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Théâtre

Mis en ligne le 28/03/2010

La Passion :selon Tchantchès


Pour ceux qui y croient : une «première» à découvrir les 2 et 3 avril au "Théâtre Royal ancien Impérial" du Musée Tchantchès en Outremeuse

Le vendredi 2 avril à 20 heures ainsi que le samedi 3 avril à 15 heures, le "Théâtre Royal ancien Impérial" présente "La Passion". Ces deux séances exceptionnelles se dérouleront au Musée Tchantchès (rue Surlet, 56 à Liège).

Pour ce spectacle, qui est une création, le public qui y croit, appréciera les décors réalisés par Iulian Fonéa, Etudiant à l'institut Saint-Luc et la conception marionnettes sculptées par Denis Fauconnier du «Théâtre à Denis» installé dans le quartier de Ste Marguerite. Pour les textes, il s'agit bien évidemment du respect des écritures des Evangélistes Luc, Jean, Marc et Mathieu mais remises à la "liégeoise" par Jean-Claude Maggi.
Pour rappel, c'est à ce montreur du Musée Tchantchès que l'on doit les récentes pièces comme "La Saga de Saint-Lambert", "Liège, fille de Notger" ou encore l'année dernière la nouvelle version de "Carmen". Pour ce qui concerne les voix, c'est au très prometteur Arnaud Bruyère d'assurer le bon ton du spectacle pascal.

Ces deux représentations ne sont pas à manquer car cela fait de nombreuses années que ce thème de la Passion n'a plus été présenté sur la scène du Musée Tchantchès. Cette pièce, pour adultes et enfants à partir de huit ans, se compose de deux actes et de huit tableaux.
De Nazareth au mont Golgotha, ce sont les derniers moments de Jésus qui sont relatés. La chronologie évoque la dernière cène, le recueillement au Jardin des Oliviers, le jugement de Pilate à Hérode, le choix entre Jésus et Barrabas, le chemin de croix et pour terminer la mort et le pardon.
Notre brave Tchantchès sera le témoin de ce calvaire. En tant qu'homme du peuple, il interviendra puisqu'il ne peut éteindre sa voix face à l'injustice. D'ailleurs, comment pourrait-il se taire, lui qui a assisté à la naissance de Jésus au travers de la pièce "Li Naissance"?
D'où le lien historique à établir au niveau du répertoire des marionnettes liégeoises. De tout temps le jeu des acteurs de bois et de chiffons a consisté à amuser et à faire réfléchir nombre de peuples et de générations. Les différentes traditions de théâtres de marionnettes ont en commun l'image idéale du héros qui critique les méfaits des puissants et protège les plus faibles. Elles étaient aussi utilisées comme moyen "d'éducation". C'est ainsi qu'apparaissent au Moyen-Age les "Mystères" que l'on retrouve à la période de Noël avec l'évocation de la Nativité et durant la semaine Sainte au travers du récit de la Passion. Deux esprits vont s'entremêler, à savoir le côté grave et solennel des personnages bibliques qui contrastent avec les personnalités populaires.

Une longue tradition

C'est vers la moitié du 19ème siècle que des théâtres de marionnettes à tringle s'installent à demeure dans différentes cités en Belgique. A Liège, les personnages historiques occupent une place très importante en raison du rôle qui a été occupé par l'ancienne Principauté.
Il n'est donc pas étonnant que les légendes médiévales tissées autour de l'Empereur Charlemagne aient tellement frappé l'imaginaire. Le répertoire a largement été inspiré par les grandes épopées de chevalerie extraites des romans édités par la bibliothèque bleue.
Les récits de Charlemagne (comme la chanson de geste à l'exemple de la Mort de Roland/Huon de Bordeaux/ les quatre fils Aymon) seront exploités par les théâtres de marionnettes car ils étaient riches en aventures et en faits d'armes héroïques. Des contes et légendes qui valorisent d'illustres personnages que l'histoire, petite ou grande, associe au Pays de Liège. Découpés à la manière de feuilletons, ils plongent le spectateur dans l'attente d'un prochain épisode. Dans un autre style, les "rijotrêyes", emmenaient les spectateurs dans des saynètes humoristiques avec des personnages populaires, où l'on retrouve notamment Tchantchès et ses joyeux compagnons. Cependant, les héros de ces pièces "classiques" laissaient leur place sur la scène pendant la période de Pâques et de Noël.

Au fil des décennies, les thèmes des pièces ont évolués en fonction de la société, de l'éducation, des médias et des nouveaux loisirs. Le répertoire s'est adapté à un public plus familial et plus particulièrement à destination des enfants. Que de générations auront suivis sur les bancs du Théâtre Royal ancien Impérial les aventures épiques de Tchantchès. Cette transmission de la tradition illustre bien que les marionnettes restent ancrées dans le patrimoine.
En mettant à l'affiche "La Passion", le Musée Tchantchès renoue avec une tradition ancestrale.

Pour ces deux représentations du vendredi 2 avril et du samedi 3 avril, le public aura l'occasion de suivre un spectacle qui démontre les nombreuses possibilités qu'offrent les marionnettes à tringle liégeoises dans l'évocation de grandes fresques historiques.

Alors, n'hésitez pas à rejoindre le Musée Tchantchès pour vivre ce moment d'exception. Informations auprès du secrétariat: 04/342 75 75.


Quelques question à Jean-Claude Maggi, "montreur" au Théâtre Royal ancien Impérial du Musée Tchantchès depuis 1983 et auteur des dialogues de la pièce "La Passion":

- En quoi les marionnettes liégeoises permettent-elles d'appréhender l'histoire ?

«A l’origine (vers 1850), et bien avant l’arrivée de Tchantchès (vers 1880), le répertoire de la marionnette liégeoise s’inspirait essentiellement de la chanson de geste dont le principal héros est l’Empereur Charlemagne avec son neveu Roland, les 4 fils Aymon, … Le maître de la joue trouvait son inspiration dans « La Petite Bibliothèque Bleue ». A cette époque, le public était accro à ces aventures comme aujourd’hui certains d’entre-nous suivent des feuilletons à la télévision. Même si Charlemagne semble avoir eu une vie bien remplie, il fallu bien vite faire appel à d’autres héros tels « Les Trois Mousquetaires », « Le Roi Arthur », etc.
Au début des années 1970, et ce pour un public adulte, ce sont des grands opéras classiques qui eurent l’honneur d’être revus et visités pour Tchantchès. Tous ces spectacles ont démontré, s’il fallait encore le faire, que notre vedette nationale pouvait voyager dans le temps et côtoyer tous les grands de ce monde quelque soit l’époque où se déroulait le récit. Peu après, les marionnettistes du Musée Tchantchès ont entrepris d’actualiser chaque année « Li Naissance » au moment de la visite des populaires et des Rois-Mages à la crèche.

C’est ainsi que de fil en aiguilles, en 1996 une première pièce «Marionnettistico-Historico-Liégeoise», fut elle créée : « La Saga de Saint Lambert » suivie par « Les Mousquetaires font le Carré », « Une Histoire de Jean Del Cour… Version Tchantchès ! », « Liège, Fille de Notger » et tout dernièrement « Carmen 2009 ». Tous ces spectacles connurent un franc succès, certains ayant été rejoués à plusieurs reprises à la demande du public dans notre musée, en déplacement et même à l’étranger !»

- Quelle sera le rôle de Tchantchès dans cette pièce?

«Voilà sans doute la question à laquelle il va m’être le plus difficile de répondre ! En effet, si comme je l’affirme dans ma réponse précédente Tchantchès peut voyager dans le temps et côtoyer les plus grands de ce monde, le plus difficile au moment de débuter l’écriture d’une pièce ayant un aspect historique, c’est d’y introduire Tchantchès de manière plausible ! Une fois qu’il est là, le public trouve sa présence toute naturelle et se demande pourquoi il n’intervient pas plus souvent. Bref, je vous laisserai la surprise de découvrir pour quelles raisons Tchantchès est à Nazareth d’abord, à Jérusalem ensuite et au sommet du Golgotha pour terminer. Par contre je peux déjà vous affirmer qu’il dira ce qu’il pense à qui de droit et avec la verve que nous lui connaissons tous.»

Les photos de haut en bas : différentes marionnettes de « La Passion » © Musée Tchantchès.





Ga. L.