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En Ville

Mis en ligne le 14/12/2008

Enfin rouvert !!!


Depuis ce samedi, on peut enfin rouler sur Le pont Maghin (Pt St Léonard) condamné pour travaux de réfection depuis août 2007…

Après des tests de résistance (positifs) effectués dans la journée de vendredi, le pont Maghin (ou Saint-Léonard pour les officiels) a été rouvert à toute la circulation (piétons, cyclistes, voitures, bus, poids lourds) ce samedi 13 décembre dès le matin.

La Saga du Pont Maghin / Saint Léonard

Le pont Maghin dont la toute première mouture fut achevée le 9 juin 1869, résista, le 6 août 1914, à son sabotage qui devait entraver l’avance des troupes allemandes qui avaient envahi le pays. Très partiellement endommagé, le pont fut rouvert au public deux jours plus tard.
Après la première guerre, on envisagea le remplacement de ce pont. « Son faible tirant d’air de son tablier rendait périlleuse la navigation sur la Meuse en cas de crues et entravait la circulation des tramways sur les quais.»
Le pont Saint-Léonard/Maghin fut remplacé, en 1928, par un pont métallique à trois travées, réalisé par la société John Cockerill pour 7.600.000 francs. Du type Cantilever, cet ouvrage comportait une arche centrale de 70 mètres et deux demi-arches de 36 mètres. Sa largeur était de 18 mètres. L’armée belge le fit sauter, avec succès, le 11 mai 1940.
Après la seconde guerre mondiale, il fallut reconstruire l’ouvrage. L’actuel pont Maghin/Saint-Léonard fut mis en service en 1952 : un ouvrage à trois arches en béton précontraint, garni de pierres de taille. En 1988, on s’aperçut qu’il souffrait de la même maladie que le pont Kennedy, son compère d’amont. Les câbles de précontrainte, fortement corrodés, menaçaient la stabilité de l’ensemble. Leur remplacement fut décidé et des travaux de réfection de quelque 70 millions de francs étaient adjugés, en 1989, à la société Duchêne qui y travailla pendant un an.

2005, l’année noire pour le pont Maghin

En février 2005, les techniciens du Département des Travaux de la Ville de Liège constataient une altération de certains câbles de post-contrainte du pont Saint-Léonard. Des mesures préventives ont immédiatement été mises en place (réduction de la circulation sur le pont à deux bandes et limitation du tonnage des véhicules autorisés à 3,5T). Parallèlement, des inspections hebdomadaires des câbles étaient effectuées. La stabilité du pont était garantie. Cependant, les causes de cette détérioration étaient toujours inconnues.
En avril 2005, les services du Ministère de l’Équipement et des Transports réalisaient une expertise endoscopique du pont et effectuaient quelques prélèvements pour analyse en laboratoire.
Malgré de nombreuses hypothèses avancées et une collaboration avec les services du LIN (équivalent du MET en Flandres), aucune cause technique n’avait encore pu être identifiée comme justificative de cette altération. Une délégation de la « Direction de l’Expertise des Structures » du MET a évoqué d’ailleurs cette question lors d’une rencontre avec le Laboratoire Central des Ponts et Chaussées de Nantes en novembre 2005.
En parallèle, l’association momentanée « ABCIS-PMD », adjudicataire de la mission d’étude pour la restauration du pont, a continué son travail d’élaboration du cahier des charges et de détermination de la cause de ces dégradations afin d’éviter qu’elles ne se reproduisent à l’avenir.

Le 7 novembre 2005, une délégation de la Direction de l’Expertise des Structures du Ministère de l’Equipement et des Transports (MET) s’est rendue au «Laboratoire Central des Ponts & Chaussées» de Nantes pour y évoquer entre autres la pathologie du pont Saint-Léonard à Liège. En effet, la cause de l’altération de certains câbles de post-contrainte semblait énigmatique, aucun cas similaire n’ayant été rencontré en Belgique jusqu’ici. Cette rencontre s’est avérée fructueuse puisque le mécanisme de cette détérioration a pu être déterminé. La réparation du pont a donc pu être envisagée par le Département des Travaux de la Ville de Liège.
De cette rencontre, il est ressorti que la corrosion des câbles de post-contrainte du Pont Saint-Léonard était liée à la convergence de trois facteurs :
1. la présence anormale d’eau à l’intérieur de la structure du pont, qui s’y serait infiltrée lors de sa précédente rénovation, entraînant un début de corrosion des câbles ;
2. la nuance spécifique de l’acier utilisé, perméable à l’hydrogène ;
3. la tension élevée à laquelle est soumis un câble de post-contrainte.
Ce début de corrosion a déclenché une augmentation localisée de l’acidité de l’eau. Cela a entraîné une réaction libérant de l’hydrogène qui a pénétré à l’intérieur du métal. Combiné aux importantes charges auxquelles sont soumis les câbles, l’hydrogène a fragilisé l’acier, provoquant ainsi in fine la rupture de certains d’entre eux.

130 jours de retard

Le diagnostic posé, le cahier des charges rédigé, l’entreprise Galère remporta l’adjudication et commença les travaux en juin 2007 par une phase préalable qui consistait en quelques relevés topographiques sur le pont. Quant aux travaux de réparation ils ont réellement débuté en août 2007.
Ces travaux ont conduit au remplacement de la moitié de la précontrainte du pont (câbles qui soutiennent la structure du pont), une opération s’effectuant essentiellement dans le corps du pont et donc peu visible de l’extérieur.
Après avoir démonté les câbles existants, les nouveaux étaient installés en surface pour être ensuite glissés à l’intérieur de caissons. C’est un travail qui demandait beaucoup de précautions, de rigueur mais également de temps car tout se faisait uniquement à la force des poignets et dans des espaces contigus, réduits.
Suite aux conditions climatiques de décembre 2007 et à la crue importante, comme des bateaux pouvaient à tout moment toucher la passerelle se situant sous le pont, le chantier a été stoppé pendant quelques semaines. Ce sont ces imprévus et quelques autres d’origine purement technique qui ont provoqué un retard que quelques 130 jours ouvrable alors que le délai initial avait été fixé à 220 jours.
Dans le même temps, l’éclairage du pont et de la rampe d’accès longeant la place des Déportés ainsi que l’illumination du pont et des berges ont été effectués dans le cadre du Plan Lumière de la Ville de Liège.
Pour ceux qui aiment les chiffres : le montant total des travaux de réfection (non compris l’illumination) s’élève à 1.520.728,34 € subventionnés par la Région Wallonne à concurrence de 60% (soit 1.166.198,56 €).
Si aujourd’hui on roule bien sur le pont Maghin, on ne sait malheureusement pas dans combien de temps la Passerelle Saucy, autre lien emblématique entre le centre-ville et Outremeuse, heurtée il y a peu par un pétrolier, sera rouverte.





Gaston LECOCQ