée du Festival s’est réduite de plus de 20% et le nombre de spectacles et de créations a diminué de plus d’un tiers (mais celui des représentations a moins régressé car le public a, lui, maintenu son intérêt et sa fidélité). La Communauté française continue à subventionner beaucoup plus le bilingue et cosmopolite Kunsten Festival des Arts de/van Bruxelles/Brussel qui a été créé par Mevrouw Frie Leysen en 1994 pour promouvoir dans la Capitale des Communautés flamande et française l’ouverture à un internationalisme qui se veut d’avant-garde. On ne communique plus de chiffres à la Communauté française sur les dépenses localisables en Wallonie et à Bruxelles dans des domaines comme le théâtre, l’audiovisuel etc… mais la différence reste ce qu’elle était en 2006 : 428.926 euros 40 cents de la Communauté française pour le Kunsten Festival qui, pour sa part, a bien d’autres ressources et 240.041 euros, 32 cents pour le Festival de Spa. L’an dernier notre chère (oh combien puisque les Wallons doivent la refinancer de manière récurrente sans participation bruxelloise ni transfert de compétences, ceux qui décident n’étant pas ceux qui paient) Communauté française n’a pas eu le moindre geste pour le Jubilé (cinquantenaire) du Festival de Théâtre de Spa.
Celui-ci vient de devenir une société « royale » ce qui ne coûte rien mais suscite certains sarcasmes de quelques gauchistes des salons de l’establishment centralisateur belge. Ceux-ci ricanent en suggérant qu’Armand Delcampe, avant de se réjouir d’un honneur éphémère, relise à haute voix le deuxième paragraphe de l’article 21 de la Déclaration universelle des Droits de l’Homme à laquelle la Belgique a souscrit et qu’il évite de s’aligner sur l’attitude pleine de révérence des quatre présidents des partis francophones. Ces ricanements cachent mal un mépris insupportable dont la traduction se reflète clairement dans les engagements budgétaires : celui que l’establishment bruxellois nourrit à l’encontre des provinces et en particulier d’un théâtre fondé sur des textes de qualité où ce ne sont pas les metteurs en scène qui se servent des auteurs mais bien les comédiens qui les respectent.

Nous vous incitons à aller découvrir à Spa « L’Allée du Roi » de Françoise Chandernagor et Jean-Claude Idée où Jacqueline Bir incarne Madame de Maintenon (les 6 et 7 août), la création de « Malentendus » de Vincent Engel où Cécile Van Snick est la mère de Stéphanie Van Vyve (les 6, 7 et 8 août), « Un tango en bord de mer » création de la première pièce du romancier Philippe Besson (aux mêmes dates), « Donogoo » où Jules Romains (immortel auteur du Docteur Knock) dénonce une escroquerie immobilière de 1930 qui nous semble très actuelle (les 10 et 11 août), « Moi, Orson Welles et Don Quichotte » que Richard France aurait pu écrire pour Armand Delcampe (les 10, 11 et 12 août) et surtout un des grands chefs d’œuvre de Molière « Tartuffe ou l’imposteur » incarnés par Benoît Verhaert et dans le rôle d’Orgon par un Armand Delcampe « drôle et bouleversant » écrivait « La Libre Belgique » (les 13 et 14 Août).

Mais nous n’allons pas quadrupler la longueur de cette énumération. Sur le site du festival « royal » www.festivaldespa.be consultez l’ensemble du programme, effectuez vos choix et soyez assurés que les motifs de satisfaction l’emporteront nettement sur d’inévitables réserves. Excellent 51ème Festival de théâtre de Spa !

Jean-Marie ROBERTI


Les photos de haut en bas :

- Tartuffe et Orgon, Benoît Verhaert et Armand Delcampe au service de Molière.

- Dans "Malentendus" Mickaël Manconi, Cécile Van Snick et Stéphanie Van Vyve

- Antigone de Jean Anouilh

- Jacqueline Bir du Théâtre des Galeries incarne Madame de Maintenon