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Musique

Mis en ligne le 07/01/2009

Ariadne auf Naxos



de Richard Strauss à voir à l’ORW jusqu’au 3 février.

L’expérience d’une bonne décennie de direction de la « maison d’opéra » de notre cité et une intelligence subtile permettent à Jean-Louis Grinda, actuel directeur de l’Opéra de Monte-Carlo, de très bien confirmer ses qualités non seulement de gestionnaire mais aussi, sur le plan artistique, de serviteur de l’art lyrique. On avait cru que son excellente mise en scène de la grisante « Chauve Souris » de Johann Strauss fils constituerait son passage liégeois de la présente saison 2008-2009. Mais aussitôt parti, aussitôt revenu et doublement : grâce au choix d’un Strauss (Richard, compositeur bavarois d’opéras et de poèmes symphoniques qui passa du romantisme au classicisme et qui, à la vérité, à part son nom n’a rien à voir avec les Johann Strauss viennois, rois de la valse – « Le beau Danube bleu » - et des opérettes) et grâce aussi à une nouvelle coproduction Liège - Monte Carlo programmée avec comme chef, Patrick Davin dont « J.-L.G. » aurait fait le successeur de Friedrich Pleyer à la direction musicale de l’Orchestre de l’O.R.W. (mais auquel le nouveau directeur général a préféré un de ses complices de la péninsule, le remarquable maestro Paolo Arrivabeni).
Rappelons encore que nous connaissons à peu près toutes et tous Richard Strauss grâce au prologue de son poème symphonique intitulé «Ainsi parlait Zarathoustra » car ce prologue, devint célèbre à travers le monde parce qu’il fut utilisé dans le film « 2001 : l'odyssée de l'espace » de Stanley Kubrick.

« Ariadne auf Naxos » qui nous sera présenté au Théâtre Royal de Liège d’abord (c’est inusité pour une première) un dimanche à 15 heures (le 25 janvier) puis quatre fois à 20 heures la dizaine de jours suivants, les mardi 27 et jeudi 29 puis le samedi 31 janvier ainsi que le mardi 3 février est un opéra en un prologue et un acte. « Opus 60 » dans les créations musicales de Richard Strauss, cette œuvre a été écrite en 1911-1912 sur un livret d’Hugo von Hofmannsthal , poète avec lequel Richard Strauss avait une profonde connivence. Créé le 25 octobre 1912 à Stuttgart dans le Neues Königliches Hoftheater cet opéra fut repris, dans une seconde version remanié, le 4 octobre 1916 au Hofoper de Vienne.

L’O.R.W. concurrence ainsi l’O.P.L. ou s’y associe (vertu de l’incommunicabilité liégeoise dans un sens comme dans l’autre), le principal Festival de notre Philharmonique « WIEN MUSIK » ayant lieu certaines des mêmes soirées puisque trois des cinq représentations d’Ariadne auf Naxos ont lieu les 27 (Valses, boulevard Piercot), 29 (Cymbalum tzigane dont l’entrée est gratuite) et 31 (« Les saisons » de Haydn par un O.P.L. autre que le nôtre, celui du Luxembourg).
Semblant parfois considérer Liège sa ville d’origine comme la banlieue de Bruxelles où il a choisi de partir s’installer, Patrick Davin a fait prévoir qu’il dirigera musicalement les quatre premiers spectacles mais pas le cinquième. Son agenda de prestations publiques publié sur internet par son manager ne prévoyait pourtant rien en date du 3 février. Toujours est-il qu’il ne nous paraît pas admissible qu’un chef invité impose des convenances personnelles qui ne permettent pas au public, et notamment aux abonnés, de suivre une prestation des mêmes artistes pendant toute la durée de la programmation Mieux vaut alors changer de chef Lors d’une double distribution des chanteurs prévus dans les premiers rôles lorsqu’un opéra est joué une dizaine de fois, cela constitue évidemment un tout autre cas : les voix s’avèrent fréquemment fragiles et il s’agit de les ménager. Cette fois il est en tout cas heureux que l’O.R.W. puisse compter sur un Maastrichtois qui, lui, a choisi Liège, Edouard Rasquin notre ancien Chef des Chœurs, est polyvalent musicalement ce qui lui a permis de dépanner au besoin, de diriger souvent de grandes représentations publiques et de développer encore les relations entre l’O.R.W. et la province néerlandaise du Sud-Limbourg dont proviennent nombre d’abonnés de l’O.R.W.. Notre maison d’opéra aura bien besoin de responsables comme Edouard Rasquin pendant la période de transition que constituera, au moins en 2009-2010 et en 2010-2011, la lourde rénovation du Théâtre Royal.

Le spectacle.

Le prologue se déroule dans la maison “du plus riche homme de Vienne” où se prépare une soirée spectacle, avec un opéra sérieux ou opera seria et une farce italienne ou opera buffa. Mais suite à un contretemps, les deux pièces vont devoir être jouées en même temps...
L’action « sérieuse » expose l'histoire d'Ariane, abandonnée par Thésée sur une île déserte (en fait celle de Dia souvent assimilée à tort à Naxos) qu'elle quitte finalement pour suivre le demi-dieu Dionysos (le Bacchus des Romains) dont elle tombe amoureuse et qui l'emmènera finalement à Lemnos. Mais elle est troublée par les pitreries de Zerbinetta et de ses compères, qui étaient censés jouer la farce italienne. Les deux œuvres se mélangent pour donner lieu à un opéra à la fois dramatique et burlesque...
Le mélange des genres donne lieu a un exercice de style habile, modèle de pastiche qui n'est pas exempt de questions sur la fonction de l'art dans la société. On ne semble pas éloigné de la création par Luigi Pirandello, une petite dizaine d’années plus tard, des « Sei personaggi in cerca d’autore »
Dans le rôle-titre d'Ariadne, on retrouve Monique McDonald, la soprano américaine dont les prestations , la saison dernière, lors d’une mémorable Tosca et d’un « Don Carlo » « pour voix mâles » avaient été diversement commentées. Quant à nous, nous ne commenterons pas le choix des quatorze chanteuses et chanteurs assumant la distribution de ce spectacle, nous contentant d’observer qu’on y trouve à la fois des artistes habitués aux planches de l’O.R.W. et plusieurs autres qui y feront leurs débuts. Laurence Dale met en scène et Daniel Estève assure la chorégraphie, dans des décors et costumes de Bruno Schwengl et une mise en lumières de Dominique Borrini.





Jean-Marie ROBERTI