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Musique

Mis en ligne le 02/11/2005

Le « C.D classique » pour toute discothèque liégeoise : « La symphonie de Franck » par l’O.P.L. dirigée par Langrée !

Début octobre, la firme Accord/Universal a « sorti » deux compact-disques de l’Orchestre Philharmonique de Liège placé sous la direction de Louis Langrée.
Le premier contient la Symphonie en ré mineur de César Franck (1822-1890) et la Symphonie en si bémol majeur d’Ernest Chausson (1855-1899).
Le second propose, avec en soliste la pianiste Claire-Marie Le Guay, le Concerto en sol et celui pour la main gauche de Maurice Ravel (1875-1957) ainsi que le Concerto pour piano et petit orchestre n°2 (opus 43) d’Erwin Schulhoff (1894-1942).
Je les ai beaucoup écoutés, j’ai lu critiques et interviews à leur propos et, surtout, je les ai vraiment aimés, avec une prédilection particulière pour l’enregistrement de la Symphonie de Franck qui est – à juste titre – devenue l’hymne de notre Orchestre Philharmonique.
En effet, la sensibilité de celui-ci est à la fois française et germanique comme le fut celle du plus célèbre compositeur liégeois.
Je pourrais certes exprimer mes sentiments de simple mélomane, sans particulière formation musicale, et même tenter d’effectuer une comparaison avec l’enregistrement de la Symphonie de Franck effectué par l’O.P.L., dirigé par Pierre Bartholomée, il y a près d’un quart de siècle, du 2 au 4 Juillet 1981, au « Conservatoire » (comme on disait alors) dont je possède le double C.D. de la firme Ricercar consacré à l’œuvre symphonique de César Franck..
Mais je préfère, d’une part, vous recommander vivement l’achat de ces C.D. et, spécialement, de celui comprenant la symphonie de Franck - car vous vous enrichirez ainsi de ce qui, dans le domaine de la musique classique, est le plus spécifiquement liégeois.
D’autre part, je souhaite vous informer de ce que d’autres que les Liégeois écrivent sur notre Orchestre Philharmonique et ses interprétations. En effet, nous n’apprécions pas toujours l’exacte valeur de nos atouts culturels qu’ils soient patrimoniaux ou musicaux.

Le témoignage de langrée

Sans répéter notre article du 10 octobre, relatif à la tournée européenne de l’O.P.L. rappelons d’abord ce que Louis Langrée déclarait à Nicolas Blanmont dans « La Libre Belgique » du 6 octobre : « Un disque est l’expression de la relation entre des interprètes et une œuvre. L’O.P.L. n’est évidemment pas le Philharmonique de Berlin (…) la symphonie de Franck (…) est mon témoignage, non seulement en tant que chef d’orchestre mais aussi en tant que directeur musical de l’Orchestre, une sorte d’état des lieux de ce que nous pouvons faire ensemble. »L’O.P.L. a une tradition de culture française mais il est aussi très proche de l’Allemagne, ce qui sied particulièrement tant à Franck – Liégeois puis Français mais tourné vers l’Allemagne – qu’à Chausson dont les influences wagnériennes sont connues. Notre symphonie de Franck a beaucoup gagné par le fait que nous avions donné juste avant la Septième de Bruckner. »
Et , dans un long entretien, accordé le 14 septembre dernier, à Noël Godts pour le site bruxellois consacré à la musique classique « Ramifications », Louis Langrée précisait déjà :

« Le fait d’avoir choisi les symphonies de Franck et de Chausson n’est pas du marketing. Cela correspond à une nécessité artistique et à une volonté, en tant que directeur musical, de montrer ce qu’est l’O.P.L. Quelle est la spécificité de sa sonorité ? Elle est avant tout française par rapport à la clarté et à la distinction des timbres. Il ne s’agit pas seulement d’avoir un son magnifique où les couleurs se fondraient les unes dans les autres. Il s’agit plus d’un vitrail où la couleur générale est donnée par une multitude de couleurs précises. Mais en même temps, l’O.P.L n’est pas français-latin ; il se tourne vers l’Allemagne. La symphonie de Franck est française mais elle revendique l’héritage de Beethoven. Celle de Chausson est évidemment française mais s’il n’avait pas rencontré la musique de Wagner, elle n’aurait pas existé de cette façon. Il y a donc une adéquation naturelle entre les spécificités de l’orchestre et la nature même des œuvres proposées dans cet album. »

La symphonie de Franck

Cette année, les interprétations de la symphonie de Franck par l’O.P.L. avaient suscité de premiers commentaires significatifs. A Paris, en janvier, dans « La lettre du musicien », Stéphane Friederich écrivait : « De la part de Louis Langrée, ce n’est pas une mince réussite que d’avoir rendu à la fois le lyrisme de l’orchestration sans ses pesanteurs, l’élégance du mouvement avec des cordes ductiles, précises et chaleureuses, des vents contenus refusant toute vulgarité ».
Le 24 février, dans la « Bad Neueste Nachrichten », Ulrich Hartmann ajoutait : « Celui que l’on nomme volontiers le Brahms français (Franck) porterait mieux la dénomination de Bruckner belge car, dans l’interprétation bouillonnante des Liégeois, on reconnaissait à la fois la monumentalité et le mélo post-romantique d’une cathédrale sonore du maître de Linz. Dans les flots somptueux de cette musique, on remarquait le bouleversant solo de cor anglais, représentatif de la qualité instrumentale de l’Orchestre Philharmonique de Liège auquel le public de Karlsruhe a réservé un accueil triomphal. »

La meilleure des formations belges

Dans le numéro de ce mois de Novembre 2005 de la revue française « Classica-Répertoire », Pierre Massé, commentant le CD « Franck-Chausson » de l’O.P.L., écrit à propos de Louis Langrée : « Son bilan artistique est des plus enviables car il fait de cet orchestre la meilleure des formations belges, lui donnant une homogénéité et une couleur dans les pupitres qui faisaient défaut dans le passé (…) Nous ne pouvons que souscrire à la somptuosité des sonorités et à la clarté des pupitres, toutes choses que bien des orchestres français pourraient envier (…) Langrée fait en sorte que les thèmes et les motifs ne s’écrasent jamais les uns sur les autres. On pourrait parler d’une conception germanique de l’œuvre (Brahms ?) par la décomposition des structures en blocs sonores alors que le tempo qui a été choisi est plus proche de la conception fluide et linéaire des interprètes français (…) ». Et, après avoir évoqué la symphonie de Chausson, Pierre Massé conclut : « Ernest Ansermet, Paul Paray, Charles Munch, Pierre Monteux, Charles Dutoit, Michel Plasson avaient choisi des optiques souvent très divergentes, mais aucun n’a tenté cette synthèse entre les écoles allemandes et françaises. Ce disque offre matière à réflexion ».

L’un des meilleurs au monde en matière d’interprétation de la musique française

Un autre critique français, Richard Letawe, a consacré, ce 8 octobre, pour « ResMusica.com » un long article enthousiaste à ce CD « Franck-Chausson » de l’O.P.L. . Évoquant les légendaires versions de la « Symphonie en ré » enregistrées à Boston par Charles Munch, à Chicago par Pierre Monteux et à Paris par Léonard Bernstein avec l’Orchestre National de France, Richard Letawe écrit tout d’abord qu’ « à la tête d’un orchestre qui joue dans son arbre généalogique (César Franck est natif de Liège), Louis Langrée se montre pleinement l’égal de ses grands anciens, par la grâce d’une direction toute en souplesse, en frémissement et en nervosité. Les attaques sont tranchantes et précises, l’allure est rapide mais souple, le souffle est puissant, les transitions sont conduites avec naturel et le tissu orchestral est d’une rare transparence. (…) ».
« L’orchestre est d’une beauté superlative, avec des cordes lumineuses et chaleureuses, une harmonie franche et typée, des cuivres à la sonorité très fine et un timbalier dynamique.
» Direction inspirée, orchestre en pleine gloire, tout concourt à faire de cette interprétation LA grande version moderne du chef d’œuvre franckiste » , poursuit Richard Letawe qui, après avoir estimé que toutes les plus notables interprétations de la symphonie de Chausson sont « coiffées au poteau » par celle de l’O.P.L., conclut, à propos de cette œuvre, par ces lignes :
« Exemplaire de légèreté et de finesse, de clarté et d’individualisation des timbres et de discipline des pupitres, l’Orchestre Philharmonique de Liège est actuellement l’un des meilleurs au monde en matière d’interprétation de la musique française et cette virtuosité de l’orchestre permet à Louis Langrée d’imprimer un élan irrésistible à la partition (…). Ce premier disque symphonique de Louis Langrée est une réussite exemplaire (…) Un disque à posséder par tout amoureux de la musique classique française ». A fortiori par tout Liégeois !

Au Musikverein

Avant de se clôturer au Théâtre des Champs Elysées à Paris, mardi prochain 8 Novembre (et avant de nouvelles découvertes en 2007 – 2008 que le directeur général Jean-Pierre Rousseau annonce non seulement en Espagne, en Suisse et en Allemagne mais aussi en Amérique du Sud), c’est à Vienne qu’a eu lieu l’apogée de la tournée européenne de concerts de l’O.P.L.en la présence non seulement d’une cinquantaine d’ « Amis » liégeois de l’Orchestre mais aussi en celle, remarquée, du Gouverneur et du Bourgmestre de Liège, Michel Foret et Willy Demeyer ainsi que de l’ancien attaché de presse de l’Orchestre, aujourd’hui député permanent du Gouvernement provincial liégeois en charge de la Culture, Pau-Emile Mottard .
Sous les plumes de Serge Martin et de Nicolas Blanmont, les quotidiens bruxellois en ont parlé ces 25 et 24 octobre. C’est en les citant que nous terminerons ce tour d’horizon.
Serge Martin écrit : « L’O.P.L. venait pour la troisième fois à Vienne mais pour la première fois au Musikverein, la fameuse salle du concert du Nouvel An. Un moment de réconciliation entre une ligne bien française et une épaisseur du son qui revendique ses racines germaniques. Mais après tout, ne sont-ce justement pas les clés de l’univers franckiste ? Il a fallu un autre homme d’entre-deux-cultures, l’Alsacien Langrée, pour en faire exploser les composantes avec une énergie dévorante que propulse littéralement l’acoustique généreuse du Musikverein. »
Nicolas Blanmont, après avoir aussi évoqué « ce Musikverein salle rectangulaire à l’acoustique parfaite dans laquelle Brahms, Mahler, Richard Strauss, Tchaïkovski, Ravel, Schönberg et d’autres vinrent diriger leurs œuvres », parle du point d’orgue de la soirée, cette « symphonie de Franck, éternel étendard des Liégeois » : « ici encore, on est emporté par une intensité dramatique constante et on admire la netteté des attaques, la fluidité des chants solistes, l’élégance du geste. On sent les musiciens transcendés par le lieu et le sourire radieux qui illumine le visage du chef quand il fait sonner son orchestre fait plaisir à voir ».
Bref, pas de fausse note. Volá poqwè….

Les photos de haut en bas :

- César franck
- Le bourgmestre Willy Demeyer et son épouse au Musikverein de Vienne
- L'ovation des Viennois à l'O.P.L.





Jean-Marie Roberti