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Musique

Mis en ligne le 14/12/2008

Écouté pour vous : A la Philharmonique, les «Tableaux d’une exposition» de Moussorgski conduisent un grand Liégeois, le pianiste Peter Petrov, à accorder deux bis

C’est exactement un siècle avant la naissance à Sofia du pianiste Peter Petrov que Modest Moussorgski écrivit, en 1874, un recueil pour piano illustrant dix tableaux d’une exposition posthume de son ami russe, l’architecte, peintre et décorateur de théâtre Victor Hartmann, tableaux entre lesquels le compositeur se promène.
Né dans une « excellente famille » qui le destina dès son adolescence à la garde impériale Moussorgski quitta celle-ci à 18 ans et mourut alcoolique deux douzaines d’années plus tard.
Il appartint avec Balakirev, Cui puis Borodine et Rimski-Korsakov au « groupe des cinq » qui rénova la musique russe en s’imprégnant des riches traditions populaires slaves.
Considéré par ses collègues comme un sauvage piétinant les règles rigoureuses de la composition, Moussorgski fit preuve d’une puissance et d’une richesse d’inspiration musicale inégalées. Ses seuls « tableaux d’une exposition » écrits en trois semaines ont fait l’objet de quelque septante ( !!! ) versions orchestrales, l’adaptation la plus éblouissante ayant été réussie en 1922 par Maurice Ravel.
L’interprétation de l’œuvre originale constitue une sorte de gageure pianistique tant les contrastes sont extrêmes. Ayant atteint (tout slogan écarté) cette force tranquille que donne la maturité artistique, Peter Petrov – devenu aussi grand par le talent que par la taille – fut ce que « Netevens » appelle « le guide de cette promenade entre peinture et musique ». Et d’ajouter une confirmation de plus en plus évidente : « Sa virtuosité est époustouflante ».
Seul sur la vaste scène de la salle philharmonique, devant un parterre de mélomanes avertis, Peter Petrov (après avoir le 5 décembre à midi rodé en public dans les anciens locaux de l’I.N.R. place Flagey à Ixelles son interprétation) a recueilli chez lui, à Liège, un très vif succès. Ce qui l’a conduit à jouer en bis deux œuvres de compositeurs qui, avec, bien sûr, notamment Mozart, figurent parmi ses favoris : Franz Liszt (dont on entendit une rhapsodie) et Frédéric Chopin (dont nous avons écouté une valse).
La découverte (pour certains) des multiples facettes du talent du soliste Peter Petrov confirme que Liège détient dans son concitoyen d’origine bulgare (qui obtint en 1999 au terme d’études complémentaires brillantes, un engagement comme pianiste accompagnateur (grâce à ses qualités reconnues par le Directeur Bernard Dekaise qui vient, lui, de reprendre ses responsabilités à la tête du Conservatoire Royal de Liège) et simultanément (grâce cette fois au Ministre Jean-Claude Marcourt ) un permis de travail avant même un changement de statut (d’étudiant devenu travailleur rémunéré) et enfin, l’an dernier, et non sans mal, une naturalisation belge qui lui permet de vivre normalement dans la cité qu’il a choisie depuis près d’une douzaine d’années.
Invité pour la troisième fois par notre Philharmonique (après sa prestation en mars 2004 au Festival Beethoven, Louis Langrée l’avait choisi pour ouvrir à Eupen, Liège et Laon la saison 2005-2006 de l’O.P.L. en interprétant le cinquième concerto de Beethoven, celui dit « de l’Empereur ») et jouant à présent Schumann, Grieg et Mozart avec des orchestres prestigieux comme les Philharmoniques de Dortmund, de Saint-Pétersbourg et de Sofia, Peter Petrov devient, aux premiers rangs d’une nouvelle génération de musiciens de grand talent, le plus remarquable soliste liégeois parmi les pianistes comme l’est, parmi les violonistes d’une autre génération un autre soliste liégeois, lui aussi d’origine slave, notre concitoyen Boris Belkin.

I have a dream

I have a dream : une soirée où l’O.P.L. inviterait ensemble Boris Belkin et Peter Petrov.
Cela permettrait à Jean-Pierre Rousseau d’animer avec eux un « dessous des quartes » ou un « écouter la musique » lors duquel ils pourraient parler russe, langue où excelle le directeur général de notre Philharmonique. Et François Xavier Roth orienterait une telle production vers des télévisions de Moscou et de Sofia en rappelant les liens musicaux entre la Russie et nos écoles liégeoises. Mais c’est un rêve et je ne m’appelle pas Obama….





Jean-Marie ROBERTI