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Théâtre

Mis en ligne le 29/10/2005

Vu au Théâtre Royal de l’Etuve : le récital Louis Aragon

Le Théâtre Royal de l’Etuve présente ces 27, 28 et 29 Octobre et les 9, 11 et 12 Novembre à 20 heures 30’, une création intitulée « On part, Dieu sait pour où… », basée sur des proses, des poésies et des chansons de Louis Aragon, interprétées par Jeanne-Marie Angenot, accompagnée par le pianiste Patrick Leterme, dans une mise en scène de Bernadette Bouhy.
Nous avons assisté jeudi soir à la première représentation qui s’avéra une remarquable réussite. Pour de nombreuses raisons.
Tout d’abord en raison de la qualité des extraits choisis, une dizaine de textes et une demi-douzaine de chansons (venus du « mentir vrai », du « roman inachevé », de « La Diane française », du «crève cœur », des « cloches de Bâle », de « La mise à mort », d’ « Elsa », des « chambres », des « poètes » et du « fou d’Elsa »).
Bien entendu, grâce aux chansons mises en musique par l’accordéoniste Lino Leonardi et par des auteurs-interpètes aussi connus que Léo Ferré (« Est-ce ainsi que les hommes vivent » ou « Il n’aurait fallu »…..), Georges Brassens (« Il n’y a pas d’amour heureux ») et Jean Ferrat (« Nous dormirons ensemble »… ), Louis Aragon parle, comme il le souhaitait, au plus grand nombre. Et bien d’autres interprètes ont d’ailleurs aussi contribué à cette heureuse popularisation de ses poèmes: Marc Ogeret, Monique Morelli, Isabelle Aubret, Jacques Douai, Catherine Sauvage, Francesca Somville, etc….
Nous ne sommes pas étonnés par le fait que deux comédiennes comme Jeanne-Marie Angenot et Bernadette Bouhy aient été attirées par une œuvre qui vise à contribuer à ouvrir les yeux, à aiguiser une prise de conscience conduisant à agir lucidement afin de susciter le refus de l’intolérable (et en particulier des deux guerres de cinq ans qu’Aragon vécut entre l’âge de 17 et celui de 47 ans !) et à rendre foi dans l’Homme et dans l’Amour qui, s’il n’est pas toujours heureux, reste indispensable à l’épanouissement de chacune et de chacun.

La réussite de ce spectacle vraiment théâtral (car d’abord au service de textes d’une réelle qualité) est dû à une mise en scène à la fois rythmée et caractérisée par sa sobriété.
Grande comédienne (ses interprétations rue de l’Etuve d’ «Yvonne, Princesse de Bourgogne» de Gombrowicz ou, place de l’Yser, du rôle de Charlotte Corday dans « Marat-Sade » de Peter Weiss resteront pour moi de grands moment de la vie théâtrale liégeoise du dernier demi-siècle), Bernadette Bouhy, devenue professeur à Seraing, a le sens du juste ton, du geste esquissé à bon escient, de la mesure adéquate.
Sa jeune collègue (enseignante aux académies de Saint-Nicolas et du Court Saint-Etienne) Jeanne-Marie Angenot, premiers prix des conservatoires liégeois (35 ans après Bernadette) et bruxellois, réalise une exceptionnelle performance d’actrice et de chanteuse.
Parfaitement accompagnée au piano par Patrick Leterme, qui est non seulement brillant musicalement mais aussi subtilement intelligent au niveau poétique, elle distille ce très long monologue en ciselant la langue d’Aragon pour en rendre toute l’harmonie.
Chanter des textes dont nous connaissons les très belles interprétations par les monstres sacrés que sont devenus Brassens, Ferré et Ferrat, aurait pu susciter des comparaisons dangereuses.
Il n’en a rien été : ces classiques de la chanson française du XXème siècle nous sont restitués avec, à nouveau, beaucoup de sobriété et de justesse.
La performance mérite assurément des éloges que le public présent jeudi soir n’a pas ménagés si l’on en juge par ses longs et chaleureux applaudissements.





Jean-Marie Roberti