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Social

Mis en ligne le 08/10/2009

La pauvreté dans les débats budgétaires : Oubli ou mauvais présage ? par Claude Emonts, président du CPAS de Liège


Nous entendons depuis plusieurs semaines résonner de toutes parts les mises en garde, toutes plus alarmistes les unes que les autres, en ce qui concerne les budgets à venir et singulièrement celui qui est en cours de confection : le budget 2010…

Chacun y va de sa déclaration et de ses pistes : les banques, l’emploi, la fiscalité, …
Nous ne pouvons évidemment qu’approuver de telles priorités, mais en même temps elles nous inquiètent parce que, toutes, elles « oublient » ou taisent un volet qui devrait préoccuper tout démocrate.
Nous parlons de la pauvreté, des CPAS et de tout ce qui tourne autour de la lutte contre la précarité, la désocialisation, le désespoir et l’injustice sociale.

On passe sous silence la réalité des sans voix, de ceux qui sont en bout de chaîne, à qui l’on ne donne la parole qu’à défaut ou lorsque « in fine » l’on y pense. Les CPAS sont de ceux-là si l’on se place sur le plan institutionnel.

La crise fait des ravages, le chômage augmente de façon inquiétante, le surendettement décolle, … et nous n’entendons pas parler de la misère qui pourtant explose en silence, fidèle à elle-même, presque en catimini…

Où sont les déclarations des responsables politiques qui s’engagent à lutter contre ce qui devrait faire notre honte à tous : la détresse humaine ?

On ne dit rien pour l’instant de l’effort que devront faire les communes (et donc les CPAS, que l’on ne cite pratiquement jamais) pour « être solidaires » de l’effort national pour amener le budget à l’équilibre…
Et on fait de cet équilibre une vache sacrée, sans se demander ce qu’il implique de concret sur le terrain. En rappelant que derrière ces chiffres, il y a des êtres humains, jeunes et vieux, solitaires ou formant une famille, belges ou pas, qui se demandent si vraiment on sait qu’ils existent, si vraiment on prend la mesure du désespoir qu’il y a à ne pas pouvoir se loger dignement, se chauffer correctement ou trouver le travail que l’on cherche sans jamais trouver…

Comme tous les présidents de CPAS de tout le pays, nous voyons cependant :
- nos statistiques indiquer sans ambiguïté une augmentation constante et inquiétante des dossiers de revenu d’intégration
- l’envol des demandes d’aides sociales diverses (souvent non financées)
- des transferts de charge inacceptables suite à des exclusions temporaires ou définitives du chômage (alors que les statistiques du chômage restent relativement « sous contrôle » au moment même où celles des CPAS dérapent)
- la charge importante de travail sans soutien suite à l’opération de régularisation (que nous soutenons sur le principe)
- le transfert de L’Etat fédéral vers les pouvoirs locaux de prise en charge des demandeurs d’asile en raison de la saturation du réseau d’accueil… fédéral…
- …

Bien qu’attentifs, nous n’entendons guère de déclarations de la part de nos décideurs politiques quant aux solutions à apporter à une situation absurde : celle d’une institution qui n’est pas financée à hauteur des dépenses (indispensables) que la loi l’oblige à faire…


Nous demandons à ceux-là qu’ils viennent voir dans nos services, dans nos antennes sociales, sur le terrain pour se rendre compte de la réalité. S’ils ne viennent pas interroger dans nos salles d’attentes et se contentent de procès d’intention, nous nous devrons d’en tirer les conclusions…
Cela suffit : il nous faut un volet lutte contre la pauvreté dans les décisions budgétaires en cours de négociation et ce aux différents niveaux de pouvoir.
Ne dit-on pas que l’on juge le degré de civilisation d’une société au sort qu’elle réserve à ses populations les plus défavorisées ?

Il n’est pas trop tard (enfin, espérons-le), mais il est temps. Les CPAS croulent sous les difficultés, leurs finances sont en mauvais état malgré leurs efforts et leur avenir proche est menaçant…

Nous tirons la sonnette d’alarme : gare aux conséquences pour les pouvoirs locaux et pour les citoyens si rien n’est fait dès le (très) prochain exercice budgétaire...





Claude Emonts - Président du CPAS de Liège.