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Théâtre

Mis en ligne le 17/08/2009

Vus pour vous au 50ème Festival de Théâtre de Spa


Des débuts dominés par deux duos féminins

«Complément indispensable de Proxi-Liège», le blog de notre ami Pierre André (http://liege28.skynetblogs.be) nous a permis de présenter le 6 août le 50ème Festival de Théâtre de Spa en renvoyant pour les programmes (jusqu’au 22 août) au site de cet événement (http://www.festivaldespa.be). Nous apprécions de pouvoir à présent participer à la lente mais sûre reprise de l’actualisation de «l’info liégeoise en ligne» pour témoigner de ce que nous avons vu et entendu dans une petite et charmante cité qu’en 1780, l’empereur d’Allemagne Joseph II définissait comme étant «le Café de l’Europe».
C’est par un bref discours du bourgmestre Joseph Houssa que s’ouvrit, en la salle rénovée du «Petit Théâtre Jacques Huisman», ce cinquantième Festival. A défaut de ministres de l’actuelle Communauté française, le patron du Festival Armand Delcampe (septuagénaire depuis la veille) était ce 12 août entouré d’amis du Brabant wallon, Mme la Gouverneur Marie-Josée Laloy et les anciens ministres Valmy Féaux et André Flahaut. Parlant sans texte, Joseph Houssa qui remplit son cinquième mandat mayoral (et a soutenu plus de la moitié des Festivals théâtraux spadois) et n’ayant plus, depuis peu, l’âge de lire Tintin, hésita quant au nom du Ministre présent à remercier en raison du concours qu’il avait apporté à la fin des années 80 lors du relais malaisé entre le Théâtre national et les nouveaux co-directeurs : André Debaar et Billy Fasbender. Étant confronté à deux noms commençant par F et se terminant en eaux ou en haut, le Bourgmestre Houssa laissa le public sur sa faim en ne citant ni l’un, ni l’autre (ce qui ne fit pas perdre sa cordialité habituelle à Valmy Féaux, ce Wallon qui fut un des rares patrons de la Communauté puis d’une nouvelle Province à ne pas perdre sa consciences régionale à d’autres niveaux de pouvoir).

Les quatre premiers spectacles auxquels nous avons assisté ces 12 et 15 août nous montrent qu’à défaut de moyens suffisants, il est illusoire de rêver à mettre en scène et interpréter des textes où foisonnent des personnages aux caractères diversifiés (tels ceux de Shakespeare dont pourtant certains conviendraient aujourd’hui si bien à Delcampe), les grands classiques devant laisser la place à des créations contemporaines relativement mineures.

Nous avons néanmoins été heureusement surpris par deux spectacles interprétés de manière magistrale par deux duos féminins formés de Cécile Van Snick (codirectrice du Festival) et Marie-Line Lefebvre (la photo) d’une part et de Delphine Charlier et Alix Mariaule d’autre part.
La finesse de l’observation des réactions de deux sœurs après le décès de leur mère qui les incite à vouloir retrouver la tombe et le lointain souvenir de leur père, un sens de l’humour qui décape, une émotion qui sourd des profondeurs du subconscient font de la pièce « Deux petites dames vers le Nord » une exceptionnelle réussite. L’indiscutable talent des deux grandes comédiennes mises en scène par Patrice Kerbrat révèle un auteur qui devrait être connu puisqu’il est depuis 2006 Secrétaire Général de la Comédie française et fut précédemment chroniqueur du Nouvel Observateur :. Nous avouons découvrir Pierre Notte et apprenons qu’il a une vingtaine d’autres œuvres dramatiques à son actif. Il y a donc de l’espoir de pouvoir poursuivre de telles révélations…
Né à Namur, adaptateur de Dario Fo, Jean-Pierre Dopagne avait déjà de 1994 (avec son « Enseigneur » repris par Jean Piat sous le titre de « Prof ») à 2007, créé une demi-douzaine d’œuvres au Festival de Spa. Dénonçant le harcèlement au travail, « L’envoûtement », mis en scène par Pascal Racan, s’inspire, dans un crescendo vif et mordant, d’une réalité tragique. Il s’attaque utilement à des pratiques fondées sur ce qui est devenu pour trop de patrons leur seul objectif : la recherche du profit maximum immédiat. Cela pourrait aussi s’intituler : « Citrons pressés ». Mais des interprètes telles Delphine Charlier et Alix Mariaule ne sont, elles, certes pas à jeter !
Après la création mondiale de la pièce de Jean-François Viot « Sur la route de Montalcino », nous avons retrouvé le président des Amis de l’Orchestre philharmonique de Liège et le délégué liégeois du Festival de Théâtre de Spa ainsi que leurs épouses. Pour le premier ce n’était pas du théâtre mais un dialogue philosophique Pour la prof de sciences, épouse du second, ce dialogue était passionnant car il reflète bien tout l’intérêt d’un débat sur les origines même de la vie.

Quant à nous, nous avions été séduits l’an dernier par l’intérêt et souvent par l’humour de cette rencontre en Toscane entre la chanoine francophone louvaniste Georges Lemaître père de la théorie du « big-bang » et un de ses détracteurs britanniques en panne sur la route d’une des capitales de l’hypocrisie, le Vatican. Si Alexandre von Sivers (la photo) reste pareil à lui-même (au sommet du monde des comédiens francophones, nos voisins du Sud compris) et si Grégoire Baldari s’avère toujours aussi truculent, nous n’avons pas été pleinement convaincus (alors que nous étions a priori admiratifs de la vis comica de François Sikivie) par la prestation qui fut la sienne avec Maud Pelgrims (le duo « grand-breton » de l’an dernier formé par Serge Demoulin et Catherine Decrolier nous ayant laissé un meilleur souvenir). Et si les effets lumineux s’avérèrent efficaces, par contre le décor nous parut manquer de poésie pour qui connaît les charmes de la campagne du sud de la Toscane.
Ceci n’enlève rien à notre désir de voir d’autres pièces que Jean-François Viot possède déjà dans ses cartons car la qualité d’une telle adaptation dramatique de questions fondamentales actuelles a toujours caractérisé les auteurs en prise avec leur époque.
Enfin nous ne nous étendrons pas sur les sièges du « comportement séducteur », un « one man show » de Jean-Pierre Bouvier imaginé par Jean-Philippe Arrou-Vignod qui mélange sa prose et des textes de Molière, Cervantes, Hugo ou même Claudel. Comme si les propos amoureux d’un séducteur de compartiment ferroviaire pouvaient être crédibles.

Nous préférons conclure en recommandant à celles et ceux qui ont fréquenté le Festival de Spa au cours du demi-siècle dernier, d’acquérir le très bel ouvrage écrit par Philip Tirard journaliste au « Pourquoi Pas ? » puis au « Vif » et enfin à « La Libre Belgique »et abondamment illustré consacré aux « 50 ANS 1959-2009 du Festival de Théâtre de Spa ». Cela nous rajeunit et ne manque pas de notations fines sur la triple vie du Festival (décentralisation du Théâtre national par Jacques Huisman et son équipe de 1959 à 1987, la vitrine théâtrale de la Communauté française par Debaar et Fasbender de 1988 à 1998 et depuis 20 ans le retour aux créations grâce à Armand Delcampe et Cécile Van Snick). Comme disait Letizia Ramolino : « Pourvou que ça doure.. ». Cette Letizia là était la maman d’un Premier consul d’origine corse Napoléon Buonaparte.

Photos Festival Spa :
Cécile Van Snick et Marie-Line Lefebvre © Véronique Vercheval
Alexandre von Sivers © Véronique Vercheval





Jean-Marie ROBERTI