• Visiteur(s) en ligne : 5
  • |
  • Visiteurs total : 3098182

Il y a déja

Mis en ligne le 07/11/2005

Expo Universelle de 1905: Comme si " Proxi-Liège " y était allé. N° 26, dernier épisode

Ouf ! L’Expo est terminée. Un feu d’artifice géant a clôturé ce soir du dimanche 5 novembre la plus grande manifestation mondiale que Liège a jamais connue. Disons-le tout net, nous journalistes qui avons suivi toutes les réceptions, toutes les visites des personnalités et des notabilités durant ces six mois glorieux, si notre foie a plus d’une fois pâti de ces réjouissances, notre foi en sort grandie dans l’avenir de notre « Cité ardente » ainsi qu’a qualifié Liège, Son Altesse le Prince Albert reprenant le titre du roman historique publié cette année par le député Henry Carton de Wiart.

Le drapeau rouge et jaune flotte à Liège.

A porter au bilan moral de cette exposition universelle, nous emprunterons à notre confrère Albert Mockel ces lignes publiées dans le journal parisien « Le Siècle » : « Aujourd’hui, la plupart des Wallons acceptent, sans arrière-pensée le mariage de raison qu’ils ont conclu avec la Flandre, pour former la Belgique ; ils se satisfont d’un régime qui, s’il les exploite financièrement en faveur des populations cléricales et flamingantes, leur assure du moins presque toutes les libertés politiques et l’espoir de reconquérir un jour l’égalité des charges et profits dans la communauté. L’administration fait de grands efforts pour créer une ‘âme belge’. (…) L’âme belge prête à sourire en Wallonie, parce qu’on y a l’âme wallonne, c’est-à-dire française. L’exposition universelle de Liège a donné à ces sentiments, trop longtemps contenus, l’occasion de se manifester ; dans la ville, le drapeau rouge et jaune de l’ancienne principauté, flotte partout à coté du drapeau officiel ».

Le drapeau rouge et jaune flotte à Liège

Le samedi 21 octobre s’est déroulé la dernière grande cérémonie au Palais des Fêtes à l’occasion de la remise des prix de l’Exposition. Leurs Altesses princières Albert et Elisabeth ont tenu à rehausser de leur présence cette manifestation qui a amené à Liège, l’ensemble du Corps diplomatique et les plus hautes autorités du pays. Toutes les nations ayant participé officiellement ou officieusement à l’Exposition ont défilé selon l’ordre déterminé par l’alphabet. La France est précédée « de deux muses exquises, portant des palmes » et d’une « sphère portée à bras d’hommes et sur laquelle une France glorifie le Travail et les Arts. Puis défilent dix bannières des métiers de France, portées chacune par quatre hommes.
Le cortège s’arrête devant la loge royale et, aux applaudissements de l’assistance, le drapeau s’incline devant les Princes, tandis qu’une superbe corbeille de fleurs, ornée de rubans tricolores, est déposée aux pieds de la Princesse Elisabeth ». Curieusement, la délégation de la Hollande comprend deux drapeaux, celui des Pays-Bas (rouge, blanc, bleu) et celui des Orange-Nassau dit « Drapeau du Prince » (orange-blanc-bleu). On peut se poser la question : pourquoi deux drapeaux ? Un seul – le drapeau des Pays-Bas - aurait suffit. Pourquoi infliger aux Belges qui célèbrent le soixante-quinzième anniversaire de leur indépendance conquise contre Guillaume 1er, de la famille d’Orange-Nassau, cet étendard ? Ils n’ont donc rien compris ! Le cortège des Nations se termine par un drapeau belge qu’escorte un soldat de chacun de nos régiments.

Cinq millions six cent mille visiteurs à Liège

Après le cortège, les discours. Le premier est prononcé par Gustave Francotte, Ministre du Travail. Nous en retiendrons quelques phrases. « L’exposition, elle aussi fut une évocation de la patrie : elle en a été la vivante image, et pour ceux qui l’ont voulue, et tous ceux qui y ont travaillé firent œuvre vraiment de bons citoyens. Quel contentement remplit leur cœur ». Après avoir magnifié l’agriculture belge, le Ministre proclame : « Dans le Palais des Beaux-Arts, qui restera pour les Liégeois le monument commémoratif de leurs fêtes, l’Ecole belge a glorieusement tenu sa place ». Ensuite, le Ministre sort quelques chiffres significatifs ; « Que l’Exposition de Liège soit un succès, la voix universelle le proclame. Elle a réuni plus de 16000 exposants (NDLR : le Ministre exagère, l’exposition a accueilli très exactement 15 318 exposants) : 5 600 000 visiteurs (NDLR : le Ministre sous-estime les références proposées dans les années à venir qui chiffrent à 6 ou 7 millions le nombre de ceux-ci) lui sont venus de toutes parts, et ces chiffres ont leur éloquence aussi. La distribution des récompenses est la consécration finale d’un succès éclatant. Rien n’a troublé l’harmonie des travaux qui l’ont préparée ; les jurys ont accompli leur œuvre dans l’estime et le bon vouloir réciproque ; leur décision ne laissera, je l’espère, ni amertume, ni regrets ».

Le temps des récompenses

Deuxième discours, le président Emile Digneffe. Des extraits : « « Mais ce jour où s’affirme le triomphe voit aussi sonner la fin (…) Ce merveilleux ensemble va disparaître ! (….) Ces Palais vont tomber et, comme le dit un vieux poète wallon, ‘leurs ruines vont périr’ (…) Notre cité vient de vivre de vivre des jours inoubliables ! Son nom a retenti de par le monde (…) la beauté de son site, la puissance de son industrie, la valeur de ses artistes ont été célébrés comme une révélation ». Vient le temps des récompenses, il y en a, au total 12 549. Les Etats-Unis représentés par le Commissaire général Gore en obtiennent 174 dont 20 Grand Prix et 18 Diplômes d’honneur. La Chine aime les chiffres ronds : 100 récompenses. M. Chapsal, le Commissaire général de la France est particulièrement fier, il ne décroche pas moins de 5 755 récompenses (soit près de 46% de l’ensemble de l’Exposition) dont 864 Grand Prix.

Le souci social de Léopold II

La Princesse Elisabeth, accompagnée de son mari, a tenu à revenir, le lundi 23, à l’Exposition avec sa sœur la princesse Ruprecht. Elles ont visité le stand d’Ougrée-Marihaye et à la section enseignement, se sont fait présenter l’ensemble du corps professoral de l’Université de Liège par le Recteur Mertens. Bien qu’il préfère le climat de la Côte d’Azur, pour des raisons strictement d’ordre médical, le Roi Léopold II a tenu à effectuer une quatrième visite à l’Exposition universelle, le 18 octobre. Il s’est particulièrement intéressé aux toilettes féminines présentées à la section belge : « ses réflexions témoignent d’une connaissance approfondie des moindres détails des atours gracieux du beau sexe ». Il est également parvenu à troubler une jeune et jolie « cigaretière » en la plaignant en ces termes qui attestent de son souci social ; « « cela doit vous donner des crampes dans les doigts de travailler si vite ».

Des « aubettes » fréquentées jusqu’à tard le soir







Pour en terminer avec l’Exposition, nous ne saurions trop souligner le succès rencontré par le « Guide Rembousable illustré » des Editions Desoer qui nous ont servi de référence tout au long de six mois enthousiasmants. Les nombreux acheteurs de ce guide ‘Pharus-Desoer » se sont précipités vers les trois aubettes érigées par l’architecte liégeois Charles Castermans où s’opéraient le remboursement prévu lors de l’achat.

Le monde tourne et les filles de roi attendent leur papa

Tandis que l’Exposition s’achève, à Saint Pétersbourg, Nicolas II envisage un départ vers le Danemark tandis que le Comte de Witte prend la tête du gouvernement russe. En Belgique, le journal « Le Peuple » estime « Pour n’avoir pas su éviter une révolution, les conseillers du tsar ont déchaîné une révolution sociale ». En France, enfin divorcée, après plusieurs années de séquestration maritale par le Prince Cobourg, la Princesse Louise, fille légitime de Léopold II, exprime « son ferme espoir que son père dont elle n’a que se louer, ne tardera pas à l’appeler enfin auprès de lui ».
C’est à peu près, mot pour mot, ce que déclarera chez Fogiel, en 2005, Delphine. FIN





Pierre André