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Culture

Mis en ligne le 31/03/2009

UNE EXCLUSIVITE "PROXI-LIEGE": Pour Constantin Chariot : «le mécénat, un enjeu de taille!»


Ce lundi, à la Maison des Parlementaires à Bruxelles, un colloque international s’est déroulé sur le thème «L’argent, le nerf des musées». Parmi les orateurs, le directeur des Musées de la Ville de Liège (Grand Curtius), Constantin Chariot.
Tout en constatant que l’Accord de gouvernement conclu entre les négociateurs de CD&V, MR, PS, Open Vld, cdH prévoit expressément « Le Gouvernement soutiendra les initiatives parlementaires pour l’instauration d’un statut fiscal pour les droits d’auteurs et les droits voisins, et pour la mise sur pied d’un cadre fiscal adapté pour le mécénat d’entreprises », Constantin Chariot déplore que la Belgique soit « le cancre de la classe européenne en matière de mécénat ». Il importe de « légiférer pour décadenasser le mécénat » mais « l’échec chronique du travail législatif fédéral montre qu’un blocage structurel caractérise l’attitude de l’Etat dans sa volonté de favoriser ce mécénat ; ce blocage semble être tenace et pourrait être résumé trivialement par le célèbre : je voudrais bien mais je ne peux point » !

Actuellement, cinq propositions de loi dont la dernière, celle du sénateur Roelants du Vivier, assimile les dépenses de mécénat à des frais professionnels déductibles, sont en rade tant au Sénat qu’à la Chambre. L’adoption de toute mesure fédérale fiscale favorable au mécénat aura des répercussions favorables sur les politiques relevant des compétences des Communautés et Régions. La preuve en est par le développement du cinéma grâce à l’introduction de la tax-shelter.

Un peu d’histoire : musée et mécénat

« En 1793, au lendemain de l’ouverture du Museum, l’ancêtre du Musée du Louvre, l’Etat est devenu le mécène hégémonique et monopolistique du Musée. Les idéaux démocratiques triomphant suite à la Révolution française font de l’Etat le dispensateur des richesses artistiques au profit de la société. La création du musée par l’Etat se fait alors dans un perspective d’éducation au goût, d’instruction publique et de délectation du citoyen, sur fond de démocratisation de l’accès à la culture ».

Le tout à l’Etat est battu en brèche, à partir de la seconde moitié du 19ème siècle, par « le grand bourgeois industriel » qui a nom, à l’étranger, de Guimet, Rockfeller, Rothschild et chez nous, Warocqué, Solvay, Maus, Stoclet ou encore Graindorge. Cette race généreuse n’a pas disparu au siècle dernier mais ce mécénat fondé sur un nom tel Pinault, Frère, Bettencourt, « s’accompagne cependant de la volonté de positionner une entreprise derrière ce nom. Car, à partir de la deuxième moitié du 20ème siècle apparaît le mécénat d’entreprise qui trouve son origine, où qu’il s’exerce en Europe, dans des dispositions fiscales attractives ».

En Belgique, une méfiance profonde entoure le mécénat. Les raisons sont de nature de philosophie politique ou de considérations telle « le mécénat induit (…) à travers l’argent, un rapport de dominant à dominé, de gratifiant à gratifié : celui qui donne a le pouvoir sur celui qui reçoit ». Autre écueil ; « le mécénat d’entreprise est victime des a priori négatifs entourant le monde de l’entreprise ».

Des changements qui affectent notamment le mécénat culturel

La crise financière actuelle est une crise de liquidités. « Pas de bénéfice, pas de mécénat pourrait on dire. Et cela va de soi ». La crise financière affecte particulièrement des organismes financiers qui, naguère, avaient fait le choix du mécénat culturel apportant leur soutien à telle ou telle exposition temporaire. Aujourd’hui, les milieux culturels n’ont plus cette assurance.

En Belgique, les milieux culturels entrent également en concurrence avec d’autres secteurs ainsi que l’a démontré une enquête IPSOS réalisée en 2006 à la demande de Fortis Foundation. Et Constantin Chariot de dire : « la politique de développement durable engendre, elle aussi, un regain d’intérêt pour le mécénat environnemental. La récente installation de la base polaire Elisabeth en est un bon exemple en Belgique.

Le mécénat change de forme en devenant souvent un mécénat de compétence consistant « à mettre à disposition du personnel, sous forme de prestations de services ou de prêt de main d’œuvre ». Exemple : « le cas du groupe VINCI (concessions et constructions mondiales) dans la restauration de la Galerie des Glaces de Versailles montre à quel point un savoir-faire dans la restauration du patrimoine architectural peut trouver une application heureuse dans un des hauts lieux du patrimoine mondial et du tourisme culturel ».

Mécénat classique ; choix d’opportunité

Les temps s’annoncent durs. Il convient, pour les musées, de faire preuve, davantage encore, d’inventivité, d’innovation, de créativité.
Constantin Chariot prévient : « les expositions temporaires devront respecter des budgets beaucoup plus raisonnables en intensifiant les partenariats favorisant ces nouveaux types de mécénat. Le choix d’un thème d’exposition peut aussi influer sur la recherche de mécènes. La qualité et la finesse de l’intervention d’une entreprise comme l’Oréal dans le mécénat d’une exposition consacrée à l’histoire de la beauté cosmétique à travers l’histoire de l’art est aussi une excellente illustration au Musée de Cluny à Paris ».
Il s’agit de l’exposition « Le bain et le miroir » ou « Belle comme la Romaine », elle vaut bien la visite à partir du 20 mai jusqu’au 21 septembre. Tarifs d'entrée : Plein tarif : 8 €, Tarif réduit : 6 €, Moins de 18 ans : gratuit. Gratuit pour tous le premier dimanche du mois.

Conclusions

Le Directeur des Musées de Liège de déclarer : « dans cette époque économique et financière, il est absolument nécessaire que l’Etat libère les forces vives présentes chez l’entreprise ou le citoyen en concevant d’urgence un cadre fiscal attractif et souple destiné à intensifier le mécénat.
Celui-ci ne peut plus se vivre sur un exercice fiscal. Le sourien aux opérateurs doit être inscrit dans le long terme ».





Pierre ANDRE