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Il y a déja

Mis en ligne le 01/10/2008

Liège-Matin



Il y a 40 ans, exactement le 1er octobre 1968, on assistait avec les infos en direct du Palais des Congrès, à un évènement majeur de la vie liégeoise: la naissance de Liège-Matin.

Aujourd'hui, 1er octobre 2008, collaboration exceptionnelle à Proxi-Liège de Henry Beauduin, un confrère qui a effectué l'essentiel de sa carrière à « La Dernière Heure ».
Entré au service politique de la DH en 1971, il en dirige le bureau liégeois durant cinq ans (1982-1987). Réintégrant la cellule politique, il suit les grands évènements nationaux et internationaux. Il a notamment couvert toutes les crises politiques belges. Il a réalisé des interviews de François Mitterrand, Edouard Chevarnadze, à l'époque ministre des Affaires Etrangères de Gorbatchev, du Chancelier allemand Willy Brandt, de Sésé-Séko Mobutu président du Zaïre, des premiers ministres roumains, tunisiens, etc. Promu directeur des rédactions régionales en 1994, il devient en 1998, le spécialiste des questions wallonnes en couvrant depuis Namur, les activités du Gouvernement et du Parlement wallon.

Admis à la retraite en 2002, se jurant « de ne plus écrire une ligne », Henry Beauduin a fait une exception pour « Proxi-Liège ». Il s'est souvenu qu'il y a quarante ans, Liège a connu un événement majeur ; l'apparition de « Liège Matin ». Il s'est souvenu qu'avant de faire une brillante carrière dans la presse écrite, il a travaillé au Centre de production de la RTB Liège où il a été un des co-fondateurs de « Liège Matin ».
Nous avons retrouvé dans nos archives, une photo de Henry Baudouin en 1968. Il avait 26 ans.

Ga. L

1er octrobre 1968 : 8h30

« Bonjour. Il est 8h30. Vous êtes à l’écoute de Liège-Matin émission d’information de la RTB-Liège. Aux portes du Palais des Congrès la température est de 8° »
C’est ainsi que Pierre André (photo ci-dessous) a lancé le 1er octobre 1968 le premier Liège-Matin, journal d’information locale, en décrochage d’un programme musical populaire émis sur le deuxième programme au départ des studios du Jardin du Mayeur à Mons.
La RTB-Liège était dirigée par Robert Stéphane, André Mignolet était secrétaire de rédaction.

Et un trio de journalistes : Pierre André, Henry Beauduin et Francine Vanberg réalisaient et présentaient le journal six jours sur sept. Quelques mois plus tard Jacqueline Saroléa rejoindra le groupe, et l’année suivante, le décrochage sera avancé d’une heure. Liège-Matin s’ouvrira à 7h30.
Alors que Pierre André suggérait que l’émission s’appelle « Province-Matin » puisqu’elle était chargée de couvrir l’info émanant de tout le territoire provincial, c’est Robert Stéphane qui lui donna le titre de Liège-Matin.
A l’époque, le Centre RTB-Liège produisait des émissions phares sur le premier programme: le « Magazine F » animé du lundi au vendredi par Georges Pradez et Laurette Charlier ; et le samedi de 7 à 13 heures, « Contraste » présenté par Gérard Valet. Au deuxième programme, le Centre présentait le mardi à 16 heures une émission intitulée « Souvenirs, souvenirs » avec José Georges, puis des disques demandés par les auditeurs et de 20h00 à 23h00, une émission destinée aux immigrés : « La Wallonie accueille les travailleurs étrangers ». Le vendredi dès 16 heures « Souvenirs, souvenirs » encore, puis de 20 à 23 heures une soirée wallonne où défilaient régulièrement Henriette Brenu et Jacques Ronvaux. Quant au troisième programme, culturel avec un grand C celui-là, le Centre de Liège s’était vu attribuer deux heures quotidiennes du lundi au vendredi de 12 à 14 heures.
Pour régler tout cela, le Centre pouvait faire confiance à 42 collaborateurs : journalistes et animateurs, techniciens et personnel administratif.

En ce temps-là . . .

C’était il y a quarante ans. Au siècle dernier, quoi !
Les charbonnages étaient en crise et les aciéries se répartissaient sur deux sites aujourd’hui aux mains d’Arcelor-Mittal: Cockerill-Ougrée et Espérance-Longdoz. L’année précédente, l’Université avait fêté avec fastes le 150ème anniversaire de sa création, et pour marquer l’événement, avait fait défiler tous ses professeurs en toge dans le centre-ville…
Une époque où n’existait aucune radio locale indépendante comme on en compte par dizaines aujourd’hui, pas de télévision locale et communautaire tel RTC, non plus.
La télé émettait en noir et blanc…, et quelques heures par jour seulement; les programmes étant entrecoupés par les interventions de speakerines le plus souvent charmantes..
Il n’était absolument pas question d’Internet évidemment: Google, Yahoo, Mozilla et autres opérateurs étaient loin de voir le jour. Le téléphone, au mieux disposait d’un cadran où il arrivait qu’on s’emmêle les doigts pour former le numéro permettant d’atteindre son patron, ou… sa copine. Il existait encore quelques rares zones où il fallait simplement tourner une manivelle pour atteindre un central où un employé de la RTT, bien disposé ou non, vous mettait en contact avec le numéro demandé.
Walkman, magnétoscope, GSM et à fortiori PC restaient à inventer. Ne parlons pas d’IPhone ou d’Ipod…, et encore moins d’appareil photo numérique.
Pour certains, le fédéralisme apparaissait comme une sorte de rêve inaccessible. En effet, les trois partis – catholique, socialiste, libéral – étaient farouchement unitaires. Le premier à se scinder en deux ailes a été le parti catholique déconfessionnalisé depuis 1945. Désormais, il y aura PSC et CVP. Le « Walen buiten » de l'Université catholique de Louvain leur a facilité ce rôle de pionnier ! L'ancien parti libéral devenu - en abandonnant son anticléricalisme -, PLP (Parti de la liberté et du progrès) fait campagne nationale avec le slogan « Mon parti, c’est mon pays » déclamé, sur fond tricolore, par son président Omer Van Audenhove. Quant au parti socialiste, il reste longtemps encore « uni et fort » même quand il se décline PSB ou BSP. Mais une certaine Flandre exige l’autonomie culturelle, tandis que les Wallons – quelques rebelles socialistes et nombre de syndicalistes - mettent en avant la nécessité de réformes de structures. François Perin en était le champion, il était d’ailleurs élu à la Chambre dès 1965, sous l'étiquette PWT (Parti wallon des travailleurs).
Au plan international, la guerre froide était de rigueur et les Américains titillés par une certaine réussite spatiale des Soviétiques avaient décidé de mettre le paquet sur la Nasa.
En foot, Roger Claessen le percutant centre-avant se révèle le meilleur buteur du Standard et les « Rouches » gagneront le championnat la saison suivante, Depuis des dizaines d’années et la deuxième place du Momallois Jean Brankart, les Belges attendent que l’un d’entre eux gagne le Tour de France,… ce que fera Eddy Merckx en 1969.

«Cours camarade, le vieux monde est derrière toi».

Ce slogan de mai-68 attribué à Daniel Cohn-Bendit, à l’époque étudiant en sociologie à l’université de Nanterre avec ses copains Jacques Sauvageot et Alain Geismar résume assez bien la situation qui prévalait lors de la mise en place de Liège-Matin.
Même s’il a fallu quelques mois pour que les événements de mai-68 aient un réel prolongement à Liège, on a assisté rapidement à un changement profond dans les esprits. Les slogans « Sous les pavés, la plage », « Il est interdit d’interdire », « Soyez réalistes, demandez l’impossible », « On achète ton bonheur : vole-le » ont rapidement passé la frontière.
La rigidité des clivages sociaux, le décalage important entre les aspirations des jeunes et la réalité de tous les jours ont favorisé la volonté de la jeunesse de s’affirmer comme une catégorie socio-culturelle et politique à part entière.
Dans les faits du quotidien, cela c’est manifesté de diverses façons pour Monsieur-Tout-le-Monde qui en avaient déjà beaucoup vu, en quelques années d'avant 68, avec l’arrivée de la mini-jupe, de la pilule contraceptive, du transistor, des 33 et 45 tours en vinyle, de la télédistribution.

Un concept original

Si depuis quelques années Jean Brumioul a lancé « Antenne-Soir », une émission d’information qui couvrait toute la Wallonie – un mot officiellement quasi tabou à la Radio-Télévision Belge – avec la participation des Centres de production de Liège, Namur et Mons et qui faisait en même temps une large place aux sports, Liège-Matin procédait d’une autre analyse : le principe « Miroir – Moteur ». C’est en fait un concept développé par nos amis québecquois : « Miroir » : c’est-à-dire rendre compte de ce qui se passe sur un territoire donné (en l’occurrence ici la province de Liège), et « Moteur » : tenter de dynamiser au mieux ce qui se passe dans ce Pays de Liège.
Il faut dire que le ton de Liège-Matin était totalement différent de celui du journal parlé bruxellois consacré davantage aux événements nationaux et internationaux. Lorsque l’on prévenait le journal parlé de l’envoi d’une séquence radio (interview ou autre) d’une minute, et d’un télex donnant le « chapeau » de l’info, on s’entendait quelques fois répondre : « Liège, c’est où ça ? »(La photo : les studios de Liège-Matin, dans les bâtiments du Palais des Congrès,à côté du point rouge.)
Dans leur ensemble, les confrères de la presse écrite quotidienne étaient loin d’apprécier cette irruption de l’information radiophonique locale et matinale. Ils ressentaient cela comme une immixtion importante dans leur sphère d’influence traditionnelle, jugeant Liège-Matin comme un concurrent important, sérieux et qu’ils pouvaient difficilement combattre puisque se situant dans un tout autre champ d’action.
Pourtant, au-delà de l’information locale, Liège-Matin faisait aussi la place à une revue de presse mettant en exergue les infos intéressantes développées par les médias de la place. Il y avait La Meuse, La Dernière Heure, la Gazette de Liège ; mais aussi, la Wallonie, le Monde du Travail et la Cité, aujourd’hui disparus.
Le succès de Liège-Matin amènera la création en 1972, d’un programme portant le même nom diffusé de 6h30 à 9h00 sous la houlette de Jean-Marie Peterken, animé par Roger Francel auquel succèdera le regretté Philippe Luthers et qui verra l’arrivée de nouveaux journalistes dont André François, Edmond Blattchen et Pierre Couchard.
Après quarante ans, Liège-Matin envahi par la publicité et phagocyté par les radios privées poursuit son bonhomme de chemin.





Henry BEAUDUIN