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Société

Mis en ligne le 11/09/2008

Charlotte Hauglustaine : une grande dame nous a quitté


Fer de lance des «femmes au combat» pour leur égalité, notamment salariale, Jean-Claude Marcourt lui rend hommage

Le 16 février 1966, les 3500 travailleuses (sur 13.000 personnes au total) de la FN de Herstal décidaient d’arrêter le travail. Le motif : à travail égal, salaire égal.
Il faut s’avoir qu’à l’époque, la disparité entre le salaire d’un homme et d’une femme était énorme et l’on voyait parfois des différences allant jusqu’à 9 FB de l’heure entre une femme et un homme effectuant le même travail.
Les femmes de la FN qui étaient appelées des « femmes-machines » avaient à leur tête une ouvrière originaire de la région de Verviers, Charlotte Hauglustaine. Celle-ci qui fut à la pointe du combat pour l’égalité des salaires entre hommes et femme effectuant le même travail et fut élue présidente du comité de grève. La direction de la FN, mais aussi les organisations syndicales qui n’ont pas soutenu le mouvement dès son entame, pensaient que le mouvement s’essoufflerait rapidement. Il n’en fut rien car la grève dura pas moins de 12 semaines et le mouvement attira en région liégeoise la presse et d’autres syndicalistes de toute l’Europe et même de bien plus loin..
Le 5 mai 1966, par 1320 voix contre 205 et 20 abstentions, les ouvrières de la FN acceptaient les propositions du conciliateur social et mettaient fin à la grève qui avait démarré le 16 février. Si toutes leurs revendications n’avaient pas été acceptées, elles recevaient malgré tout une augmentation de 2 francs/H tout de suite et 7,5 centimes le 1er janvier 1967. Malgré cette avancée significative, Charlotte Hauglustaine continua son combat pour l’amélioration du statut des travailleuses, pour l’égalité entre les sexes, qui à ce jour n’est toujours pas vraiment atteinte. Il n’y a pas si longtemps, Charlotte Hauglustaine participaient encore à des conférences et autres assemblées pour parler de son combat.
C’est ce mardi 9 septembre que cette grande dame s’est éteinte. Elle avait 85 ans.

Le ministre Jean-Claude Marcourt lui rend hommage

« Plus de 40 ans après, le combat des femmes de la FN pour obtenir « à travail égal, salaire égal » reste exemplaire. Elles étaient alors plus de 3.000 dans l’entreprise, sous payées et soumises à des conditions de travail fort pénibles. Ce combat pour l’égalité, la dignité, le respect est devenu, bien au-delà de nos frontières, une des étapes majeures sur la voie de la parité. C’est Charlotte Hauglustaine qui a symbolisé cette lutte. Je suis très ému par la disparition de Charlotte Hauglustaine. C’était pour moi une très grande dame. Bousculant, avec raison, les conservatismes – et notamment ceux de ses collègues masculins – Charlotte Hauglustaine avait montré en ce printemps 1966 sa force de conviction et sa détermination à construire une société plus juste.
Quand j’ai organisé pour la première fois Paroles de Printemps, j’avais souhaité qu’elle soit une des intervenantes pour nous donner sa vision d’avenir. Car toujours elle a regardé devant elle là où d’autres se seraient cantonner dans leur action passée et c’est peu dire que Charlotte fut une actrice de notre histoire ouvrière.
Comme il lui était impossible de se déplacer, nous étions allés la filmer et elle nous avait donné une leçon de volonté, de lucidité et de liberté de parole. Et je ne peux que redire aujourd’hui ce que je lui avais dit alors : merci Madame ».
Un extrait de cette interview, qui est sans doute la dernière de Charlotte Hauglustaine, est visible sur www.blogmarcourt.net

Charlotte Hauglustaine avait aussi été la première, en 2004, à recevoir le Prix Théroigne de Méricourt «créé par le Conseil des femmes francophones de Belgique pour récompenser une femme qui a osé agir en Wallonie afin de promouvoir l’égalité entre les sexes, favoriser l’autonomie d’autres femmes, créer de l’emploi, concilier vie privée – vie professionnelle ainsi que pour celles qui travaillent dans un domaine traditionnellement très masculin.»






Gaston LECOCQ