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Reportage

Mis en ligne le 20/09/2009

Nouveaux Guillemins : inauguration réussie !


Spectacle de Dragone vendredi soir, concert du Philharmonique de Liège sur le quai n°1 samedi ; quelques chiffres, hommage aux travailleurs, et des photos de la gare comme on n’en reverra jamais plus


Vous aurez sans doute suivi l’événement devant votre petit écran vendredi soir où vous l’aurez vécu en direct de l’esplanade (il y avait entre 50 et 60.000 personnes). Il s’agit bien sûr de l’inauguration de la somptueuse nouvelle gare des Guillemins conçue par l’architecte espagnol Santiago Calatrava. C’est SAR le prince Philippe (la photo ci-dessous) qui a coupé le ruban symbolique, entouré par les patrons de la SNCB, le gouverneur Michel Foret, le bourgmestre Willy Demeyer et Elio Di Rupo.

Chose unique dans les annales des inaugurations liégeoises, il n’y a eu, et c’est une bonne chose, aucun discours.
Cette manifestation qui était à la hauteur de l’événement a aussi rassemblé, sur un vaste espace VIP installé sur l’esplanade côté colline, quelques 4 à 5000 invités de marques, liégeois, belges mais aussi étrangers.
Dans l’attente de l’événement final, sur l’espace VIP, mais aussi chez le spectateur lambda sur l’esplanade, les commentaires en tous genres allaient bon train (c’est le cas de la dire)… Entendus : «Une gare vraiment très chouette, aérée », «C’est une cathédrale, un chef d’œuvre…mais pourquoi on n’a pas aménagé le quartier avant… », «C’est beau, mais c’est trop grand pour le quartier…au lieu d’engloutir des millions dans ce projet, on devrait diminuer le prix des relations ferroviaires… », « Qèle affaire à Lidje…je n’aurais jamais cru qu’on arriverait à ça…c’est…oufti, mais en face… ».

Je pourrais vous citer des dizaines de témoignages…ils vont tous à peu près dans le même sens : une splendide réalisation, une formidable carte de visite pour Liège qui devient vraiment un carrefour européen grâce à la grande vitesse, mais aussi et surtout, de très très vives critiques (malgré toute la Com faite depuis le début) vis-à-vis du pouvoir liégeois qui n’a pas su saisir l’opportunité qu’elle avait pour remodeler entièrement le quartier et le mettre au diapason de la gare. Pourtant, dès 1997, la Ville connaissait le projet retenu par la SNCB et les dimensions de la nouvelle gare.

En construisant la place triangulaire du projet Dethier (nous vous en avons déjà parlé suffisamment) après la construction de la gare on a le sentiment que l’on a fait tout à l’envers. Pourquoi n’avoir pas commencé de suite dès 1997, en partant de la Meuse pour arriver en face de la gare au moment où elle s’achevait ? Mais quand on pose la question à l’échevin de l’Urbanisme, ça le met en rogne… De toute façon, on verra dans trois ans si son projet tient la route (on l’espère pour le quartier) et si dans 6 ans, on pourra vraiment aller de la nouvelle gare à la Médiacité en passant par le parc de la Boverie…On le souhaite aussi.
Vendredi soir, Santiago Calatrava(ci-dessous avec le prince Philippe et Vincent Bourlard, patron d'Euro-Liège-TGV) ne cachait pas sa tristesse en découvrant sa gare achevée, une merveille d’architecture et d’ingéniosité (qui fera sans doute date dans les livres des spécialistes), dans un quartier fait de bric et de broc…

Mais finissons-en avec la critique et tournons-nous vers l’avenir en espérant qu’il sera celui que beaucoup de Liégeoises et de Liégeois souhaitent le plus : heureux …
Mais ça c’est une autre histoire que je n’aurai sûrement pas l’occasion de raconter.

Un Dragone à la hauteur

Comme nous l’avions écrit lors de la présentation, le spectacle de «Franco Dragone Entertainment Group » qui a été diffusé en direct sur La Une mais que vous pourrez revoir sur ARTE le 24 décembre, fut tout en onirisme, poésie et réalisme. Un spectacle véritablement à la mesure de la géniale architecture de Calatrava. Sous la direction artistique de Franco Dragone, le concepteur Dirk Decloedt a imaginé un spectacle féerique, véritable kaléidoscope de moments poétiques et de performances, qui s’est parfaitement intégré dans cet écrin d’un soir grâce aussi à la scénographie de François Schuiten. Imaginez que le spectacle commence par la révélation d’une maquette vivante de la gare, à l’échelle 1/1, immobile et complètement blanche, pour accentuer la vision de pureté, de puissance et de poésie voulue par son architecte. Une gare blanche, des voyageurs blancs, des trains blancs….

Et parmi tout ça, deux voyageurs, Raphaël et Claudia (ci-dessus pendant la dernière répétition) détachent soudainement de cette foule gelée. Ce lieu voué aux rencontres va inspirer et changer leurs vies. Les sentiments divers ressentis par nos deux voyageurs vont se matérialiser, se magnifier dans l’espace qui les accueille. Les trains vont se transformer en éléments flottants, des objets particuliers se mettent à remplir l’espace avec des accents de couleurs et de visions fantastiques.

Certains passagers se transforment en musiciens, virevoltant dans cet espace gigantesque. D’autres deviennent danseurs, acrobates, chanteurs… Tout cela avec des jeux de lumière, des effets pyrotechniques minutieusement calculés et s’acheminant vers la fin, comme si la neige était tombée sur la gare de Liège-Guillemins, avec la chanson de Jacques Brel : « Il neige sur Liège »…Pour en arriver à cet apothéose d’embrasement de la gare de la «Cité ardente » qui nous a valu de réaliser des photos de ces moments que l’on ne verra plus jamais et que nous nous vous offrons ci-dessous. Une chose est certaine, passagers, Liégeoises et Liégeois ne regarderont plus jamais leur gare de la même manière !

La gare et le Philharmonique de Liège

On le savait, samedi et dimanche, la gare a été ouverte au public qui, grâce à une météo plus que clémente, a pu ainsi tout à son aise, visiter le nouveau monument. Et grosso-modo, c’est un peu plus de 45.000 personnes qui ont découvert la nouvelle gare de Liège-Guillemins durant le week-end.

Samedi, à partir de 16 h, l’esplanade était noire de monde (facilement 10.000 personnes) pour venir écouter, gratuitement, un concert exceptionnel de l’Orchestre Philharmonique de Liège (l’OPL) dirigé par Jean-Pierre Haeck.
L’OPL, dont la réputation n’est plus à faire, malgré ses 80 musiciens semblait vraiment minuscule sur le quai n°1 de la gare, face à l’esplanade noire de monde.

Mais son talent ne l’était évidemment pas et le public ravis a applaudi à tout rompre ce concert construit principalement autour du thème du train. On démarra avec le tortillard de la campagne brésilienne « le petit train de Caipira » extrait de Bachianas Brasileiras de Villa-Lobos, enchaînant ensuite le « Pacific231 » de Honegger, « Un petit train de plaisir » Rossiniazata de Sternefeld ; des extraits du « Train bleu » de Milhaud, «Death Valley suite, 49er Emigrant train » de Grofé, «Un train de plaisir» de J. Strauss et «La voie est libre » de Edouard Strauss. Le public en redemandant, l’OPL a terminé avec la «Marche des Wallons» d’un des Strauss aussi, mais dont je n’ai pas compris le prénom.
Un concert tout à fait exceptionnel qui s’est déroulé sans se soucier (cela donnait d’ailleurs encore une autre dimension) du trafic des trains et des passagers débarquant dans la nouvelle gare. A Liège, ce week-end, on aura tout vu et je ne suis pas peu fier de l’avoir vécu.

Des hommes et des chiffres

Ceux finalement auxquels il fallait rendre hommage (sans eux il n’y aurait pas eu ce chef d’œuvre) ce sont les centaines de travailleurs qui pendant 9 ans ont trimé, de jour comme de nuit, qu’il fasse beau ou laid, le week-end, les jours de fête (nous les avons vu à l’œuvre pas mal de jours fériés), soumis à des contraintes incroyables et des conditions parfois aussi intenables. Eh bien, ce vendredi, à quelques heures de l’inauguration, la direction de la SNCB leur a rendu le plus bel hommage qui soit en conviant la presse à la pose de la dernière pierre.

Il s’agissait d’une pierre bleue de 2 tonnes terminant l’angle d’un des escaliers monumental arrivant sur le quai n° 1.
Ce chantier qui a débuté en 2000 a vu venir à Liège des ouvriers de toute l’Europe ils étaient belges, portugais, italiens espagnols, roumains, polonais, turcs, bosniaques…. La sous-traitance était très largement régionale.
La gare a nécessité 15 000 m³ de béton blanc et 52 000 m³ de béton gris ; 10. 000 tonnes d'acier pour la charpente métallique qui ont nécessité le travail de 60 ouvriers /jour avec des pics de 180 à 200/jour ; il aura fallu 32.000 m² de vitrage sur la voûte, les auvents et les abris de quai, soit environ 11 000 vitres posées ; environ 30.000 m² de pierre bleue des Carrières de la Pierre Bleue Belge de Soignies pour les quais, passerelles, galerie commerciale, centre de voyage, commerces et 7000m² de pavés (parvis..) dont 5 500 m² de grès de la Famenne.

La nouvelle gare des Guillemins, c’est aussi 5 200 luminaires (leds, lampes à ampoules économiques et lampes à décharge) ; 10 000 kg de tuyaux de chauffage et 6 ascenseurs, 40 escalators montants et descendants; 10 trottoirs roulants montants et descendants. Enfin, 22km de voies et 31 km de caténaires ont dû y être installés, sans oublier tous les différents systèmes électroniques pour les informations au public. Une vraie gare du 21ème Siècle qui aura coûté 320 millions d’euros.
Et ce qui est extraordinaire et qu'il ne fauit pas oublier de souligner, c'est que Santiago Calatra et ses ingénieurs avaient tout prévu pour que durant le chantier, jamais la circulation des trains ne soit arrêtée. Chapeau !

Gaston LECOCQ

Photos ci-dessous © G. Lecocq – Proxi-Liège

Photos exclusives pour rendre hommmage aux travailleurs






La gare comme vous ne la verrez plus jamais