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Société

Mis en ligne le 11/11/2009

Le voile à l’école, un simple morceau de tissu ?


Une réflexion de Gérard Georges Conseiller provincial et Directeur de l’école d’hôtellerie et de tourisme de Liège

Le contexte actuel

La montée au créneau de quelques intégristes qui obligent leur fille à porter le voile à l’école ne vaut-elle que l’objet d’une simple réflexion, voire d’une discussion éphémère à l’issue de laquelle nous devrons nous montrer « pour » ou « contre » ?

En Belgique, les responsables politiques ont jusqu’à présent considéré que le sujet n’était pas d’actualité car il ne concerne que quelques établissements scolaires isolés.
De plus, ce sujet délicat risque de faire perdre leur siège, lors des prochaines élections, à des élus qui y sont vissés contre vents et marées.
Dans notre pays, nous ne sommes pas dans un état laïque mais bien dans un état qui reconnaît plusieurs religions. Cette situation fait en sorte que depuis toujours il n’y a pas eu de décision officielle ni généralisée sous le prétexte qu’un cas n’est pas l’autre.
En résumé, gardons-nous bien de prendre position et laissons faire le temps au temps !
En attendant, le vent de la contestation se lève et cette situation d’endoctrinement risque, avec le temps, de se banaliser.
En France par contre, le politique n’a pas hésité à imposer l’interdiction du port du voile dans tous les établissements scolaires publics.
Au niveau mondial, nous observons les exigences de l’islam religieux qui s’est muté en islam politique celui-ci n’étant pas toujours un islam modéré.
De plus, de la lutte contre le colonialisme, on est passé aujourd’hui à la lutte contre les colonisateurs avec toutes les dérives que cela entraîne.

Les constats sont de plus en plus nombreux

A chaque rentrée scolaire, le sujet relatif au port du voile est évoqué car rares sont les cas où l’on a légiféré en cette matière. Résultat des courses : de nombreux procès s’ouvrent avec beaucoup de passion et, de manière contrainte et forcée par le tribunal, des décisions se prennent avec pour conclusion régulière, l’interdiction du port du voile à l’école.
Cependant, depuis peu, des initiatives se prennent courageusement.
Parmi les cas les plus récents, je citerai notamment la décision du Conseil de l’enseignement de la Communauté flamande d’interdire le port de signes religieux dans l’enseignement qu’il organise. Dès que cette décision avait été prise, quelques jeunes filles voilées avaient quitté l’Athénée d’Anvers pour s’inscrire dans un autre établissement scolaire. Aujourd’hui, ces mêmes filles ont repris spontanément le chemin de l’Athénée d’Anvers mais elles sont…dévoilées.
J’évoquerai également la décision du Conseil d’état qui valide la réglementation prise par la Commune de Dison d’interdire à des écolières voilées l’accès à ses écoles maternelles et primaires.
La Ministre de l’enseignement obligatoire vient d’être conscientisée par le drame humain que vit, notamment, l’Athénée de Verviers qui est confronté aux mêmes soucis que la commune de Dison.
Le Conseil provincial du Hainaut vient de voter un règlement d’ordre intérieur interdisant le port de couvre-chef dans les écoles provinciales du Hainaut ainsi que dans les lieux de formation de la Province.
A l’école communale de La Garenne à Charleroi, un professeur de mathématiques veut pouvoir dispenser ses cours tout en restant voilée. Son directeur actuel lui a intimé l’ordre de respecter le principe de neutralité tout en lui interdisant le port du voile à l’école. L’enseignante a refusé d’obtempérer et a introduit une action contre la Ville de Charleroi devant le tribunal des référés.
Nous devons être conscients du fait, qu’à défaut de réglementation officielle, ce sont les directions de nos écoles, directement concernées par ces situations, qui doivent trancher.

A mon humble avis, toute situation de décision qui est confiée aux seules directions des écoles relève d’un manque de courage politique, qu’il s’agisse du cas évoqué du port du voile à l’école, qu’il s’agisse également aujourd’hui du projet de nouveau décret inscription,…
Dénonçons ici aussi le fait que ces directions sont souvent harcelées et esseulées à un point tel que beaucoup sont au bord de la dépression nerveuse qui se transforme bien vite en « burn out ».

Quelques pratiques parmi tant d’autres

L’interdiction de tout signe ostentatoire relevant de la religion, de la politique et de la philosophie est une bonne résolution car elle permet de couper court à toutes les pratiques scandaleuses que nous relevons de plus en plus.
Je citerai notamment parmi ses nombreuses pratiques la volonté des parents qui interdisent à leur fille de suivre le cours d’éducation physique et de natation car « il faut protéger nos filles du regard des hommes ».
Nous voyons également fleurir des certificats médicaux interdisant le cours de natation pour raisons…philosophiques.
Il est interdit aux enfants de suivre le cours de biologie car l’explication de l’évolution humaine doit respecter la tradition écrite.
Il faut éviter de suivre les cours en groupes mixtes car la promiscuité nuit à l’intégrité de l’enfant.
En ce qui concerne la composition des repas scolaires, la viande exigée proviendra de bêtes égorgées selon les coutumes du pays d’origine.
On évitera les fêtes organisées par l’école car il ne faudrait pas que, pour le barbecue par exemple, différentes viandes se retrouvent en même temps sur le même grill….

Ce sont donc les fillettes ou les filles qui, chez nous, sont les premières victimes de ces bras de fer. Quelle discrimination insupportable !
Etonnante situation créée dans nos écoles alors que, dans les pays d’origine de ces filles discriminées, c’est l’uniforme, sans le voile, qui est systématiquement exigé.

En dehors de ce contexte purement scolaire, nous constatons également que, dans certaines piscines publiques, des réservations de plages horaires sont orientées de manière telle que nous ne trouvons que des hommes le samedi soir et que des femmes le dimanche après-midi…

Observons, discutons mais surtout légiférons harmonieusement à tous les niveaux

A défaut de législation officielle sur le sujet du port du voile ou non dans nos écoles, ce sont, encore aujourd’hui, les seules directions d’école qui doivent assumer la situation en fonction des règlements internes qui sont différents d’une école à l’autre.
Cette situation fragile ne pourra perdurer très longtemps car le chef d’établissement n’est pas le Pouvoir organisateur et toute décision d’un chef d’établissement risquera de faire l’objet d’une annulation en extrême urgence par le Conseil d’état.
Il ne faut donc plus déléguer cette mission d’interdiction de signes ostentatoires religieux, politiques et philosophiques aux seuls chefs d’établissement.
Les responsables de tous les réseaux qu’ils soient officiels ou non officiels, qu’il s’agisse des Communautés, des Provinces, des Communes, des Villes et des Pouvoirs organisateurs confessionnels, se doivent de légiférer harmonieusement en cette matière.
Si, comme le prône certains partis politiques actuellement, on limite cette interdiction du port du voile au seul réseau officiel, nous verrons très vite se mettre en place un transfert d’élèves vers les réseaux privés qu’ils soient catholiques ou islamiques, ce qui déstabilisera automatiquement les jeunes qui seront incités à s’inscrire d’office vers ces écoles.
Pour avoir ce courage de légiférer, il faut des hommes et des femmes qui osent faire le pas essentiel vers le respect des valeurs du pays dans lequel nous vivons.
Dans nos écoles, nous devrions également lutter pour le remplacement des nombreux cours de religion (catholique, protestante, orthodoxe, islamique, israélite,…) ainsi que le cours de morale par un seul cours de philosophie. Cette importante décision nous permettra, en toute liberté, d’aborder sainement la formation de nos futurs citoyens responsables et autonomes.
Les Assises fédérales de l’inter-culturalité devront très certainement aborder des sujets tels que le port de signes religieux, politiques et philosophiques. L’organisation des cours de religion et de morale dans nos écoles devrait également être évoquée à cette occasion. Nous attendons, avec grand intérêt, les conclusions de ces Assises.

En résumé, après avoir observé, chez nous, les situations d’endoctrinement de plus en plus fréquentes, osons la discussion afin que la réflexion s’engage à tous les niveaux de pouvoir.
Mais surtout légiférons, harmonieusement et sans tarder, car le jour où des écoles réservées aux seuls islamiques s’ouvriront chez nous, il sera trop tard.